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Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]
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 Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]


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MessageSujet: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   01.08.16 20:51 par Ezekiel HollisterCiter Editer Supprimer 

    Elles exercent sur lui le même effet qu'un morceau de sucre sur un rongeur diabétique. Il les regarde, de loin, de sa porte cochère donnant sur le bordel. Il les regarde et il se questionne, s'interroge. Et il espère qu'elle sera là. Elle n'est pas toujours là. Elle est tellement belle qu'il en a la bouche toute sèche et qu'il oublie de lui parler. Pour lui dire quoi ? Il n'a pas d'argent et il sait bien que c'est la seule chose que ces dames veulent de lui. Mais vraiment, il ne peut pas. On ne mange pas du chou toute l'année pour qu'il perde sa virginité dans de mauvais draps. Et pourtant, il a envie. Elles l'attirent. Elle l'attire. Elle est là.

    Elle est belle. De son ombre, Zeke la regarde de tous ses yeux d'enfant devenu adulte. Sa main dans sa poche joue avec les bricoles qu'il a ramassées sur son chemin ; Une bille en verre, fendue, des bouts de métal dont certains coupant, quelques engrenages, une vieille montre arrêtée, un bonbon, des trésors de gamins qu'il va transformer et sublimer en de vrais objets d'adultes. Il a plein d'idées. Il a plein d'envie. Il lui suffirait de quitter cette ruelle, cette porte, et de repartir à la chasse aux trésors. Il la regarde. Elle fait la bise aux autres filles. Elle est tellement plus gracieuses qu'elles. Si seulement il pouvait penser à quelque chose d'intelligent à lui dire... c'était con quand même d'être aussi malin normalement et de ne pas trouver ces mots dès que c'était important. Fichue reproduction qui préfère le physique au mental. C'est sûr qu'un athlète, lui, il trouverait de quoi dire. Il les déteste. Tous. Il se mord la lèvre. Il est stupide. Elle ne veut pas qu'on lui parle. Elle veut de l'argent. Pour nourrir sa famille sûrement. C'est ce qu'elles veulent non ? La même chose que les autres, à manger dans l'assiette et un toit sur la tête. Des draps doux et des jolis vêtements. Ce qu'elle est belle. Va-t-il oser ? Pour lui dire quoi. Il se déteste. Il fait un pas en avant, arrivant en pleine lumière. Il n'osera pas. Il n'ose jamais. Il la regarde. Elle a fini de saluer ses collègues. Elle va partir, ou rentrer ou rencontrer quelqu'un. Il ne sait pas lequel est le pire. Elle ne reste jamais longtemps. Peut-être est-elle mariée maintenant. Il ne connaît pas son nom. S'il savait lui parler, il pourrait lui demander mais non. Il sourit. Trop de choses dans sa tête qui se bousculent. Il a soif. Il pourrait lui demander de l'eau ? Non, il n'oserait jamais. Comment font-ils les crétins qui partagent ses bancs ? Ils payent. Même pour celles du niveau 1 ils payent. Les choses sont plus faciles avec de l'argent. Ca ne les rend pas meilleur. Il s'avance encore d'un pas, il ne sait pas pour quoi. Quelque chose de brillant sur le pavé. Il s'avance encore. Indéniablement ça brille et ça brille en blanc. Il veut ce truc. Ca a l'air métallique. Il oublie tout, il court, il se penche pour ramasser le bris de miroir. Sans la voir elle. Sans se rendre compte qu'il est au milieu de l'entrée. En pleine lumière.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   01.08.16 23:12 par Eve BeresfordCiter Editer Supprimer 

La soirée s'étirait tout en douceur dans cette rue familière du niveau 3. Arrivée tôt pour ne pas trop interférer avec le travail de ses anciennes camarades, Eve s'était finalement attardée à force de bavarder et n'était pas pressée de repartir. Son regard avait tellement changé depuis la première fois où elle était venue, songea-t-elle l'espace d'un instant. À sa première incursion, elle avait vu la laideur des réalités autres que le monde où elle était née, elle avait affronté les yeux grands ouverts toutes ces différences et ces tabous brisés. Et elle avait adoré ça. Mieux, elle avait ouvert son coeur et son esprit à ce monde et aux être qui le peuplaient, se faufilant avec grâce parmi eux jusqu'à se faire une place de choix. Elle avait réussi à dépasser les méfiances et les inimitiés, avait séduit presque tout le monde par son esprit, son charme et sa générosité, et pour finir s'était sentie véritablement en famille dans cet endroit. Il fallait dire aussi que, même si toutes ne savaient pas précisément pourquoi elle était là, les filles n'ignoraient pas qu'elle n'avait pas de famille à faire vivre avec son salaire et qu'elle n'accaparait jamais les clients de personne. Au contraire, elle donnait les siens à l'envi, heureuse de tout tant que le changement et l'originalité présidaient à ses soirées.

Les bribes de souvenirs étiraient encore ses lèvres d'un mystérieux sourire quand l'une des deux filles avec qui elle discutait attira son attention sur une silhouette postée dans l'ombre de l'autre côté de la rue. "Il est revenu" lui glissa-t-elle, mine de rien, dans le feu roulant de la conversation. Un bref coup d'oeil dans le reflet d'un carreau cassé à la maison voisine apprit à Eve qu'elle est avait raison. Comme les quelques fois où elle avait repéré cette silhouette hésitante auparavant, elle fit mine de ne pas l'avoir remarqué tout en lui présentant son meilleur profil. Autant qu'il ne perde pas totalement sa soirée. Si le fait d'être suivie, parfois espionnée, aurait eu de quoi inquiéter n'importe quelle autre fille de même condition, ce n'était pas le cas d'Eve. Jamais elle ne s'était sentie menacée par le timide voyeur. Et sa confiance en elle avait été récompensée. Elle avait l'impression de donner au jeune homme - car c'était sans doute un jeune homme - une petite partie de ce qu'il voulait et ne s'en sentait que plus généreuse autant que désirable. Et puis c'était une autre forme d'originalité cette relation qui n'en était pas une et n'existait que par l'absence de lien tangible ou même de traits de visage précis.

Il était dit pourtant que ce soir là tout devait changer. Revenue à sa conversation, Eve s'interrompit devant la mine stupéfaite de ses comparses. Elle osa alors enfin se retourner et se pétrifia comme devant un animal sauvage que l'on veut amadouer et domestiquer. Brisant toutes leurs règles tacites dans un élan qui la ravit positivement, l'inconnu s'était avancé. Elle n'osa plus bouger jusqu'au moment où, tel un un rongeur méfiant qui vient chiper une graine sur la table, il se glissa jusqu'à son butin et le ramassa prestement. Il était si proche qu'enfin elle pouvait distinguer les traits de son visage, le voir en pleine lumière. Libérée par cet aveu involontaire, elle approcha à son tour en s'efforçant de paraître aussi douce et vulnérable qu'elle en était capable. L'amadouer, oui, pour commencer. L'amener à parler et découvrir enfin ce qui le fascinait tant. Ne pas paraître menaçante, ne pas l'effaroucher en le touchant, juste lui faire comprendre qu'il pouvait avoir confiance.

- Bonsoir ?


Dernière édition par Eve Beresford le 02.08.16 12:38, édité 1 fois

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   02.08.16 12:34 par Ezekiel HollisterCiter Editer Supprimer 

    Ce n’est qu’une fois avoir ramassé son trésor qu’il se rendit compte de son imprudence. Il entendait soudain les conversations, les rires, bien plus proche de lui qu’ils n’auraient dû l’être. Agenouillé au sol, il se releva, comme abasourdi de se retrouver là, au milieu des femmes de petite vertu, son morceau de miroir dans la poche. Est-ce que cela valait bien le coup ? Il se poserait la question plus tard mais dans l’ensemble, oui, surtout si c’était un argentique. Ils coutaient cher et il avait toujours une grande réluctance à casser des matériaux pour récupérer ceux nécessaire à ses expériences. Celui-là ne coûtait rien et avait l’avantage certain de ne manquer à personne. Enfin coûtait rien, c’était vite dit. Parce que ça pouvait, au contraire, lui coûter énormément à lui, cette histoire. Pas en Pel mais en tout le reste.

    Elle était belle, elle était là, elle sentait bon, son cerveau reptilien prenait toute la place, il avait l’impression d’être un de ces poissons hypnotisés par la lumière d’un des Nautilus. Sa bouche était encore plus sèche. Elle était encore plus belle de près. Il essuya la poussière de ses mains sur son pantalon noir, y laissant des traces grises qui se mêlaient à celles blanche de la craie. Puis il se passa la main dans les cheveux pour à peu près le même résultat. Et puis il fit un pas en arrière. Juste un. Pour ne plus être en plein milieu. Retrouver l’ombre. Elle avait l’air douce et vulnérable. Il voulait la protéger. Et puis qu’elle soit à lui. Et des tas de choses qu’il ne se représentait que sous forme de soupirs et de trucs impalpables. Ne pas rougir. Mettre son imagination en laisse. C’était tellement plus facile à dire qu’à faire.

    « Bbbbbonjjjour ? »

    Ou soir, mais oui, on était le soir, mais qu’est ce qu’il était con putain ! S’il perdait ses moyens à la première prostituée qui lui parlait, il n’irait pas bien loin dans la vie. Il fallait vraiment qu’il se ressaisisse, qu’il la sorte de son système, qu’il trouve un truc à lui dire qui soit à la fois intelligent, énigmatique et cool, histoire de la séduire comme ça d’un battement de lèvres – ouais, ses cils c’était clairement pas son atout charme alors il fallait bien se rabattre vers autre chose - rahh et il avait les paumes moites. C’était nul. Il les essuya à nouveau.

    « Je suis dddésolé, je voulais pas vous interrompre, euh, j’ai pas de quoi payer, je suis désolé, je vais partir. »

    Il fit un autre pas en arrière. Son cœur battait la chamade, il aurait aimé s’enfuir en courant mais ses jambes étaient en coton. Après avoir été trahi par cet esprit dont il était si fier, c’était son corps qu’il n’aimait pas qui n’en faisait qu’à sa tête. Il la regarda encore, ses grands yeux noirs écarquillés à la manière des biches de la surface. Il était con, il était con, il était content de la voir. Il aurait des traits sur lesquels rêver en cours et elle avait une voix, une voix du niveau 3, brisée mais belle, humaine, loin des dictions formatées de ses camarades. Elle aurait été laide, il l’aurait aimée encore plus. Il baissa les yeux, du feu sur les joues.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   02.08.16 13:43 par Eve BeresfordCiter Editer Supprimer 

[justify]Dans son dos, les filles gloussaient mais Eve ne s'en souciait pas. Elle n'avait d'yeux que pour le charmant orant qui s'était jeté à ses pieds. Debout, il la dépassait largement, au point qu'elle devait renverser la tête en arrière pour le regarder dans les yeux. C'était à peine plus qu'un adolescent, réalisait-elle, l'un de ces enfants grandis trop vite sans avoir encore atteint leur carrure d'homme fait. Et si ses traits pouvaient paraître trop grands pour son visage encore mince, on devinait sans peine quel genre d'homme il serait quand sa mâchoire se serait affirmée et son assurance développée. Pour l'heure, il avait ce regard d'enfant perdu, de bête effarouchée et méfiante. Si elle avait tenté de paraître vulnérable l'instant d'avant, elle n'avait plus à forcer le trait à présent tant il la dominait par sa hauteur sinon par son charisme. 

L'espace d'un instant, elle reconnut dans ses yeux la brûlure de l'envie et perçut l'étendue du désir qu'il avait d'elle. Des images sensuelles et douces s'imprimèrent dans son esprit sans qu'elle s'arrête sur aucune, se laissant simplement envahir par la chaleur de ce qui émanait de lui. Le désir des hommes ne l'avait jamais effrayée, elle savait l'accueillir, s'y ouvrir et y répondre avec plaisir. Un battement de cils et l'impression disparut, laissant pourtant derrière elle un sillage brûlant. Cet enfant-là n'en était plus un. Il avait des désirs d'homme sans pour autant l'opportunité de les assouvir. Égaré, songea-t-elle. Mais pas pour longtemps.

Un sourire se dessina sur ses lèvres en le voyant si hésitant essuyer ses mains sales sur un pantalon qui en avait vu d'autres puis dans ses cheveux qui ne gagnèrent certes pas en discipline avec ce nouvel affront. Mais déjà il reculait, se réfugiant dans l'ombre qui devait le rassurer, tentant de la fuir au lieu de s'enhardir. Désolée de l'affoler et sincèrement désireuse de l'aider, même si elle ne savait pas bien comment hormis le plus évident, elle fit un petit pas en avant pour réduire la distance entre eux.

- Attends.

Tout en douceur là encore, de crainte de le voir bondir hors de sa portée, elle tendit une petite main fine et gracieuse vers lui, l'invitant à la prendre, à la serrer ou même à la laisser, selon ce qu'il voudrait et oserait.

- Je ne travaille pas ce soir. 

Demi mensonge et demie vérité car si elle ne travaillait plus là depuis des années, elle y venait toujours très régulièrement et ne refusait pas quelques extras. Le goût de l'inconnu et de l'interdit lui était resté. Peut-être avait-elle le vice chevillé au corps comme on aurait dit au niveau 1, ou peut-être aimait-elle simplement faire plaisir aux gens qui la sollicitaient. Ce garçon-là en tout cas, elle voulait lui laisser un souvenir impérissable, même si c'était seulement un sourire, une poignée de main, ou une mèche de cheveux.

- C'est moi que tu regardais ? Sourit-elle encore, penchant légèrement la tête de côté pour mieux l'étudier, curieux animal qui ne savait que lui dire alors que son cerveau fonctionnait visiblement à plein régime.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   02.08.16 15:13 par Ezekiel HollisterCiter Editer Supprimer 

    « Mais si tu avances quand je recule… », commençait une ritournelle paillarde qui lui passa par la tête au moment précis où il la vit faire un pas en avant. Sa tête le tournait en bourrique. Il pouvait résoudre des systèmes d’équations à plusieurs dimensions sans le moindre souci, se rappeler de chaque mimique accompagnant les mots d’un prof en cours, il savait exactement quelle table de quel amphi avait un pied plus court que l’autre et était le champion des avions en papier grâce à sa connaissance poussée de la théorie des angles et de l’aérodynamisme mais il aurait été infoutu de dire quoi que ce soit de potable à l’instant précis. Les soupirs et les brumes remplirent à nouveau son esprit et son corps. Il frissonna violemment, presque de dégoût. Il allait reculer encore, avant qu’elle ne rejoigne les autres et se moque mais ce n’étaient pas des mots acides qui sortirent de sa bouche. Plutôt un cri. Une supplique. Une demande. Attend. Il attendit. Il attendit et il la regarda, si petite, si belle, si désirable, si inconnue, si attirante, si fragile, tellement, tellement, tellement inaccessible. Il la regarda et elle tendit la main vers lui comme un pont entre leurs deux mondes et son cœur se mit à battre très fort et il avait très chaud et ses mains étaient en nage et qu’est ce qu’il était sensé faire de ce geste, d’abord, il lui avait bien dit qu’il n’avait pas de quoi payer, elle voulait négocier ou quoi ?

    Allait-elle le manger s’il prenait sa main comme les sorcières des contes russes qu’il avait dévorés à la bibliothèque ?

    Il tendit le bras jusqu’à la frôler, frémit à nouveau, enleva sa main, la rangea dans sa poche, joua avec ses jouets, sortir la main, l’essuya sur le pantalon, la passa dans ses cheveux, la redescendit… il ne savait pas quoi en faire de cette main. Personne ne lui avait jamais expliqué quoi faire de ses mains dans cette situation. Ah ça, pour dire des âneries sur les pressions y avait du monde mais pour apprendre des trucs vaguement utile, plus personne. Il se sentait en colère contre ses profs, ses parents, le monde entier, lui-même surtout. Il se sentait stupide. Il se sentait bien. Elle ne travaillait pas. Cela voulait dire qu’elle lui proposait de…gratuitement ? Il ne voulait pas y croire. C’aurait été merveilleux. Aurait-il été un brin moins modeste qu’il en aurait bombé le torse sauf que là, et bien il était pas certain d’avoir inféré ce qu’il fallait des données qu’on lui avait exposées. Après tout, elle disait ptet qu’il devait la laisser tranquille hein. Même si le ton et l’expression invitaient au dialogue. Il était nul pour les trucs sociaux. Trop de variable chez les êtres humains. Les machines au moins étaient prévisibles. Et puis, troisième phrase, troisième coup. Il devint blanc comme la craie puis rouge comme ses lèvres à elle, puis quelque part au milieu, conscient qu’il allait devoir répondre. Mais répondre quoi ? Un compliment idiot ? Pourquoi pas, si seulement il arrivait à trouver quelque chose de socialement acceptable dans le temps imparti.

    « Oui »

    Que dire d’autre ? Qu’il la trouvait jolie ? Ce n’était tellement pas la question. La beauté ça restait très subjectif. Qu’il avait envie d’elle ? Qui n’avait pas envie d’elle ? Qui pouvait dire ces choses-là comme ça hop à peine on a vu quelqu’un. Il se sentit rougir à nouveau, cette fois pour y rester.

    « Non, mais je, euh, enfin… »

    De l’ordre Ezekiel. Tu mets de l’ordre dans ta tête. « Et si tu avances quand je recule. » Par les dieux, pourquoi cette phrase idiote…

    « C’est juste que vous êtes jolie mademoiselle. »

    Et même que ton père c’est un voleur, il a piqué les étoiles pour les mettre dans tes yeux tout ça. Pathétique.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   02.08.16 15:50 par Eve BeresfordCiter Editer Supprimer 

Grands dieux, songea-t-elle en le voyant se tortiller comme si elle l'avait mis nu au beau milieu de la rue, avait-elle été aussi gauche et mal à l'aise quand elle était adolescente ? Sans doute, mais la mémoire avait cela de juste que l'on oubliait souvent plus ou moins volontairement les souvenirs humiliants. Un jour, dans quelques années, Ce garçon serait devenu un homme qui pourrait avancer la tête haute sans plus jamais penser à l'adolescent maladroit qu'il avait été. Peut-être le verrait-elle, ou peut-être pas. En attendant, elle pouvait peut-être l'aider à se sentir moins désespérément empoté. A le voir s'agiter sans savoir quoi faire de ses mains, on eut dit que les bras lui avaient poussé le long du corps dans la nuit, le laissant démuni face à l'usage qu'il pouvait faire de ces appendices mystérieux et encombrants. Attendrie, et peut-être un peu excitée aussi par le défi qu'il représentait, elle se laissa surprendre par son compliment. Brut et sans fioritures, il avait pourtant un accent de vérité criant et elle en rosit de plaisir alors que son sourire s'élargissait.

- Merci, répondit-elle tout aussi simplement.

Derrière elle, les deux copines s'étaient remise à glousser de plus belle et elle arqua un sourcil amusé en leur faisant un petit signe par dessus son épaule.

- Viens. Ne te soucie pas d'elles.

Elle aurait voulu lui dire qu'elles étaient jalouses de ne pas recevoir d'hommages aussi vibrants, lui expliquer combien elle était flattée d'être ainsi approchée par lui, lui montrer que les filles comme elles n'avaient que rarement droit à autant d'égards et que c'était ce qui mettait Jayah et Mélissa dans un tel état d'hystérie adolescente. Mais elle sentait confusément que les mots étaient de trop à cet instant et que rien ne servait de tout lui dire. Au contraire, il ne fallait pas le brusquer. Toujours prendre garde à ne pas l'effaroucher. Pour accompagner sa dernière phrase pourtant, elle franchit le reste de la distance qui les séparait et glissa tout en douceur son bras sous celui du garçon, lui en montrant un nouvel usage bien plus intéressant. Après quelques pas maladroits - c'était comme marcher aux côtés d'un faon qui apprendrait à se mettre debout - elle reprit la conversation avec naturel, comme s'ils se connaissaient déjà et n'avaient jamais cessé de bavarder.

- Qu'est-ce que tu as trouvé par terre ? Quelque chose d'intéressant ?

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   02.08.16 16:30 par Ezekiel HollisterCiter Editer Supprimer 

    Il sursauta, bafouilla, frissonna. Sa main. Sous son bras. Près de son flanc. Pas loin de son torse. Son torse où battait son cœur. Il n’aurait qu’à bouger le coude pour la coincer contre lui et la garder là pour toujours. Il faisait très chaud soudain mais pour rien au monde il n’aurait enlevé cette main qui le brulait au fer rouge. Ils se mirent en route, peu importe où, devant, et Zeke comprit rapidement qu’il allait devoir diminuer ses longues enjambées s’il ne voulait pas la perdre. Or il ne voulait jamais la perdre. Il ralentit, jetant un coup d’œil mi apeuré, mi curieux aux « elles » en question. Il avait oublié qu’ « elles » étaient là. Il avait oublié qu’ils n’étaient pas seuls. Soudain, Pélagia reprit forme autour de lui, avec sa rue, ses gens, son niveau trois. L’heure qui passait et emmerdait tout le monde. Il baissa les yeux, tombant sur sa… sa quoi ? Conquête ? A d’autre, il n’avait conquis personne. Sa camarade ? Non. Sa compagne ? Si seulement, mais non, sa…cavalière ? A défaut de mieux. Quoi qu’elle soit, elle était toujours aussi belle, elle sentait toujours aussi bon, et elle avait cette main brûlante sur son bras brulant, près de son cœur se consumant d’un sentiment qui n’était pas de l’amour mais quelque chose de plus terrible et de plus profond à la fois. Un pas. Petit pour ne pas la perdre. Pour ne jamais la perdre. Pour la protéger. La dominer. L’avoir à lui. D’autres images passèrent au fond de ses yeux, toujours confuses. Il déglutit. Par chance, elle semblait savoir ce qu’elle faisait et lança la discussion l’air de rien. Comme s’il était tout à fait normal de ramasser un garçon dans la rue et de se promener avec alors qu’on ne savait même pas son nom. En même temps il aurait pu penser à se présenter avant peut-être non ? Il aurait aimé l’entendre dire son nom. Le soupirer. Sauf qu’il voyait pas du tout comment caser ça tranquille dans la conversation. Mieux valait répondre à la question.

    « Un morceau de miroir. »

    Ca faisait pauvre hère qui fouille les poubelles ou gamin attiré par ce qui brille. Il rougit. Encore et toujours. Il devait être devenu brique avec toutes ces histoires. Tout du moins c’était l’impression qu’il avait. Il prit une profonde inspiration.

    « Il me servira de réflecteur pour une expérience, il fait juste la bonne taille. Et puis, si je lime ses bords, je pourrais tenter de déterminer sa focale, si son indice de réfraction n’est pas total. S’il est vraiment trop abîmé, je séparerais simplement le métal qui y est incrusté du verre pour utiliser le premier en chimie et…je trouverais bien quelque chose à faire avec le second. Il faudrait que je l’examine mais je n’en ai pas encore eu le loisir. Je me demande s’il ne serait pas possible de faire des miroirs à plusieurs couches d’ailleurs, si on entrelace de fines couches de métal dans des couches de verre, un peu comme des tresses, alors est-ce que l’on ne pourrait pas obtenir un verre plus fort et donc plus résistant à la pression des océans ? Mais d’autres ont dû y penser avant moi. »

    De sa main libre, il se frotta la nuque, soudain complètement immergé dans ses pensées et ses projets. Oubliée la fille à son bras. Oubliées les émotions d’un monde d’adulte. Il avait une idée et pas du tout envie de se dire que d’autres pouvaient l’avoir eue avant. Il se mordit la lèvre.

    « Il me faudrait plus de surface réfléchissante. Et de l’acier. L’argent est trop cher, je n’ai pas les moyens, et trop malléable aussi. Peut-être que si j’arrive à récupérer un peu de verre trempé de chez Aronde…mais le marché noir est… »

    Il se rappela soudain qui’l n’était pas seul et qu’il était vaguement illégal de parler de ce genre de choses, même lorsqu’il n’était question que de science et de verre. Il s’arrêta net, sa bouche et ses jambes semblant soudain curieusement connectés. Dire quelque chose d’intelligent pour faire passer la pilule. Vite. Quelque chose. Mince. Il avait oublié à quel point elle était jolie.

    « dcffdsd »

    Ah bah c’était intelligent ça…

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   02.08.16 17:38 par Eve BeresfordCiter Editer Supprimer 

Si elle avait pu imaginer que sa question susciterait un tel enthousiasme chez son inconnu du soir, elle aurait commencé par là. Voilà pourquoi elle ne cesserait jamais d'être curieuse et de poser des questions. Avec un simple et minuscule coup de pouce, le jeune homme embarrassé de lui-même et incapable d'aligner deux mots avait montré l'étendue de sa curiosité intellectuelle. De toute évidence il était bien plus que ce qu'il laissait paraître. Ce fut cette pensée bien plus que tout le reste qui emporta finalement sa décision car elle s'était bien souvent sentie réduite à son apparence ou à des normes sociales quand son esprit brûlait de clamer sa vivacité et sa liberté. Les yeux arrondis par la surprise et par ce discours dont elle comprenait le sens mais pas la science, elle ralentit inconsciemment le pas et finit par s'arrêter tout à fait, un regard stupéfait levé vers les traits animés de son interlocuteur. Il croisa alors son regard et conclut son discours de haute volée par une onomatopée qu'elle trouva terriblement attendrissante.

- Scientifique, hum ?

Son sourire un brin ironique n'avait rien de moqueur pour lui mais était plutôt simplement amusé de le découvrir si passionné par son sujet quand il avait eu le plus grand mal à articuler un simple salut. Cette dichotomie était proprement fascinante et elle se félicita une fois encore de son insatiable curiosité envers le monde comme les êtres qui le peuplaient. La mine plus songeuse mais le sourire toujours doux, elle reprit sa marche, toujours au bras de son étonnant cavalier. Déambuler la nuit dans les rues du niveau 3 était décidément propice à toutes les surprises. Cela l'amena à penser à Joshua, son ancien amant de l'aube et son ami de toujours semblait-il, et à ses longues promenades nocturnes qui les avaient menés à tisser un lien étroit. Son sourire s'étira un peu avant qu'elle reprenne.

- C'est pour trouver les matériaux qui te manquent que tu te promènes ici ? Et après tu rentres chez toi faire tes expériences ?

Bien que son domaine à elle soit de toute autre nature, elle comprenait parfaitement l'état d'esprit du chercheur, les idées qui fourmillaient et ce besoin incessant d'expérimenter, de vérifier une hypothèse, d'en échafauder dix autres. L'esprit en ébullition, elle connaissait. Et elle aimait. Ça justifiait presque tout à ses yeux.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   02.08.16 20:09 par Ezekiel HollisterCiter Editer Supprimer 

    Et voilà, il avait trop parlé. Elle avait « la tête ». Celle qu'avaient les filles juste avant de le traiter de monstre ou de débile ou pire, de faire semblant de comprendre de quoi il parlait. Plus elles étaient intelligentes et moins bien ça passait parce qu'elles le prenait pour une injure personnelle. Toujours ça se passait comme ça. Il se laissait emporter sur un sujet quelconque, elles s'arrêtaient, le regardaient bizarre et disaient des trucs blessants ou fâchés ou idiots. Il la regarda, peiné, anxieux. Elle avait déjà lâché son bras et il avait l'impression que son cœur avait arrêté de battre. Il avait froid à l'endroit de sa main. Et puis, concentré, il vit le sourire doux et moqueur remplacer la surprise. Ah. C'était plus rare mais il n'était pas certain d'aimer cette expression non plus. Ils ne pouvaient pas revenir en arrière, quand il n'arrivait pas à parler ? Il grimaça un peu.

    « Les gens jettent n'importe quoi mais ce n'est pas la seule raison. C'est au fond du niveau trois que la ville laisse passer le plus de secrets, pas au niveau 1 quand tout est réparé quatorze fois par jour en moyenne. Le niveau 1 est trop propre, trop net, trop ravalé pour qu'on puisse y voir parfaitement les vrais visages de Pélagia. C'est amusant quand on a du temps à perdre mais ce n'est pas efficient de devoir sans cesse soulever des masques. Le niveau trois est plus boueux mais paradoxalement plus propre en terme d'armature et de construction brute. »

    Il soupira, à la fois inquiet du tournant que prenait la conversation et soulagé qu'elle ne se soit pas encore totalement enfuie. Il n'arrivait jamais à redevenir stupide une fois qu'il avait reconnecté ses neurones. A tous les coups, elle allait se moquer, elle aussi, et son bref espoir de pouvoir rentrer avec la jolie femme était réduit à néant. Stupide cervelle. Stupide langue. Stupide passion qui faisait pourtant briller ses yeux d'encre noire et lui donnait l'assurance qu'il avait cherché à tout prix. Et bien pas à celui là. Il se mordit la lèvre.

    « Et scientifique...je trouve ça réducteur. Je me définirais plutôt comme un chercheur. Ce que je cherche va au delà des sciences, celles-ci ne sont qu'un moyen. Alors oui, je les utilise souvent mais on utilise souvent des chaussures et ça ne définit pas qui nous sommes, si ? Je ne sais pas trop encore ce que je suis moi, je me cherche comme je cherche les réponses à mes questions. Tu peux rire si tu veux, te gêne pas, vraiment, mais j'assume. Je préfère passer ma vie à chercher que de me percher sur des certitudes et me rendre compte à quarante ans qu'elles sont fausses ! »

    La passion l'emportait à nouveau, ses épais sourcils froncés devant l'inévitable moquerie qui allait suivre. Il y avait celles qui riaient, celles qui se fâchaient, puis les condescendantes aussi. Il se sentait triste, tellement de se dire qu'elle ne serait pas différente des autres. De l'avoir perdue. Mais il ne pouvait pas non plus se renier. Enfin il aurait pu s'il y avait pensé sauf qu'il ne pensait pas souvent à ces choses là avant que ça n'arrive et du coup, il se retrouvait bien feinté. Il cacha la déception sous une nouvelle couche de fierté et de colère, prêt. Il était prêt à la voir le rejeter. Tout prêt.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   02.08.16 21:07 par Eve BeresfordCiter Editer Supprimer 

Écoutant avec attention les propos de son compagnon inattendu, Eve avait gardé les sourcils légèrement froncés par la réflexion. Scientifique était manifestement trop réducteur pour ce petit. Et voilà qu'il se lançait dans la philosophie. Au moins ce terrain là lui était plus familier. Il acheva d'emporter son adhésion sans réserve en professant sa foi en une remise en question perpétuelle. Ne pas accepter les réponses faciles et toutes faites faisait évidemment partie de sa manière de penser et de fonctionner. On ne peut pas briser le conformisme social si l'on ne se remet pas en question sans arrêt et si l'on accepte des faits soi-disant établis sans en chercher le fondement véritable. Oui décidément, elle l'aimait bien ce gamin. D'ailleurs, elle ferait mieux de cesser de le voir comme ça car le bras auquel elle s'appuyait n'avait rien d'enfantin.

- Et voilà que tu philosophes à présent... J'étais sûre qu'on s'entendrait bien.

Levant vers lui un sourire radieux, elle resserra son bras enroulé autour du sien sans y penser, comme si une part d'elle craignait qu'il la repousse. Elle avait senti son raidissement, son recul, mais ne s'en souciait pas tant qu'il ne la rejetait pas. Elle se savait capable de le séduire simplement par son charme et son physique, par sa liberté de moeurs, même, mais ce qu'elle voulait vraiment en cet instant, c'est qu'il la voie comme différente, qu'il ne s'arrête pas à ses préjugés. Au moins qu'il laisse la porte ouverte à la possibilité qu'elle n'était pas uniquement ce qu'elle semblait être, tout comme lui, tout comme chacun des êtres vivants de ce bas monde. L'ouverture d'esprit, voilà ce qui l'attirait.

- J'aime les gens qui ont des questionnements plutôt que des certitudes trop bien ancrées en eux, expliqua-t-elle avec plus de douceur.

Ils étaient parvenus à un embranchement et elle choisit sans hésiter la rue de gauche, alors que son sourire se faisait plus joyeux. Elle retrouvait cette légèreté qui la caractérisait si bien quand elle se laissait aller.

- Mais je t'embête et je ne t'ai même pas demandé ton nom. Dis-moi, comment t'appelles-tu jeune chercheur ?

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   02.08.16 21:55 par Ezekiel HollisterCiter Editer Supprimer 

    Mais, mais, mais, elle ne le rejetait pas ? Son regard, toujours inquiet et passionné se teintait d'une incrédulité certaine. Elle était réelle cette fille ? Discrètement, de sa main libre, il se pinça à travers son pantalon. Non, il ne rêvait pas. Pour un peu, il aurait envie de la pincer elle pour s'assurer qu'elle était réelle. Avait-il finalement cédé et goûté de l'Essence ? Est-ce qu'il délirait ? Tout ceci était à la fois terriblement réel et parfaitement incroyable. Et son sourire. Ce fut lui qui décrocha la palme. Il n'aurait jamais pu imaginer un sourire pareil. C'était comme une ampoule qu'on aurait allumé à l'intérieur de la fosse abyssale au plus profond des océans. Et c'était lui qui l'avait allumée. Ca lui faisait peur et en même temps il était rempli d'une fierté sans borne. Il voulait dévorer ces lèvres pour partir à la recherche de cette lumière au cœur de la jeune femme. Une faim immense semblait l'envahir. Il rêvait de l'enlacer, la serrer contre lui, il voulait se baigner dans ce sourire, il voulait graver cette expression dans ses yeux. Il s'effrayait lui-même par la violence de la passion qui le saisissait. Jamais avait il n'avait ressenti ça pour personne. Est-ce qu'il tombait amoureux ? Ou était-ce cela le vrai désir ? Ce mélange de certitude terriblement simple et d'un complexe de doutes aux abords labyrinthique. Il ne savait pas. Il ne savait plus. Il n'était pas certain de vouloir savoir, malgré les questions qui se pressaient sous son crâne. Sa main libre se posa naturellement sur celle qui était restée sur son bras en une supplique silencieuse. Ne t'en va pas disait-elle. Ne m'abandonne pas. Ne déchire pas la trame du rêve.

    Ils tournèrent à gauche. Sur la route de brique jaune. Le monde pour lui n'avait de toute façon plus aucun sens. Elle aurait très bien pu le rejeter dans l'océan qu'à cet instant précis, il s'en serait senti heureux. Accepté, enfin, par quelqu'un qui lui plaisait. Sans faux semblant. Avec cette ouverture d'esprit qu'il avait cherché sans relâche à l'université pour la trouver chez une prostituée. Le doute s'insinua alors dans son bonheur. Et si ce n'était que du faux. Et si elle ne faisait que dire ce qu'il voulait entendre ? N'était-ce pas leur rôle à ces femmes que de soulager les hommes de toutes les manières ? Il ne payait pas et elle semblait gentille mais peut-être le faisait-elle justement par gentillesse ? Gratuitement ? Et quand bien même ? Pouvait-on dire de pareilles choses sans les penser ? Il lâcha sa main, pensif.

    « Ezekiel... »

    Il secoua la tête. Il savait ce qu'elle était. Il ne l'avait jamais caché. Elle n'en avait pas fait de mystère. Elle semblait jouer franc jeu et si elle simulait pour lui faire plaisir, quel mal y avait-il à se laisser porter. Et pourtant, le charme s'était un peu éloigné déjà, laissant comme une ombre dans son cœur. Il chercha en lui quelque chose pour ne pas que le moment retombe totalement. Quelque chose à relancer. Les mots s'étaient enfuis à leur tour, avec ses illusions. Il lutta. Trouver quelque chose à dire. Quelque chose à penser. N'importe quoi.

    « Vous...vous avez un philosophe préféré ? »

    Ou une couleur hein ou n'importe quoi pour que le moment revienne. Pour qu'il puisse à nouveau se perdre dans l'illusion. Il ne voulait pas se réveiller.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   02.08.16 22:55 par Eve BeresfordCiter Editer Supprimer 

- Ezekiel...

Elle répéta son nom plusieurs fois comme pour en éprouver la sonorité et l'aisance puis finit par hocher la tête comme si elle était convaincue.

- C'est un joli nom. Ça te va bien.


La question du jeune homme la fit sourire à nouveau et elle secoua la tête avec un souffle amusé.

- Je serais bien incapable d'en choisir un seul. J'aime la diversité d'idées, d'opinions, l'ouverture toujours plus grande aux nouveautés. Je ne renie pas ce qui a été fait mais j'aime croire ce n'est qu'une base pour poser de nouvelles questions.

À force de marcher et même au rythme lent de leur promenade, il étaient arrivés jusqu'à une rue presque déserte. Elle le guida encore et trouva ce qu'elle cherchait. Là, derrière la porte d'un bâtiment décrépit, une fois passé le porche sale, on arrivait dans une petite cour intérieur où les habitants avaient peint de haut en bas les façades des bâtiments. Partout s'étalait une merveilleuse flore artificielle qui avait un charme inégalable aux yeux d'Eve. Partout où la nature ne pouvait se frayer son propre chemin à cause des hommes, elle trouvait un moyen de se rappeler à leur bon souvenir. Même dans ce recoin sombre du niveau 3. Sous les arbres, les massifs de fleurs et toutes les plantes auxquelles ils avaient pu penser, les voisins rêveurs avaient installé un banc qui n'attendait qu'eux. Surveillant les réactions d'Ezekiel avec un petit sourire, elle le guida jusqu'au banc, désireuse que l'endroit lui plaise. Il avait l'idéalisme de ceux qui cherchent c'était certain, mais elle se demandait s'il savait rêver.

- Ça te plaît ?

Pourquoi elle l'avait amené là, lui qu'elle ne connaissait que depuis quelques minutes, c'était un mystère. Mais il avait l'air si troublé, si inquiet, si... Si tant de choses en fait, qu'elle avait le désir profond de lui donner du plaisir et du réconfort. Pas forcément de la manière qu'on attendait d'elle, quoique ce n'était pas exclu, mais d'une manière plus poétique aussi dont elle espérait que ça le ferait sourire et ouvrir de grands émerveillés d'enfant. Elle prit place sur le banc sans lâcher le bras de l'espion en herbe et sourit encore.

- Raconte-moi quelque chose sur toi... T'es étudiant ?

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   03.08.16 15:17 par Ezekiel HollisterCiter Editer Supprimer 

    « Oui, la vie est une tour et nous sommes tous des briques. Il y a ceux qui portent, les petits contreforts discrets pour éviter que tout ne retombent et il y a ceux qui font monter plus haut. Ceux qui pensent et repoussent les limites en s’appuyant sur les travaux des autres. Grâce à la force que leur donne les centaines de petites briques qu’on ne voit pas mais qui évitent de tomber. C’est pour ça que ceux qui pensent, construisent, sont reconnus, veillés par la société ont un devoir de protéger les petits contreforts de l’intérieur. La muraille isole des maladies et des invasions, les renforcements leur permettent de s’élever plus haut, et la tour est le tout qui file vers le ciel et la conn… oh ! C’est joli ! »

    Ils avaient passés un proche sale qu’il avait à peine noté pour se retrouver dans une petite cours intérieure décorée de motifs végétaux du plus bel effet. Oubliant totalement son trouble, ses questions, son âge et sa compagne, il lâcha le bras qui le tenait pour s’agenouiller au pied d’une feuille, murmurant dans son absence de barbe.

    « Je me demande quel type de peinture ils ont utilisés ? Ils ont forcément fait ça au pinceau, le rouleau aurait laissé des traces et la bombe est trop dispersée mais l’intensité des couleurs et les reflets restent fascinants. Et cette impression de profondeur…où sont les lignes de fuite… j’en vois une…deux… il a dû faire un schéma, c’est pas possible à faire de tête mais dans ce cas par quel coin il a commencé… » Il se releva, regardant autour de lui quand une toute autre idée vint faire briller ses yeux. « Mais oui, il a triché sur les proportions, c’est pour ça la sensation d’étouffement. Le nombre d’or n’est pas respecté. Ni là, ni là, ni là. Il a forcément utilisé un motif. Il faut trouver la répétition, la suite. »

    Ses mains frôlèrent à nouveau le mur de pierre sale, indifférents aux tâches au bout de ses doigts. Il transformait, dans sa tête et au bout des lèvres, les images en nombres dont il cherchait la logique qui DEVAIT s’y trouver. L’idée de l’art à l’instinct lui était totalement étrangère. Il fallait qu’il comprenne comment. Qu’il comprenne pourquoi. Et une voix féminine s’élevant proche de lui failli le surprendre. Il avait totalement oublié qu’il n’était pas seul. Il offrit à sa compagne du moment un sourire lumineux et enfantin.

    « Beaucoup, c’est super. Je me demande qui l’a fait, comment et pourquoi. Il faudrait que je rencontre cet artiste s’il n’est pas mort. On aurait des choses à se dire. Cet endroit est un trésor. Quand je vous disais qu’il y en avait surtout à ce niveau. Ce n’est pas dans le un avec son art déco à répétition que l’on trouverait des choses pareilles. Des trompes l’œil sympa oui mais là… il faut encore que je trouve ce qu’il a fait avec la perspective et je n’ai pas encore tous les… »

    Il s’interrompit à nouveau, refusant de tomber dans ses ruminations fiévreuses. Elle lui avait posé une autre question. Une question chiante du monde réel et convenu.

    « Oui. Un peu en tout, je n’ai pas encore vraiment décidé de ma voie alors… mais peut-être Aronde ? Ou Corb ? J’aime bien Aronde seulement je me dis que Corb pourrait être un plus grand défi ; Je ne sais pas. Je n’ai pas encore eu le temps d’y penser vraiment. Vous connaissez celui qui a fait ce mur ? Je cherche sa signature, je ne l’ai pas vue… »

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   03.08.16 15:47 par Eve BeresfordCiter Editer Supprimer 

Scientifique, chercheur, philosophe... Et encore un peu enfant aussi, heureusement. Ezekiel était décidément plein de surprises. Et Eve adorait les surprises. Heureuse et amusée de le voir s'emballer comme si elle lui avait offert un trésor - ce qui était peut-être bien le cas, après tout - elle s'installa confortablement sur le banc et le regarda sautiller à la recherche d'informations et d'indices comme un archéologue devant une fresque mystérieuse. C'était beau de découvrir cet enthousiasme juvénile et de s'en sentir proche, ça lui apportait une profonde satisfaction. La vie était faite en grande partie de ces petits bonheurs simples comme le sourire qu'il lui adressa en se tournant vers elle. D'un coup, il avait rajeuni de dix ans et elle en fut touchée. Elle s'en sentait plus jeune elle aussi et plus légère encore. Quelle jolie rencontre que son petit voyeur jusque là inconnu. Elle sentit que sa question l'avait distrait de son véritable sujet d'intérêt et l'avait ennuyé aussi le laissa-t-elle revenir au décor sans chercher à creuser de l'autre côté. les informations venaient toujours à elle quand elle en avait besoin.

- Je n'ai jamais trouvé de signature, avoua-t-elle, désolée, en secouant la tête. Et personne n'a pu m'en dire plus à ce sujet. Les motifs existaient déjà depuis un moment quand je les ai découverts.

Promenant son regard autour d'elle, elle prit le temps de retrouver le plaisir et l'émerveillement qu'il y avait à découvrir ce lieu pour la première fois. Un sourire secret naquit sur ses lèvres quand elle revint poser les yeux sur le jeune homme. Une autre qu'elle aurait peut-être été blessée qu'il la délaisse si aisément devant cette nouveauté mais pas elle. Au contraire, elle était curieuse de sa manière d'appréhender un tel lieu.

- Celui ou celle qui a fait ça n'est pas seulement artiste, c'est un poète. Et un grand romantique, aussi.

Elle doutait que ça lui parle vraiment, il avait l'esprit très mathématique à ses yeux, même devant une oeuvre d'art d'une rare intensité. Il cherchait d'abord les questions et les réponses, les raisons, les processus concrets, avant même de songer à s'imaginer dans ce havre verdoyant. C'était curieux pour un esprit léger et rêveur comme le sien mais pas incompréhensible. Elle saisissait fort bien les différences de sensibilité et aimait à les découvrir chez les autres. Un nouveau mode de pensée, c'était la promesse de nouvelles ouvertures, de nouvelles idées, de nouvelles pistes à explorer et expérimenter.

- Si tu trouves sa signature ou quoi que ce soit qui permette de l'identifier, nous le chercherons ensemble, promit-elle en prenant appui sur ses deux mains posées derrière elle sur le banc.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   05.08.16 10:01 par Ezekiel HollisterCiter Editer Supprimer 

    Pas de signature, pas de signature. Fébrile, l’adolescent chercha à nouveau un signe quelconque qui pourrait faire office de signe – certains artistes paraphaient d’un symbole pour que ce soit moins moche et si l’esthétique était alors respecter, il fallait avouer que ce n’était vraiment pas pratique – mais rien ne lui sauta aux yeux. Il ferma donc ceux-ci, faisant appel à sa mémoire et sa logique. Les images imprimées sur sa rétine défilèrent derrière ses paupières en autant de chiffres et de concept dont il laissait échapper des morceaux du bout des lèvres. Il était essentiellement auditif et avait besoin d’entendre pour se concentrer, même lorsque l’effort était visuel. Rien ne se remit en ordre dans sa tête bizarre. Pas le pop pop pop des idées qui s’ordonnaient toutes seules. Enfin si, évidemment, il y en avait toujours une demi-douzaine qui tournaient en fond là-bas sur il ne savait trop quoi mais concernant le problème présent, rien du tout. Cela voulait probablement dire qu’il n’y en avait pas mais pas qu’il allait arrêter de chercher. Obstiné, têtu, entêté, Ezekiel était tout cela et bien plus encore, se roulant sans aucune vergogne dans le champ lexical de l’opiniâtreté.

    « Ils n’ont pas l’air si vieux. Ils ne sont pas tous jeunes c’est certain, les couleurs sont passées un peu, la poussière s’est incrustée dans les pigments et c’est bien dommage parce que du coup, ça va être plus compliqué de déterminer avec précision les matériaux qu’il a utilisé pour le rendu de la couleur et des lumières mais s’il y a des tâches d’humidité, elles n’ont pas encore attaqué le dessin et le crépis n’est que très peu tombé donc je pense pas qu’il soit plus vieux que moi, auquel cas il y a quand même de grandes chances pour que l’auteur soit vivant. Ce n’est pas une œuvre d’une grande maturité intellectuelle, c’est plus…simple, plus pur donc il ne devait pas être vieux quand il l’a peint, il n’était pas en tout cas pris par le besoin de réalisation et d’exactitude du monde adulte, on dirait l’œuvre d’un adolescent qui se rappelle sa première visite dans une forêt. C’est amusant d’ailleurs parce qu’on voit plutôt des motifs marins à Pelagia mais ces verts et ces bruns sont foncièrement terrestres. Je me demande s’il a recopié une image d’un livre de contrebande…ça expliquerait l’absence de signature, cela dit, l’adolescence aussi explique l’absence de signature. Je lui donne pas plus de cinquante ans mais pas moins de dix-sept ans. Pour s’amuser comme ça avec les codes des proportions, il les connait forcément et avant trois ans on ne connaît pas grand-chose. »

    Il pensait à voix haute, les yeux rouverts, plantés sur la jolie jeune femme qui lui avait fait un aussi beau présent. Doucement, il marcha vers elle, inconscient de sa haute taille et s’assit à son côté, sur le banc, entouré de merveilles. Elle avait l’air de l’écouter. Elle en avait même l’air contente et ça, c’était encore plus précieux que tout le reste. D’habitude, quand il partait comme ça, il lassait son auditoire qui n’appréciait de plus pas tellement d’être réduit à une paire d’oreille. Etait-ce de sa faute à lui s’il était construit comme ça ? Le Grand Architecte des Hommes s’était amusé à faire de lui quelque chose de différent, il n’y était pour rien lui s’il avait un humour de merde le GA. Il n’y avait bien que Tad pour l’admirer quand il racontait des bêtises. Il aimait bien Tad. Il l’emmènerait voir ici. Bon, ça se mangeait pas mais avec un peu de chance, ça lui plairait. Il secoua la tête. Il fallait qu’il se calme. Il posa sa main sur la sienne à nouveau, cherchant à puiser dans l’étrange sérénité de la jeune femme pour dompter ses idées et ses mots qui partaient dans tous les sens. Calme. Il inspira profondément, et elle sentait bon, et elle était là à nouveau, chaude et réelle, vivante et belle, vibrante et apaisée. Il rougit. Il voyait sa peau, sa joue, son cou, ses lèvres, ses yeux. Il baissa les yeux, sa voix reprenant deux tons plus bas, effaçant l’enfant comme il était venu. D’un coup.

    « Je ne sais pas comment vous remercier pour ce cadeau mais… » il prit son courage à deux mains – allez Zeke, Tad n’aurait pas peur, lui – et osa une bise sur la joue de la jeune femme. « merci. »

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   05.08.16 13:44 par Eve BeresfordCiter Editer Supprimer 

La tête légèrement penchée sur le côté, les yeux et les oreilles grands ouverts, Eve découvrait avec fascination le fonctionnement de l'esprit débridé du jeune homme. Il avait un esprit logique et rationnel, c'était certain, mais était capable d'extrapolation et d'imagination également. Repliant ses jambes en tailleur devant elle sur le banc, elle continua ses observations sans l'interrompre, désireuse de découvrir l'étendue de sa vivacité. Il réfléchissait à voix haute plus qu'il ne lui exposait son raisonnement et un tel feu l'animait qu'on eut pu croire qu'elle lui avait donné accès à ce dont il rêvait le plus en secret. Tout cet enthousiasme la ravissait. Une fois de plus, elle eut une brève pensée pour Joshua et son sourire s'étira imperceptiblement. Son esprit était si différent. Il creusait en profondeur quand Ezekiel semblait étendre des ailes pour s'envoler.

Il était tellement adorable. Elle n'aurait pas du le voir comme un enfant, avec cette sorte de bienveillance qu'ont les adultes pour leurs cadets, mais peinait à le considérer comme un homme fait. Pourtant son corps et ses désirs étaient ceux d'un homme, il suffisait de croiser son regard pour s'en rendre compte. C'aurait été une erreur de croire qu'il n'attendait rien de plus d'elle. Ses gestes étaient si doux et si hésitants cependant. La chaleur de sa main sur la sienne lui fit soudain prendre conscience de sa proximité. Rosissant sous l'effet de son baiser presque fraternel, elle sourit de plus belle. On pouvait être libertine, prostituée à ses heures même, et rougir encore comme une adolescente devant une marque d'affection aussi sincère et innocente.

- Y'a vraiment pas de quoi. Je suis contente que ça te plaise. Et il fallait bien te récompenser d'avoir osé m'aborder ce soir.

Retournant sa main sous la sienne, elle la souleva en douceur et mêla ses doigts aux siens. La séduction lui venait naturellement pourtant ce n'est pas consciemment qu'elle essayait d'amener son compagnon du soir sur ce terrain-là. Au contraire, elle aimait son innocence et sa timidité. Le voir découvrir le monde et les gens serait un réel plaisir. Et un esprit aussi brillant que le sien serait un atout formidable pour la Compagnie. Mais on n'en était pas encore là, loin de là même, et elle s'en voulut d'avoir eut cette pensée. Elle allait poursuivre sur un ton léger quand lui parvint aux oreilles un son lointain et cristallin qui contrastait fort avec le niveau 3 où ils se trouvaient. Distraite, elle tendit l'oreille pour tenter d'en identifier la source mais ne parvint qu'à capter l'écho étouffé et lointain d'un chant d'amour qui lui parut soudain infiniment triste.

- Tu as entendu ?

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   05.08.16 15:45 par Ezekiel HollisterCiter Editer Supprimer 

    Osé l’aborder. Il n’avait pas osé quoi que ce soit. Il avait été tiré par le fil de son cœur vers quelque chose de brillant alors qu’il se repassait des ombres. Pas vraiment réfléchit ou courageux comme acte hein, de courir en crétin sous les lampadaires pour récupérer son morceau de miroir. Il n’en ferait rien. Il le limerait, le polirait et en ferait un pendentif pour le joli décolleté de sa belle d’un soir, en souvenir de son audace inexistante. S’il trouvait du fil de laiton, il l’emprisonnerait le colifichet, sinon, une simple soudure avec un anneau et un lien de fil brun ferait l’affaire. Elle bougea la main, doucement, enlaçant ses doigts entre les siens et il sentit le sang lui monter aux joues, giflant son corps de l’intérieur. C’était comme si elle avait pris son esprit entre ses doigts fins et le gardait emprisonné de sa seule présence. Il ne pouvait plus penser. Sa bouche redevint sèche, il la regarda avec une panique qu’il n’eut même pas l’intelligence de tenter de dissimuler. Et pourtant, il ne recula pas, il ne bougea pas, il ne voulait pas que ça s’arrête. Il approcha un peu son visage du sien. Elle l’attirait inexorablement, le lien de son cœur déjà lié à celui – invisible – qu’il avait imaginé lui passer autour du cou.

    Il mordit ses lèvres, à lui malheureusement, rêvassant d’un toucher qui ne serait pas le sien, se remémorant du gout de sa peau qu’il avait pu, rien qu’une seconde, entrevoir lorsqu’il l’avait embrassée. Ses oreilles vrombissaient. Sa vision périphérique devenait floue. Il avait un mal de chien à se concentrer et quand elle leva la tête, ses yeux quittant les siens, le déchirement fut presque physiquement douloureux. Il cilla pour réintégrer le monde réel. Il avait failli se passer quelque chose de très important là. Une colère irrationnelle contre quoi que ce fut qui avait osé les interrompre le saisit soudain, violente, possessive et destructrice. Ses yeux prirent encore plusieurs nuances de noir, s’enfonçant dans une encre qui n’était pas de bon aloi. Il avait envie de lui prendre son visage et de l’embrasser direct, pour qu’elle soit à lui et arrête d’écouter d’autres choses que lui, de voir d’autres gens que lui, alors que lui était totalement et parfaitement sous le charme. Une longue complainte, un appel millénaire venu d’au-delà des murs de verre de la cité rompirent à leur tour le déchaînement de sa jalousie. Sa curiosité prit le dessus sur son enthousiasme juvénile, l’orage passa. A son tour, il regarda en l’air.

    « Quelque chose pleure et appelle. Quelque chose de plus vieux que nous. »

    Il se leva, curieux, cherchant l’origine du bruit. Trois pas vers la gauche l’amenèrent au mur.

    « Venez, c’est de l’autre côté. »

    Il lui prit le poignet, cherchant à la tirer pour faire le tour de la maison, à la recherche de ce nouveau mystère.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   05.08.16 16:18 par Eve BeresfordCiter Editer Supprimer 

Un battement de cil semblait avoir suspendu la course du temps. Puis Ezekiel leva la tête à son tour et les secondes s’égrenèrent de nouveau, lentes et douces, pendant qu'il tendait l'oreille et percevait lui aussi ce qui l'avait troublée. Il entendait comme elle cet appel inconnu et irrésistible. Plus prompt qu'elle à réagir, il bondit sur ses pieds, fit quelques pas, et l'attira dans ses filets. Elle glissa sa main dans la sienne avec une confiance spontanée et sourit, l'encourageant à la mener où il le voulait. Ils étaient soudain pressés, comme si chaque seconde qui s'écoulait risquait de voir disparaître ce qu'ils cherchaient, comme si le chemin risquait de se refermer.

Alors elle courut derrière lui pour rattraper ses longues enjambées, absurdement heureuse et légère. Soudain, elle avait quinze ans à nouveau, son innocence et sa capacité à croire que tout était encore possible. Cette dernière n'était pas perdue, elle le savait bien, mais chaque jour qui passait rendait plus difficile son désir de rester optimiste et tournée vers l'espoir de quelque chose de meilleur. Un être comme Ezekiel la ressourçait, renouvelait sa capacité à croire. En particulier quand elle dévalait avec lui une rue en pente douce vers les parois de verre de la cité. Elle avait brusquement envie de rire comme une folle, de partager son enthousiasme, mais elle s'abstint comme si elle sentait la solennité du moment approchant.

La profondeur obscure de l'abysse marin apparut et grandit devant eux. Leur course ralentit tout naturellement sans même qu'ils se soient concertés et bientôt, ils s'arrêtèrent à quelques pas des vitres sombres. Le niveau 3 eut-il été correctement éclairé qu'ils n'eussent rien vu de l'extérieur. Mais la nuit avait cela de bon qu'elle leur offrait la possibilité de se fondre dans le manteau bleu de la mer pour y distinguer les formes mouvantes au loin. Et le chant qui les accompagnait. Portant sa main libre à son ventre, Eve reprit son souffle en douceur tout en ouvrant de grands yeux curieux et fascinés.

- Des baleines... Murmura-t-elle, abasourdie par la vision réelle de créatures qu'elle n'avait pu que découvrir dans des livres.

Le silence s'imposa à eux sans qu'ils en aient réellement conscience. Combien de temps ils restèrent là sans bouger, impossible à dire. Ça pouvait aussi bien être une poignée de secondes que plusieurs heures. Les sons délicats et lointains étaient aussi hypnotisant que la danse des immenses cétacés. Le monde disparut l'espace d'un instant, sa vue se brouilla et elle perdit pied.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   07.08.16 1:19 par Ezekiel HollisterCiter Editer Supprimer 

    Ils couraient, adolescents et libres de toute hésitation, de toute peur, à travers les ruelles mal famées du troisième niveau. Il n'y avait rien d'autre qu'eux deux et l'appel millénaire qui tirait ce qu'il appelait le fil de son cœur. Il ne réfléchissait pas, il allait, les yeux fixés sur l'avenir et les questions du présent. Il avait sa main dans la sienne, sa respiration à son côté, il était invincible. Lui aurait-on dit qu'il y avait du danger qu'il n'aurait pas compris. La bulle qui les enveloppait lui donnait une assurance totale. Ils étaient seuls au monde. Eux et les géants des mers.

    Ils arrivèrent devant les murs de verre, ces barrières invisible de sable fondu qui gardaient au loin les flots meurtriers, créant une bulle de technologie entourant leur bulle à eux. Il toucha la surface lisse de sa main libre pour sentir la température de l'eau. La masse liquide se massait devant eux. Derrière ce hublot géant, des mastodontes d'ombre et de coquillages nageaient. Le bruit partait de leur cœur à travers leur immense bouche fermée pour les attirer tous les deux. Ils avaient été choisis. Ils étaient les témoins de ce miracle. Quelque chose d'immortel. De parfait, comme l'était cette étrange soirée où le destin avait décidé de s'amuser avec eux. La dame le dépassa, elle aussi subjuguée par ce spectacle d'un autre âge. Cette grâce pesante, à peine ralentie par la masse phénoménale des liquides qui les entouraient. C''était magique. Merveilleux. C'était à eux. Sans se rendre compte de ce qu'il faisait, Ezekiel s'approcha encore de l'inconnue dont il entoura la taille de ses bras, posant sagement ses mains sur son ventre, son menton sur son épaule. Il n'y avait rien de sexuel dans cette approche, c'était leur bulle. Leur moment. Quelque chose de grand, et de tendre et de...



    Elle avait mal à l'oeil. Une petite fille, pas plus d'une dizaine d'année. C'était moche son œil et sa l'empêchait de pleurer. Il y avait du pus à la place des larmes. C'était rouge, enflé, infecté, et c'était son œil. Il grimaça. Il amait cette enfant, il le sentait dans son cœur, c'était quelqu'un de proche et pourtant, il ne pouvait rien faire pour elle. Il savait qu'il ne pouvait pas. Il savait que d'autres médecins ne pouvaient pas non plus. Il se gratta le menton. Ses bras étaient raides. Il ne le voyait pas mais il le sentait. Un prêtre – mais pas de Pélagia, comment savait-il que le type en robe était un prêtre – présenta une sorte d'aiguille moche sur un coussin de soie. La petite la pris, l'approcha de son œil. Il hurla....

    … sa bouche s'était ouverte mais aucun son n'en sortait. Ou alors il ne l'entendait pas. Les baleines prenaient toute la place tandis que les images d'église en pierre laissaient la place au métal et au verre qui n'auraient jamais dû être là. Il avait mal à la tête, d'une douleur qui lui emprisonnait le cerveau. Il referma la bouche. Il tremblait. Il n'avait pourtant pas lâché sa compagne. Son cœur battait tandis qu'il la gardait contre lui. Réelle. Que s'était-il passé ?


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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   07.08.16 11:48 par Eve BeresfordCiter Editer Supprimer 

À demi allongée dans un lit confortable, elle repose contre des oreillers empesés. Les tentures ouvertes laissent voir les visages de ceux qui sont venus l'accompagner alors qu'elle se laisse glisser vers sa dernière demeure. Le Seigneur l'accueillera en son royaume, croit-elle, car elle a gardé un coeur pur et une âme droite et forte. D'ici là, la maladie et la vieillesse alourdissent l'atmosphère qu'elle ne parvient plus à éclairer d'un trait d'esprit comme elle le faisait autrefois. À travers la croisée soigneusement fermée, elle distingue les branches d'un arbre presque entièrement dépouillées de leurs feuilles et la toiture d'ardoise d'un hôtel voisin. Elle est chez elle et pourtant elle n'y est déjà plus. il est temps de céder la place à la nouvelle génération.

- Louis...

Aussitôt son fils vient prendre sa main et elle lui offre le dernier sourire d'une mère fière. Il ressemble tellement à son père.

***

Abandonnée par la vision déjà lointaine, Eve laissa se déchirer les brumes sombres de l'incompréhensible scène qui s'était déroulée autour d'elle. Reprendre pied dans la réalité lui sembla soudain insurmontable et elle remercia silencieusement sa chance d'être soutenue à cet instant. Car des bras l'entouraient, un corps était collé au sien, lui offrant l'appui dont elle avait tant besoin. Elle se sentait brusquement épuisée, comme si elle avait traversé toute la cité à pieds dans la nuit. Faisait-il encore nuit ? Ses paupières battirent et elle se força à accommoder sa vision. Il faisait toujours nuit et les baleines dansaient toujours devant eux à quelque distance au-delà de la bulle protectrice de Pelagia.

Peu à peu lui revenait le déroulement de la soirée, comment ils avaient atterri là, avec qui elle se trouvait, pourquoi... La vision s'estompait et se voilait de brouillard dans son esprit alors qu'Ezekiel redevenait une réalité tangible. Désarçonnée par ce qui venait de se produire et à quoi elle ne trouvait pas d'explication rationnelle, elle se tourna lentement dans les bras du jeune homme et renversa la tête en arrière pour le contempler quelques instants. Avait-il vu la même chose qu'elle ? Qu'en pensait-il ? Brusquement, l'importance de ces questions lui parut se dissoudre dans le néant. Glissant une main derrière la nuque de son compagnon, elle l'amena à se pencher sur elle et lui offrit ses lèvres. Voilà une réalité tangible qu'elle connaissait bien et qui la rassurait.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   07.08.16 21:21 par Ezekiel HollisterCiter Editer Supprimer 

    Il tremblait encore un peu, sa jeunesse reprenant rapidement le dessus sur sa vision de vieillard. Ses yeux noirs fixaient les mastodontes comme s'ils avaient une quelconque réponse aux questions posées par sa vision. Mais ce n'étaient que des poissons, des mammifères marins pour être exact et ils n'avaient aucune réponse à donner au cœur d'un humain. Entre ses bras, chaude et vivante, Eve semblait elle aussi revenir de quelque chose. Elle se tourna, il baissa les yeux et leurs regards se croisèrent, s'entremêlèrent, accrochés l'un à l'autre. Doucement, la jeune femme renversa sa tête en arrière, l'attirant à elle, et ses lèvres rencontrèrent les siennes dans un doux baiser, enfin. Déjà.

    C'était doux, délicieux. Son corps était parcouru de frissons chauds qui se perdaient à l'intérieur de lui à des endroits totalement incongrus. Il resserra leur étreinte. Derrière ses yeux, il y avait comme une lumière blanche qui ne demandait qu'à sortir, brûlant tout sur son passage. Par prudence, il baissa ses paupières, se laissant transporter tellement plus loin que ne l'avait fait le chant des baleines. A nouveau, plus rien n'existait mais il sentait monter en lui une force incommensurable qui était prête à le prendre tout entier, faisant chavirer le radeau de sa raison. Il aurait du avoir peur et son esprit rationnel lui intimait de prendre du recul, de briser leur étreinte. Et les lèvres tendres sous les siennes le rappelaient tout aussi sûrement au delà du rationnel dans un monde de sensations pures où plus rien ne comptait. Jamais il n'avait été aussi proche d'un autre être humain. Jamais avant il n'avait eu cette impression de ne faire qu'un et, pourtant, il manquait toujours quelque chose. Autre chose. Il prit son courage à deux mains, et tenta à son tour de participer plus activement au baiser. Avide, assoiffé et maladroit, il essaya de saisir ces lèvres qu'on lui avait offertes. D'approfondir ce qu'on lui donnait déjà. Ses paumes le brûlaient. Il leva les mains pour les poser sur la peau nue de la jeune femme. Sa chaleur apaisa sa flamme. Ca allait mieux déjà. Moites, elles glissaient et se baladaient partout sur les bras, l'épaule, la nuque de la jeune femme. Il voulait toujours plus. Il voulait toujours mieux. Il ne savait pas ce qu'il voulait mais ça impliquait la jeune femme encore plus proche de lui. Plus proche encore que leurs lèvres qui se touchaient, se cherchaient et se caressaient. Plus. Il voulait plus. Il rompit le baiser, la regardant dans une supplique silencieuse. Plus. S'il te plaît. Plus. Mieux. Encore.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   07.08.16 21:53 par Eve BeresfordCiter Editer Supprimer 

Plus leur baiser se prolongeait, plus Eve reprenait pied dans la réalité tout en s'évadant d'une manière différente. Ezekiel avait la fougue de la jeunesse et la maladresse de l'innocence, mais loin de la rebuter, cela ne faisait que l'attendrir et l'encourager à plus de douceur et de patience. Les doigts mêlés à ses cheveux soyeux bien que désordonnés, elle caressa longuement ses lèvres des siennes et le laissa découvrir sa bouche comme il le désirait, s'ouvrant à lui comme au plus doux des amants. C'était bon et tendre, chaleureux. Comme lors de leur course effrénée, elle se sentait plus jeune, plus légère et insouciante.

Quand il releva la tête, se détachant doucement d'elle, elle rouvrit les paupières et battit des cils en accommodant sa vue sur ses yeux. Elle y vit de la confusion mais aussi du plaisir et surtout cette supplique muette. Il désirait des choses qu'il était incapable de nommer. Mais elle savait bien de quoi il s'agissait. Pouvait-elle jouer ce rôle là pour lui ? La putain au grand cœur était un mythe éculé qui ne la satisfaisait guère mais Ezekiel était si gentil et si anxieux, elle avait réellement envie de lui faire plaisir, de lui donner ce qu'il désirait le plus.

Elle prit conscience de ses mains qui l'avaient parcourue de ses bras à sa nuque, pressant et réchauffant sa peau, et qui reposaient maintenant sagement de chaque côté de son cou. Elle se laissa hypnotiser quelques instants par ses yeux, sa taille, l'envie qu'elle avait de lui et de lui offrir son rêve. Il en tremblait encore d'incertitude et d'incompréhension. Rattrapant l'une de ses mains, elle la porta à ses lèvres et baisa doucement sa paume sans le quitter des yeux, souriant d'un air à la fois doux et énigmatique.

- Je sais ce que tu veux, Ezekiel, murmura-t-elle. Mais toi, est-ce que tu le sais ?

Elle ne voulait pas avoir l'air de jouer ou de se moquer de lui, loin de là, même. Mais elle ne voulait pas non plus le mener sur un terrain où il ne désirerait pas pleinement aller en connaissance de cause. Il ne savait pas vraiment dans quoi il s'engageait. Il ne voyait qu'une jolie femme qui le faisait fantasmer, pas une prostituée trop âgée pour lui. Il devait prendre conscience de ce qu'il voulait et le lui demander.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   08.08.16 21:53 par Ezekiel HollisterCiter Editer Supprimer 

Un baiser sur sa paume remonta en milliers de petits courants électriques le long de son bras pour se perdre quelque part au niveau de l'épaule, se réveiller dans ses pommettes et plus loin encore dans ses entrailles. Il se perdit dans l'océan clair de son regard. Comment pouvait-elle, par un si petit contact, animer tant de parties différentes de son corps. Pourquoi ? Il connaissait la théorie, il pouvait mettre des concepts sur ce qu'il se passait mais ce qu'il vivait allait au-delà des mots sur le papier gelé des livres. Plus loin que la littérature érotique qu'il avait dévorée en cachette, plus loin que les traités sur la reproduction qu'il avait étudiés en cours de science. C'était ailleurs. C'était plus loin. C'était plus fort. C'était une chaleur qui le transportait et lui donnait une énergie et une force qu'il ne se soupçonnait pas. Ses yeux s'écarquillèrent à la question. Pour une fois – et c'était vraiment rare – il n'était pas certain de connaître la réponse que l'on attendait de lui. Il savait sans savoir. Il connaissait mais n'avait pas vécu. Et les mots, imparfait, lui manquaient pour répondre. Elle avait attrapé son esprit dans le filet de ses lèvres et ne semblait pas prête à la lui rendre de si tôt. Voulait-elle qu'il se débatte ou qu'il s'abandonne ? Il était perdu. Il la désirait de toute son âme, de tout son corps. Il la voulait à lui, soumise et douce, impérieuse et forte, il voulait tout et son contraire, il voulait la passion qui brûlait dans leurs veines. Il voulait se mentir. Il voulait une vérité absolue. Il voulait plus. Il voulait mieux. Il la voulait elle.

« Je sais que je le veux. Comme un animal veut s'abreuver sans connaître la source de l'eau qui coule devant son museau. Je sais que je te veux, si tu veux de moi, parce que je pense avoir vu un bout de ton âme et que la mienne a soif d'en voir plus. Je veux découvrir ce monde que tu m'as fait entre-apercevoir. Je ne sais pas ce que je vais y trouver mais je sais que je peux y faire face. Je n'ai pas peur. Seulement tu dois être d'accord. Parce que je n'ai pas plus de quoi payer pour ce que je te demande. Parce que si je comprends ce qu'il se passe, l'argent ne ferait que se mettre entre toi et moi. Je te veux toi, juste un instant mais totalement, pas parce que je t'ai louée mais en espérant, comme l'on prie pour un miracle, que tu me veuille moi. »

Il rougit soudain, baissant ses yeux, ne voulant pas affronter un refus. Son étreinte se desserra un peu. Il ne voulait pas l'obliger. Au contraire. Surtout qu'elle dirait non puisqu'elle n'avait aucune raison de lui dire oui. Elle avait posé la question. Il avait répondu. Il avait mit son cœur sur la table, honnêtement, sans pudeur, sans retenue, sans méfiance, avec toute la candeur de ses dix-neuf ans, dans l'espoir impossible que les étoiles invisible que l'on disait briller à la surface à des années lumières du monde connu, quelque part, ne brûlent que pour eux.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   08.08.16 23:22 par Eve BeresfordCiter Editer Supprimer 

La manière dont Ezekiel déballa ses sentiments, osant se mettre à nu devant elle, laissa un instant Eve sans voix. Rien que pour cet exploit, il aurait mérité une récompense. Elle en avait vu au cours des années de ces jeunes gens qui viennent les poches remplies d'espoir et de quelques billets avec l'idée d'être déniaisé par une femme d'expérience. Elle reconnaissait la confusion de l'innocent dans le rouge de ses pommettes ou dans le balbutiement confus qui achevait immanquablement ses phrases. Mais pour une fois, elle était surprise, agréablement même, et prise à son propre jeu en quelque sorte. Ezekiel n'avait rien de commun avec les jeunes puceaux qui paradaient à la sortie du bordel. Il avait cette manière unique et délicieusement originale de voir les choses et de les lui expliquer.

Bien sûr, elle avait senti le danger immédiatement. Exactement comme la lionne perçoit le moment où sa proie abandonne la lutte. Elle lui plaisait beaucoup trop pour sa tranquillité d'esprit. Et il lui plaisait également trop pour qu'elle ne passe pas outre le risque de lui briser le coeur. Il était unique et elle aimait les pièces rares, elle collectionnait les curiosités. Il avait en lui le potentiel d'un grand esprit qui ne demandait qu'à se libérer et à s'affranchir des contraintes sociétales. Elle pouvait l'y aider, mais elle devait prendre bien garde à ne pas lui briser le coeur. Car plus que tout, elle craignait l'enfermement de l'amour, les clichés pseudo-romantiques et l'aveuglement des passions fausses.

C'était à elle de se montrer lucide et calme à présent, à elle de fixer les règles du jeu et de ne pas se laisser entrainer sur un terrain où elle ne voulait pas mettre les pieds. Enfermant la main du jeune homme entre les siennes, elle chercha son regard du sien, attendant patiemment de croiser enfin ses yeux pour reprendre en douceur.

- Nous allons passer un marché, toi et moi, commença-t-elle avec un sourire même si l'on devinait sans peine le sérieux de ce qu'elle s'apprêtait à dire. Je sais que tu n'as pas de quoi me payer et je l'accepte parce que tu me plais et que je te veux aussi.

Il rougissait tellement qu'elle se demandait vraiment comment il pouvait encore la tenir si serrée dans ses bras. Cela dit, elle avait elle-même le front rose. Les restes d'une éducation conventionnelle sans doute. Chassant cette pensée, elle se concentra sur Ezekiel et s'efforça de lui faire entendre raison même si elle voyait bien que c'était peine perdue en cet instant.

- Mais tu ne dois pas oublier que c'est une faveur exceptionnelle, parce que cette soirée est étrange et que je suis d'humeur à te l'offrir. Tu comprends ? C'est mon caprice, mais ce ne sera que cela.

Elle ne voulait pas le blesser ni l'empêcher de rêver et de s'enthousiasmer, elle avait juste peur qu'il soit blessé en réalisant qu'elle ne pouvait pas être plus qu'une créature fantasmée qui lui accordait une parenthèse. Il devait garder en tête ce qu'il croyait savoir d'elle : prostituée, son aînée de quelques années et socialement trop différente de lui pour être quoi que ce soit d'autre. Elle craignait trop de le faire souffrir et de lire la déception dans ses yeux s'il se laissait aller à croire qu'elle était autre chose que ça. Il était si différent des autres qu'elle ne pouvait pas s'empêcher de craindre qu'il n'ait pas leur lucidité ni leur arrogance. C'était sans aucun doute très immodeste de sa part mais elle avait senti en lui quelque chose qui la poussait à la prudence.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | Papillons de nuit [Eve]   10.08.16 15:31 par Ezekiel HollisterCiter Editer Supprimer 

Il n’y avait eu ni frisson de dégoût, ni dégagement d’horreur, ni fausse honte. Eve semblait s’imprégner de son petit discours sans le juger, comme on tâte une eau avant de s’y plonger. Dans le silence, il la regarda, si belle, si chaude, si belle, si bonne, si réelle et présente entre ses bras. L’inquiétude qui jouait dans son regard sombre ne s’était pas encore dissipée. Elle ne s’était pas enfuie, elle n’avait pas encore dit oui. Mais il était là, impatient et attentif, reprenant son regard dès qu’elle le lui rendit pour se perdre dans l’onde sans fond de ses yeux. Il voulait se noyer en elle, sombrer plus profondément encore, s’abreuvant de ses baisers au moins autant que de ses paroles. Il lui abandonna sa main comme on se donne, avec une confiance aveugle, se laissant porter par le courant de leur passion qu’il espérait commune. Il attendait le non qu’il devinait derrière ses lèvres roses mais qui n’était ni dans les muscles de son dos, ni dans le jeu des doigts sur sa paume. Il avait chaud. Il voulait qu’elle éteigne ce feu en lui. Il le désirait tellement qu’il ne savait plus quoi dire ou quoi faire pour obtenir cette délivrance dont il avait si évidemment besoin.

Et puis les mots. Des tas de mot, prononcés d’une voix qui surpassait même celle des baleines. Il fallut au jeune homme un effort d’attention pour en saisir le sens, transporté qu’il était par la mélodie. L’effort fut récompensé par un écarquillement plus prononcé de ses yeux. Elle ne disait pas non ?! Il semblait même très fort qu’elle disait oui ? Mais le marché ? Si c’était de payer plus tard, il ne pourrait pas plus… son cœur accéléra la cadence, battant à un rythme qu’il n’aurait pas cru possible. Le chaud remonta à ses joues. Il referma sa main sur ses doigts, d’un geste possessif. Sa bouche, sèche, refusait de fonctionner et ce n’était pas plus mal puisqu’il se serait fait des nœuds à la langue. Il la regarda, hochant la tête. Ses oreilles bourdonnaient. Il lui plaisait. Il lui plaisait. Il lui plaisait. Quoi qu’elle propose après cette prémisse était donné d’avance. Il lui plaisait. Il plaisait à la plus belle femme de Pélagia. La plus précieuse aussi. Celle qui connaissait les trésors du niveau 3 et qui l’avait écouté sans le jauger, sans le juger. Il était tellement heureux qu’il avait envie de l’embrasser à nouveau. Il se mordit la lèvre pour en soulager le feu. C’était bon mais pas assez.

« Que…que. .c’est… » Il prit une profonde inspiration, répétant dans sa tête les syllabes qu’il voulait prononcer, conscient que son bégaiement n’était que le signe externe du trouble intérieur dans lequel elle l’avait jeté. « Le marché, c’est qqqqquoi ? »

Elle avait dit que marché il y aurait et il avait beau repasser les sons qui étaient sortis après le « tu me plais et je te veux aussi », il n’arrivait pas à en saisir le sens, ou tout du moins pas dans celui d’un quelconque marché. Il avait bien compris qu’elle lui disait que c’était l’offre d’un soir et qu’il ne devait pas s’attacher à elle – trop tard. Il comprenait ce qui sous-tendait ces propositions. Elle ne pouvait pas se permettre de se donner gratuitement de façon régulière. Il ne serait pas son amant régulier, à moins de payer peut-être, ce qui n’était pour l’instant pas possible. Il comprenait. Il s’en fichait. Il était dans le maintenant tout de suite. La fille dans ses bras. Contre son corps. Contre et dans son cœur. Timidement, il leva une main pour caresser la joue de la jeune femme, en proie à un besoin insatiable de la toucher. Le marché. Il dirait oui de toute façon. Elle l’avait complètement submergé d’elle-même.

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