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Sept 125 | The Hanging Tree [Gil]
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 Sept 125 | The Hanging Tree [Gil]



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MessageSujet: Sept 125 | The Hanging Tree [Gil]   01.08.16 10:43 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    Une vieille rengaine tournait dans sa tête. Elle parlait de deux amants qui se retrouvaient sous un arbre servant à pendre quelqu’un. Elle parlait d’amour, de trahison, de fuite, de peur et d’étrangers. Elle parlait de secrets et de chuchotements. C’était le genre de chanson générique que l’on offrait aux demoiselles en quête d’aventure, chantées par une voix cassée d’émotion ou d’un abus d’Essence. Sa propre voix à elle était trop lisse, trop pure pour transmettre les émotions de l’œuvre mais elle fredonnait quand même, seule dans l’écrin de verdure et de terre qui était la forêt de Pélagia.

    Seule, elle pouvait se laisser aller à être elle-même. Pas de caméra dans la forêt, ou du moins pas trop, juste ce qu’il faut, elle attendait celui qui avait été un ami et qu’elle ne savait plus trop comment définir à présent. Viendrait-il ? Ou pas ? La question restait entière. Il voulait la voir aller bien, et elle n’irait pas bien avant de nombreux mois encore. Elle le savait pertinemment. D’un autre côté, elle n’avait pas vraiment envie de laisser leurs liens se distendre à nouveau. Elle voulait tisser quelque chose. Retenir cette présence qui avait tenté d’être là pour elle quand elle en avait eu besoin. Elle sourit un peu. C’était stupide ces chansons, ces amours, ces espoirs. L’amour, elle l’avait vu chez son frère, c’était un feu qui éclairait et dévorait de l’intérieur. Il faisait briller l’âme. Il ne se satisfaisait d’aucun compromis, se nourrissait d’absolus. A la voir ainsi, dans sa robe blanche et ses sandales de cuir décorées d’écailles, souriante, seule, patiente, fredonnant sa romance, on aurait pu croire qu’elle allait au-devant de ce genre de passions.

    Pas du tout. Elle cherchait simplement à ne pas perdre contact avec un compagnon d’enfance. Elle n’avait rien à lui demander, rien à lui dire, aucune promesse à lui faire, elle ne savait même pas s’il viendrait et si c’était le cas de quoi ils pouvaient bien parler mais elle était là, et elle était contente d’y être.

    Septembre s’était avancé un peu. Elle avait fait son choix, elle avançait ses pions doucement, préparant sa guérison, sa délivrance. Les mots de celui qui était peut-être son frère ou tout du moins qui l’avait très bien connu et partageait le même esprit (Swann donc) continuaient à arriver et à la soutenir. Ils ne s’étaient pas encore fait prendre. Pour une fois, Aeder était aveugle. Elle dormait mieux. Elle avait réduit son travail pour se laisser des moments de repos, le plus souvent à la bibliothèque ou à étudier la mode et le langage corporel. Elle n’était plus de TOUS les bals, elle avait réussi à convaincre son paternel qu’une telle présence révèlerait son désespoir de se marier et nuirait à leur cause. Elle mangeait même un peu. Pas trop. Mais l’amaigrissement s’était stabilisé. Elle se trouvait toujours trop grosse évidemment, seulement elle ne pouvait pas se battre sur tous les fronts à la fois.

    La chanson finie, elle la recommença, un peu plus fort, sa voix de mezzo-soprane se perdant sous les feuilles. Il n’y avait personne pour l’entendre, pas même les oiseaux mais cela n’avait pas d’importance. Aujourd’hui, elle avait simplement envie de s’amuser un peu.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | The Hanging Tree [Gil]   01.08.16 21:49 par Gil DylmanCiter Editer Supprimer 




Et il avait fini par accepter.
Parce que, au fond, il n’avait strictement aucune raison de refuser l’invitation d’Eirlys. Il n’était pas contre un retour du dialogue entre eux, il ne voyait juste pas comment le commencer sans que tout vire de nouveau comme à la dernière soirée où ils s’étaient vus, hors de la foule et des gens qui bavassent. Le paquet attendait toujours, lui, sur un coin d’une de ses étagères. Au début, il s’était longuement demandé ce que ça pouvait être ; avait fini par abandonner l’idée, parce qu’il n’espérait pas tellement pouvoir l’ouvrir un jour.
Un pressentiment comme un autre.

Comme toujours, la forêt était calme. Gil marchait. En cherchant Eirlys, sans vraiment la chercher non plus. Il attendait de la voir, quelque part, au détour d’un des chemins de la minuscule forêt qui n’en méritait même pas le nom. Un bois, tout au plus, voilà ce que c’était. Toutes ces années passées dans la bibliothèque, plus toutes celles passées à pouvoir l’explorer pour autre chose qu’y travailler lui avaient permis de lire un certain nombre de livres. Et parmi ceux-ci, se trouvaient des ouvrages sur la surface, de vagues connaissances des premiers habitants de la cité. Les forêts de la surface étaient toutes plus grandes que Pelagia elle-même. Pelagia était tout au plus un bocal dans lequel tourner en rond comme tous ces petits poissons oranges et jaunes qui illustraient certains vieux livres pour enfants, incompréhensibles du langage des gens d’au-dessus.
La forêt n’avait de forêt qu’un nom tout sauf mérité aux yeux du bibliothécaire.

A moins que. A moins que ce ne soit lui qui fut trop curieux.
Et Eirlys n’était toujours pas en vue. A part la bibliothèque, il ne l’avait pas vue depuis un moment, ne pouvait pas constater d’éventuels progrès. Il ne venait pas la voir pour lui parler. Il l’aidait, si elle lui demandait de l’aide. La saluait quand il passait à côté, ou qu’elle passait sur le même chemin. Sans plus. Il la laissait dans la distance qu’elle avait installée, attendait qu’elle la brise en premier, estimant que ce n’était pas à lui de faire le premier pas, ce premier pas. Il avait attendu.

Et maintenant, il se baladait dans la forêt de Pelagia, attendant de la croiser, se demandant s’il allait la reconnaître.
Quand elle arriva finalement dans son champ de vision, un peu plus loin, il eut la confirmation. Il saurait la reconnaître. Peut-être pas quel que soit le moment, mais il saurait. Il s’approcha, ignorant la chanson. Ce n’était clairement pas pour chantonner qu’elle l’avait invité, et ce n’était certainement pas pour chantonner qu’il était venu.

« Bonjour. »

Elle n’allait pas bien.
Peut-être allait-elle mieux, ceci dit. Il n’avait qu’un moyen de le savoir, c’était de demander.

« Comment vas-tu ? »



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MessageSujet: Re: Sept 125 | The Hanging Tree [Gil]   02.08.16 11:34 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    Ah. Il était venu. Il n’avait pas l’air ravi d’être là – d’ailleurs si elle réfléchissait, elle ne se souvenait pas l’avoir vu ravi depuis un moment – mais il était venu. Elle lui offrit un sourire. Pas le grand lumineux de son masque mais celui fatigué et un peu triste mais content qui était le sien. Pas de caméras c’était aussi pouvoir être soi-même un moment et c’était principalement pour cette raison qu’elle avait choisi cette location. Il n’y avait pas vraiment d’endroit dans Pélagia qui échappait à l’œil de son père. Elle devenait plus paranoïaque que Seisyll. Ce n’était pas grave. Elle s’y ferait. Elle essuya sa robe, par réflexe.

    « Bonjour Gil. Je suis contente de te voir. »

    Mais pas vraiment de la question suivante qui était probablement un test qu’elle avait du mal à passer. Elle savait ce qu’il fallait faire pour ne pas faire tourner les talons à son ami, seulement c’était nettement plus difficile à dire qu’à faire. Son masque était sa survie. Elle pouvait le déposer deux secondes mais parler d’elle, honnêtement, sans far et sans jugement, à cœur ouvert et sans avoir ni fatigue ni alcool pour altérer son jugement, et bien ça lui était compliqué. Elle devait se battre contre une vie de conditionnement. Contre la voix de son père dans sa tête lui répétant qu’elle ne devait pas ennuyer les autres avec ses états d’âme. Contre l’exemple de sa mère, silencieuse, effacée, immatérielle. Elle inspira un bon coup, serrant un peu les poings. Il ne semblait pas se rendre compte de ce qu’il demandait.

    « Je vais…pas très bien. Un peu mieux. J’ai peur que si j’attends d’aller vraiment bien avant de te recontacter, dix ans soient envolés alors j’ai pris le risque de te proposer de venir quand même. Je n’ai pas envie que l’on se perde totalement de vue. Ne me demande pas pourquoi, je n’en sais fichtrement rien. Mais tu es venu donc je suppose que c’est pareil pour toi. »

    Elle haussa un peu les épaules. Peut-être que lui savait pourquoi il continuait à répondre à ses invitations et à l’obliger à aller bien comme si elle avait de l’importance à ses yeux. Doucement, ses pieds prirent le sentier, au hasard. Elle ne lui avait pas pris le bras. On ne savait jamais. Une caméra de trop. Une qu’elle n’aurait pas mémorisée ou que son père aurait oublié de noter dans le dernier compte rendu. Tout était possible avec Aeder.

    « Mais tu me poses sans cesse la question et tu ne me dis jamais comment tu vas toi. Ce que tu deviens. Ce qu’il se passe dans ta vie. Mes problèmes à moi ne se résoudront pas du jour au lendemain aussi je propose que, pour cette fois, l’on parle de tes problèmes à toi. Pour changer un peu. »

    Elle sourit à nouveau, espérant qu’il sente l’humour dans son ton et l’envie d’avoir une vraie discussion qui, pour une fois, ne tournerait pas court au bout de deux échanges. La balle était très nettement dans son camp cette fois. Il allait falloir qu’il montre une fois pour toute s’il désirait vraiment qu’ils établissent quelque chose qui leur appartiendrait à eux deux ou s’il n’était là qu’en surface, en moralisateur et en sauveur.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | The Hanging Tree [Gil]   02.08.16 22:38 par Gil DylmanCiter Editer Supprimer 




Il la suivit, en l’écoutant parler.
Evidemment, qu’elle n’allait pas encore bien. Ça n’allait pas se faire en une journée, juste en claquant des doigts, pour voir. Ça allait prendre du temps, ne serait-ce que pour qu’elle ouvre les yeux. Et après, il y avait encore son père. Qui pouvait tout faire chavirer avec un regard, une phrase et toute la méchanceté dont il était capable. Eirlys était fragile, beaucoup plus qu’elle ne voulait le croire et le laissait paraître. Et son père la détruisait à petit feu, au fond de l’océan, sous les yeux de tout le monde sans que personne ne réagisse.
Même lui n’osait pas au final, retenu par les regards insistants de son propre géniteur.
En attendant, il restait silencieux.

La suite de ce que la jeune femme dit le surprit vaguement. Tout au plus, il haussa les sourcils, l’espace d’un bref instant. Parler de lui, hein. Gil laissa un soupir lui échapper, et il ferma légèrement les yeux. Il ne voyait pas vraiment ce qu’il allait pouvoir dire. Ce n’était pas comme si le niveau 1 était un havre de vie privée, tranquille et silencieuse. Même à l’abri des regards, il y avait toujours quelqu’un pour regarder.

« Eirlys, ce n’est pas moi qui suis dans la plus mauvaise posture, pour le moment… »

Finalement, le bibliothécaire haussa les épaules. Il allait de toute façon devoir y mettre du sien s’il voulait que le tout fonctionne. C’était lui qui avait accepté le dialogue. C’était lui qui avait accepté de venir. Maintenant, c’était à lui de participer et de faire sa part du boulot. Il eut un regard pour Eirlys. Il avait toujours envie de retrouver, même partiellement, l’amitié qui avait été la leur à une époque, avant la disparition de Seisyll. Avant tout le reste. Quand il n’y avait que leur trio, la faculté, les cours, et le bal des débutantes.

« Mais puisque nous sommes ici pour discuter, soit. Je ne vais pas bien, mais je ne vais pas mal non plus. Disons simplement que j’ai connu pire. Avec mon père, nous avons quelques problèmes à gérer la bibliothèque en ce moment. Même avec le peu de gens qui y passent du temps ou viennent emprunter des livres, l’endroit est grand. Beaucoup trop pour être géré par juste deux personnes, et pour l’instant, personne n’a été intéressé par les deux postes de bibliothécaires qui se sont ouverts. Je soupçonne même mon cher père de ne pas avoir encore pris sa retraite pour ne pas me laisser seul avec cette montagne de travail sur les bras… »

Un vague geste sympathique de la part de Stieg Dylman. Il avait connu son père beaucoup moins tendre, Gil, mais peut-être était-ce juste une illusion et lui qui était coincé dans les vieilles rancunes qu’il tenait vis-à-vis du chef de famille.

« Mais bon. Ce n’est pas la fin du monde. Nous finirons bien par trouver deux intéressés par les livres et qui cherchent du travail. Je me suis même disputé à ce sujet, avec Clio, en mai. Elle trouvait sans doute qu’on ne faisait pas assez d’efforts, et c’est peut-être le cas, mais… d’un côté, nous sommes un peu bloqués aussi. Ni mon père ni moi ne pouvons nous permettre de quitter la bibliothèque pour placarder des affichettes partout dans la cité. Et le niveau 3 n’est sans doute pas notre meilleure option, en tout cas, si nous voulons rester en vie à la fin de la journée. Et je n’y peux rien, si personne ne s’est présenté jusqu’ici… Les recherches ont juste commencé en mars, rien que ça. »

Petit ricanement, nerveux. Cela faisait déjà un moment qu’ils cherchaient, sans trouver personne. Il paraissait que ça pouvait prendre du temps. Tout le monde se désignait aux trois grandes entreprises de la cité, sans aucune considération pour une petite affaire familiale tenue depuis les débuts de Pelagia.
Ils finiraient bien par trouver.
Des mordus de livres, ça existait forcément, même au fond de l’eau.



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MessageSujet: Re: Sept 125 | The Hanging Tree [Gil]   03.08.16 14:21 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    L’écho d’une lueur rieuse et amusée passa dans les prunelles grises de la jeune femme, reflet éteint mais réel de l’adolescente qu’elle avait été. Ah ! Elle n’était pas seule à avoir du mal à s’ouvrir aux autres. Ce n’était pas si facile, hein, que d’envoyer valser toute la retenue et l’éducation qu’on avait reçue. Le Soi. Le sujet tabou par excellence du niveau 1. Pendant une fraction de seconde, la jeune femme joua avec l’idée que son ami n’y arrive pas, botte en touche et qu’elle puisse avoir le plaisir de le remettre face à lui-même. Que ce ne soient pas toujours les même qui s’amusent. Finalement cependant, il haussa les épaules et se lança. Redevenue sérieuse, Eirlys écouta attentivement les problématiques de son ami, levant un sourcil, plus que surprise par la nouvelle. Ca lui avait totalement échappé. Certes, la bibliothèque était vide mais enfin, elle y venait régulièrement depuis deux bons mois et l’idée qu’ils pouvaient chercher du monde ne l’avait même pas effleurée. Pourtant, quand elle y réfléchissait, c’était logique.

    « Mais enfin, Gil, pourquoi tu ne m’en as pas parlé plus tôt ? »

    C’était sorti tout seul. D’un coup. Sans aucun filtre d’aucune sorte, avec un accent de surprise incrédule qu’elle aurait bien eu du mal à feindre. Elle s’arrêta pour secouer la tête, ses boucles brunes dansant sur ses épaules. Quand elle releva les yeux, elle souriait. Vraiment.

    « Je reçois une douzaine de candidatures par jour à Magnus. Des agents de sécurité bien sûr mais aussi des amoureux des lettres pour le service publicitaire dont certains n’ont pas forcément les qualités que nous cherchons mais dont les défauts ne sont pas rédhibitoires pour un poste de bibliothécaire. Mon pool contient toute sorte de profil, de tous les niveaux, pour toutes les formations. Il me suffirait de te faire une certaine sélection, je peux même les recevoir si vous n’avez pas le temps pour vous les pré-trier et vos soucis seraient envolés. Après tout dépend du type d’employé que vous cherchez. Si vous n’avez pas forcément de financement, placer des affichettes à l’Université pourrait également être une option. Il y a toujours un ou deux intellectuels du niveau 2 qui seraient ravis d’aider à alléger leurs frais de scolarité en donnant un coup de main après leurs cours. Il te faudrait également une plus grande visibilité sur le marché du travail mais là encore, ce n’est rien d’insurmontable et tout à fait dans mes cordes. »

    Elle savait faire. C’était facile, pour elle. Et l’idée de pouvoir aider son ami, d’être utile, de façon concrète, à quelque chose qui était important pour elle lui mettait du baume au cœur. Certes, ce serait du travail mais c’était du bon travail. De celui qui permettait de s’endormir le soir dans son lit d’un sommeil profond et réparateur. Elle aimait ce qu’elle faisait. Elle aimait rencontrer les gens, lire leur cœur et leur trouver une place. Elle aimait fournir aux gens les personnalités qui leur étaient compatible. Elle aimait parier sur l’alchimie étrange qui se créerait – ou pas – entre un chef de service et ses employés. C’était ce qu’elle faisait. C’était là qu’était sa place. Et si Magnus lui semblait une machine énorme dévorant les âmes selon un tableau des charges mensuel très strict, le faire pour la bibliothèque et pour un ami la rendait heureuse.

    « Lorsque l’on rentrera ou la prochaine fois que je passerais, tu me donneras si tu veux le nombre de postes que tu veux, quels profils tu recherches, pour faire quoi et pour quelle paye. Les jours de travail et les horaires m’aideraient également ainsi que les conditions sinequanon d’embauche. Par exemple si tu refuses quelqu’un qui consomme de l’Essence, je dois le savoir…. »

    Elle leva les yeux vers les dômes de verre qui leur servait de ciel. Des ombres passaient comme autant de nuages alors qu’elle repassait dans sa tête les derniers dossiers qu’elle avait reçus. Il y avait certainement des mordus de livre au fond de l’océan. Et elle les trouverait, elle les trierait et elle enverrait les meilleurs pour soutenir et étayer son ami avant qu’il ne se délite à son tour sous la pression de la cité sous-marine.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | The Hanging Tree [Gil]   03.08.16 21:36 par Gil DylmanCiter Editer Supprimer 




La forêt était vraiment calme, il ne l’avait pas encore remarqué. Pas à ce point. De n’entendre que sa voix ou celle d’Eirlys dans les environs déserts rendaient les silences qui ponctuaient leurs phrases encore plus silencieux, presque gênants. Ailleurs dans Pelagia, ils n’auraient pas été aussi silencieux. Il y aurait eu le bruit de l’extérieur, le bruit des gens qui marchent, le bruit des autres conversations et de tous les autres bruits de la cité quand on marchait dans ses petites rues étriquées.
Gil eut un bref ricanement, gardant l’espace de quelques secondes le rictus qui s’était affiché sur son visage. Il ne regarda pas Eirlys.

« Plus de visibilité… Eirlys, tu m’excuseras si tu as envie, mais “vous”, les trois grandes entreprises de la cité… vous prenez déjà toute la visibilité du marché du travail qu’il y a dans cette cité ! Tout le monde fait des études en pensant pouvoir décrocher un poste à Corb, ou à Magnus, parce que ce sont des piliers de Pelagia, des entreprises prestigieuses, qui font avancer les choses ou qui nous permettent de vivre en sécurité. Personne ne s’intéresse à la bibliothèque, si vieille soit-elle. Personne ne fait des études pour finir à ranger des bouquins sur des étagères. »

Sauf lui.
Mais il n’avait pas vraiment eu le choix. S’il avait eu le malheur de ne pas hériter de l’amour familial pour les livres, son père serait allé chercher quelqu’un d’autre, l’aurait déshérité et peut-être maudit au passage. Jamais la bibliothèque n’avait changé de mains, en cent vingt-cinq ans d’existence. C’était toujours eux, les Dylman, qui l’avaient eue à charge. Il y avait souvent eu des employés de passage pour aider à gérer l’endroit qui était tout de même immense, mais les gérants avaient toujours eu le même patronyme inscrit à l’état civil.

« Deux. Nous ne cherchons que deux personnes pour le moment. Si nous avons besoin d’en embaucher encore une ou deux après, eh bien, soit, nous relancerons les recherches… Il y a une période d’essai d’une semaine. Consommation d’Essences bien évidemment interdite, tu connais mon père, toujours droit dans ses bottes, hors de question d’avoir quelqu’un susceptible de créer des problèmes dans les environs… Je suppose que tant que la personne n’arrive pas pour travailler avec les signes évidents d’une prise d’Essence, ça devrait passer, mais à la moindre alerte dans le cerveau de mon père, c’est la porte. Sinon, les horaires sont ceux d’ouverture et de fermeture de la bibliothèque. Au moins cinq jours par semaine, avec une tournante. Celui qui a fait l’ouverture un jour fera la fermeture le lendemain, et ainsi de suite… Pour les détails, vois directement avec mon père, c’est lui qui s’occupe de gérer tout ça. C’est lui le gérant, c’est lui qui embauche et qui décide de qui reste et qui part. »

Stieg Dylamn avait toujours le dernier mot quand il s’agissait de la bibliothèque, ce qui était bien normal. Son nom était inscrit sur les papiers de gérance de l’édifice de Pelagia, c’était à lui que revenaient pour le moment toutes les décisions difficile. Gil sentit son ventre se nouer légèrement à l’idée qu’un jour, ça allait être à son tour de s’occuper de ça. Qui sait, il licencierait peut-être, ou accepterait le départ, d’une des personnes que son père avait embauchées. Ensuite, ce serait à son tour d’avoir à faire un choix.
D’avoir à le justifier.

L’héritier Dylman laissa un silence planer.
Avant de regarder Eirlys.

« Merci de nous aider. »



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MessageSujet: Re: Sept 125 | The Hanging Tree [Gil]   05.08.16 13:52 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    « Bien sûr que si, certains s’y intéressent mais encore faudrait-il qu’ils aient l’idée de pouvoir travailler là-bas. Si Magnus, Corb et Aronde sont au premier plan, combien de nos camarades n’avaient aucune idée de ce qu’ils voulaient faire durant nos études ? A terme, c’est certain, si tu veux réveiller des vocations il te faudra aller dans les différentes filières voire en dernière année de générale. Pour vous faire connaître et montrer aux jeunes que Pélagia ne se résume pas à nos trois mastodontes et que la vie de la cité sous-marine est bien plus riche qu’ils ne l’imaginent. Mais c’est faisable. Et quand bien même tu n’arriverais pas à éveiller des vocations, la bibliothèque en elle-même pourrait gagner des visiteurs. N’aurais-tu pas aimé, toi, avoir ce genre d’information durant nos études au lieu des sempiternels bourrages de crâne ? »

    Elle sourit à nouveau, pas vexé par la causticité de son ami. Elle l’avait toujours su acide, amer. Un mélange de saveur qui se mêlait parfaitement avec celle, sombre et terreuse de son frère. Ce dernier l’avait protégée et nourrie et, s’aperçut-elle, le premier l’aidait à s’épanouir. Une bien étrange fleur que celle qui peut éclore dans de telle condition. Et une idée à laquelle elle allait devoir penser. Plus tard. A tête reposée. Son sourire changea, se teintant d’ironie et de tristesse puis d’un peu d’espoir, toutes ces émotions se mêlant dans son esprit, déclenchant un mal de crâne qui acheva de le transformer en grimace. Elle porta la main à son front, juste au-dessus de l’œil droit et se força à continuer.

    « Je vous ferais une simulation de ce qui serait possible de faire, du temps, de la main-d’œuvre et des coûts nécessaires avec une estimation des revenus et retombées bénéfiques qui seraient liés. Ainsi, vous pourrez choisir le plan qui vous paraîtrait convenir au mieux à vos besoins selon vos objectifs à court, moyen et long terme. »

    La douleur reflua un peu, elle lâcha son arcade sourcilière, se redressant sous les dômes en verre. Concentrée, elle écouta son ami exposer ce dont il avait besoin. Au final, deux personnes qui aimaient les livres, sérieuses, dynamiques, motivées… et sans diplôme ni études –si chères au cœur de Gil pourtant – demandées. Elle hocha la tête, déterminée. Son assurance n’était pas feinte, elle savait qu’elle trouverait. Elle mettrait Joshua dans le coup au besoin. Il avait prouvé qu’on pouvait lui faire confiance et son pessimisme l’aidait à pondérer ses choix. Le silence qui s’établit entre eux deux était devenu palpable mais ne dérangeait pas la jeune femme. C’était reposant. Confortable de ne pas se sentir obligé de meubler une conversation qui n’avait pas forcément lieu d’être. Cela ne semblait pas être l’opinion du bibliothécaire toutefois puisqu’il se sentit obligé de rajouter quelque chose. Avec un nouveau sourire, timide cette fois, elle lui prit la main dans les deux siennes, cherchant son regard, sans far, sans masque.

    « Tu es un ami, Gil. Cela me fait plaisir de t’aider. Au-delà de ton père ou de la bibliothèque en elle-même que pourtant j’apprécie, je suis contente de t’aider toi. »

    Elle savait qu’elle se mettait en danger. Qu’il y avait de grande chance pour qu’il retire sa main et fasse un commentaire sarcastique sur leur pseudo-amitié. Elle savait qu’elle pouvait très bien se prendre l’acidité de son camarade en pleine figure. Mais il la voulait sans masque, et bien voilà. C’était elle. Sans masque. A prendre ou à laisser.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | The Hanging Tree [Gil]   06.08.16 20:54 par Gil DylmanCiter Editer Supprimer 




Voir Eirlys sans son masque était assez surprenant, et sur le moment, Gil eut simplement envie de retirer sa main, sans esquisser le geste cependant. Il resta là, sans rien dire pendant quelques secondes, se contentant d’acquiescer aux paroles de la jeune femme par un hochement de tête. Il lui dirait bien de ne pas s’user les méninges sur des simulations de gestion, que son père devait bien en faire le soir dans son bureau, avant de fermer les portes de la bibliothèque à clef et de rentrer voir sa femme, mais il se doutait qu’Eirlys n’en ferait quand même qu’à sa tête.
Il espérait juste qu’elle ne négligerait pas son propre travail juste pour l’aider. Il l’en croyait tout à fait capable, avec son sourire timide sur les lèvres et quelque chose de différent sur son visage depuis qu’elle avait laissé son masque s’effacer.

Elle n’avait pas été la seule, mais pour Gil, le changement avait été plus ténu. Finalement, il ramena sa main vers lui, et détourna un peu les yeux. La situation n’avait rien de gênant, mais il ne pouvait s’empêcher de lui trouver un vague côté embarrassant. Il ne savait pas quoi lui dire qui serait autre chose qu’une demande implicite pour elle de ne pas non plus se surmener en se rajoutant inutilement du travail.
Comme s’il avait peur qu’elle ne retombe un peu plus profond dans les rouages qui l’avaient amenée à craquer, ce soir-là, dans la salle de bal. Il n’avait pas envie d’être la cause de cette brusque retombée alors qu’il l’avait d’abord aidée à se relever.
Il ne voulait pas se sentir coupable d’un possible mal-être chez elle.

« N’en fais pas trop non plus, Eirlys… »

Il esquissa un vague sourire, essayant de dissimuler sa gêne.

« Je ne voudrais pas que tu te surmènes juste pour m’aider. Ne te casse pas autant la tête, tu sais, tu fais déjà beaucoup en nous envoyant des personnes potentiellement intéressées par les postes que nous avons mis en place. Juste ça, ce sera amplement suffisant. »

Eirlys était une amie, Gil n’avait pas envie d’être l’une des pièces de l’échiquier qui la mèneraient à prendre le mauvais tournant. Même si cela voulait dire rajouter la distance qu’il avait d’abord essayé de gommer, il ferait ce qu’il faudrait pour essayer de préserver la jeune femme et la relation qu’il avait avec elle. Ce n’était de toute façon pas dans ses habitudes d’hésiter et de tergiverser pendant des heures avant de prendre une décision. Si Eirlys avait besoin d’aide, il serait là.
Mais il refusait l’éventualité d’être des personnes qui participeraient à la lente agonie de la dernière enfant Hilbilge.

Il ne l’avait pas quittée des yeux.

« Et pour être honnête, Eirlys… Je n’ai pas envie de devenir une excuse, pour toi, d’en faire plus, voire trop. Pense aussi à toi, s’il te plaît. »



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MessageSujet: Re: Sept 125 | The Hanging Tree [Gil]   07.08.16 20:51 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    Sans son masque, Eirlys se savait vulnérable. Sans son frère, elle se savait fragile. Pour apaiser son ami, elle avait renoncé au premier et accepté le second. Elle était là, devant lui, ses protections librement déposées à ses pieds, simplement parce qu'il lui avait demandé et qu'elle avait librement accepté de lui accorder cette faveur. Se rendait-il compte que ses exigences étaient plus difficiles à exaucer que tout ce que son père pourrait jamais lui imposer ? Les incertitudes revenaient en force et, avec elles, ces phrases si souvent répétées de son père à sa mère. Inutile. Poids mort. Idiote. Incapable. Elle aurait préféré mourir que de supporter la honte de pareils mots sur ses épaules à elle. Et si Gil n'aimait pas ce qu'il voyait derrière l'assurance des Hilbilges ? Et si son père l'avait trop modelée pour en faire quelqu'un d'insupportable ? Et pourtant, il n'avait pas repoussé son élan d'affection. Il ne s'était pas moqué de sa timidité. Sans masque, Eirlys était une jeune femme complexe, mélange d'une force bornée et d'une timidité presque maladive, habituée à l'ombre. Une fille qui aimait travailler. Une fille qui aimait danser. Une fille qui aimait autant le bavardage d'une grande fête que l'intimité d'un bon livre. Sans masque, elle avait la colère des Hilbilge, froide, insolente, redoutable. Celle qui l'aiderait à avancer dans la vie, détruisant ceux qui se mettraient au travers de son chemin. Cette colère qu'elle avait vue si souvent chez son père et son frère et qui lui faisait peur, d'un froid qui la prenait du plus profond de ses os. Elle ne savait pas très bien qui elle était, sans son masque. Peut-être n'était-elle pas quelqu'un de bien.

    Et pourtant, Gil ne l'avait pas repoussée. Il s'était tendu quand elle avait pris sa main, bien sûr, mais il n'y avait eu ni rejet ni mots acides. Rien que de l'inquiétude. Touchée, perplexe, elle lâcha d'elle-même son ami et reprit sa route à ses côtés, lui offrant un nouveau sourire, partagé entre inquiétude et amusement. Il semblait terriblement sérieux, comme s'il avait peur de la détruire, elle. Lui. Comme s'il pouvait lui faire du mal. Lui. A elle. Elle avait envie de lui dire que si elle avait accepté ses termes, si elle lui permettait d'apercevoir qui elle était vraiment, c'était parce qu'elle savait bien que malgré toute son amerrtume, il ne pouvait pas la blesser. Elle se tuait peut-être à petit feu mais jamais activement et tendre le bâton pour se faire battre n'était pas dans ses habitudes.

    C'était tellement inhabituel d'avoir quelqu'un d'autre que Seisyll pour s'inquiéter de la blesser. Et, comble de l'ironie, ils se retrouvaient depuis le moment exact où elle pensait avoir retrouvé son frère. Elle releva la tête, pensive, ses yeux tombant dans les siens juste au moment où il reprenait, verbalisant exactement son inquiétude. Son sourire s'épanouit un peu, se nourrissant de toutes ses pensées. Au fond du gris de ses pupilles, l'amusement allumait quelques paillettes d'argent.

    « Ne t'en fait pas, Gil. Je serais sage, je te le promets. » Elle était toujours sage. Sage était sa marque de fabrique mais le sage qu'elle proposait au bibliothécaire était une sagesse pleine de sarcasme, de jeu et – au fond, parce qu'elle était plus touchée par tout ça qu'elle voulait bien l'avouer – de sérieux. Elle fit quelques pas sur le sentier. Hésitante. Puis, mue par une impulsion soudaine, enleva ses chaussures, sentant le sol sous ses pieds légers.

    « Je pense que nous avons fait le tour de nos santés respectives. Une idée pour relancer la conversation ? Avez-vous fait de nouvelles acquisitions à la bibliothèque ? Des ouvrages qui pourraient m'intéresser ?»

    Outre le droit, les sciences humaines et les livres de code et de jeux de l'esprit, Eirlys avait toujours eu un amour particulier pour les contes de la surface. Ceux qui parlaient de robe couleur de temps, ceux avec les sorcières aux maisons à pattes dans les forêts gelées des steppes de la surface, les mages qui mettaient leurs âmes dans les aiguilles dans les œufs dans les poissons dans les aigles dans les ours dans les forêts...

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MessageSujet: Re: Sept 125 | The Hanging Tree [Gil]   07.08.16 22:12 par Gil DylmanCiter Editer Supprimer 




Et Eirlys promit d’être sage, mais Gil continua de douter, sachant pertinemment qu’il ne pourrait pas passer sa vie à la surveiller. Elle n’apprécierait sans doute pas, de toute manière. C’était quelqu’un d’indépendant, elle savait très bien se débrouiller. Elle n’avait pas besoin d’être constamment veillée. Et il n’avait pas non plus que ça à faire. Chacun ses problèmes.
Il n’avait pas spécialement d’idée pour relancer la conversation. Pour lui, elle était finie. Ils pouvaient en lancer une deuxième, à la limite. Gil n’était pas de ceux qui parlent pour ne rien dire. Il écouta les questions d’Eirlys, continuant d’avancer sur le sentier de la forêt, regardant les alentours.

« Rien qui sorte de l’ordinaire à la bibliothèque. »

Les alentours désespérément déserts. Pas un seul animal à se balader entre les arbres de la forêt de Pelagia. Ce n’était pas une forêt, à part le nom marqué sur le panneau, mais les livres, les connaissances héritées de la surface lui avaient appris que les forêts n’étaient jamais désertes, pas même en hiver quand la neige recouvre tout ce qu’elle touche, épais manteau blanc, froid, et scintillant sous le soleil encore plus timide que celui qu’ils perçoivent depuis les hauteurs bénies du niveau 1 et de tous les avantages qu’il offre à quiconque ayant la chance d’y être né. Gil laissa un soupir lui échapper. Non. Rien de nouveau.
Mais il allait bien devoir trouver quelque chose d’autre à dire.
Il ne voulait pas qu’Eirlys pensât qu’il se fermait, rejetait le dialogue qu’il avait lui-même essayé d’établir. Il ne savait juste pas quoi dire. Bien loin des assommantes conversations des soirées mondaines, où tout le monde trouve quelque chose à critiquer, il se découvrait moins doué pour les discussions qu’il n’y paraissait.

Il eut un sourire machinal, un peu désolé.

« La routine, j’en ai bien peur. Tu as pu l’observer à loisir, d’ailleurs, quand tu levais le nez de tous ces bouquins que tu viens chercher. Tu travailles sur quelque chose en particulier ? Ou c’est juste de la curiosité qui te pousse à faire toutes ces recherches ? »

Une lente mélopée se mit à monter des profondeurs de l’océan, le long des parois de verre de la cité. Un chant lisse, clair comme l’eau de la surface dès qu’on revient vers les berges. Gil releva vaguement la tête, chercha machinalement autour de lui pour apercevoir ce qu’il devinait être des baleines. Des baleines, à Pelagia… ! Un spectacle des plus inédits.

Comme…
Comme ces parois rocheuses, et tous ces gens, tout autour. Tous avec des visages différents. Et le soleil, perçant, qui rentre par l’ouverture de ce qui semble être une grotte. Il y a tous ces visages qu’il connaît, il en est sûr et certain. Il sent la hargne lui agiter le cœur, il se débat mais on le tient fermement. Une des personnes se transforme en loup.
Il sait qu’il crie, mais il n’entend rien à cause du vacarme que fait le loup qui était humain la seconde d’avant. Le loup qui s’attaque au deuxième visage, sous le regard horrifié d’une jeune femme aux cheveux blonds. On le maintient toujours, et tout ce qu’il peut faire, c’est regarder. Et ça fait mal. Parce qu’il regarde cet être humain qu’il aimait, ça il en est sûr, mourir, une bulle de sang aux lèvres.


Gil s’arrêta net, réalisant qu’il avait continué d’avancer alors qu’il n’avait aucune idée d’où il était, alors qu’il se souvenait d’être maintenu au niveau des épaules, comme s’il pouvait encore sentir les doigts serrer ses clavicules.
Il regarda Eirlys, cherchant les bons mots.

« Tu… tu as vu ça ? »

Ça, quoi ?



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MessageSujet: Re: Sept 125 | The Hanging Tree [Gil]   08.08.16 21:31 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

Il ne débordait pas de passion pour un amoureux des livres mais sans doute était-ce la fatigue de se battre pour maintenir son établissement à flot. La routine emportait tout. Elle rongeait et tuait aussi sûrement que la rouille. Devant leur difficultés pour discuter, Eirlys avait baissé la tête. Etait-il vraiment si important qu'ils se battent ainsi, tous les deux, côte à côte et pourtant si loin, incapable de trouver quelque chose à se dire ? Voulait-elle renoncer ? Non. Et lui non plus. Alors ils luttaient tous deux contre leur éducation, contre les barrières qu'avaient dressées entre eux le passé, les non-dits et les diktats. C'était leur amitié. Maladroite et laborieuse mais présente malgré tout. Parce qu'ils le valaient bien. Parce qu'ils le désiraient.

« Cela dépend des soirs. Certaines fois je lis des livres de droit pour me rappeler de mes cours de l'université ou vérifier un point de coutume qui m'échappe. Parfois je vous prends des livres de physique et de chimie et je rêve de Seisyll. Parfois je m'amuse avec un conte ou un casse-tête pour penser un peu à autre chose. Père me surveille depuis mon escapade de Juin dernier et la bibliothèque est l'un des seuls endroit où je peux souffler un peu. Il se doute bien qu'y envoyer ses hommes veiller sur moi déplairait à ton propre père. Se fâcher la maison Dylman n'est pas dans ses intérêts. Ta bibliothèque c'est mon refuge. »

Elle haussa les épaules comme si le fait d'être punie et surveillée à trente ans pour une nuit de liberté quelques trois mois plus tôt était normal. Et pour elle, cela l'était. Elle était habituée à voir son paternel agir de la sorte. Elle s'y était attendu et s'était enfuie en connaissance de cause. Elle s'en sortait bien, au final, et la punition lui semblait bien légère. Le chant des baleines, enveloppant sa rêverie lui fit rater quelque chose. Gil s'éloignait déjà. L'appelant, elle se mit à courir, pieds nus sur la terre brune qui lui collait au talon. Il avait de grandes jambes le bougre. Et il ne semblait pas entendre. Quelques secondes s'écoulèrent ainsi, les plus longues du monde jusqu'à ce qu'elle le rattrape enfin et le voie émerger, comme s'il s'éveillait soudain d'une torpeur étrange.

« Ça quoi ? » La voix de la jeune femme se fit inconsciemment l'écho de sa voix interne à lui, répondant aux mêmes questions. Elle voyait les baleines. Le spectacle de leur nage par dessus le globe de verre était saisissant de majesté. Elles étaient tellement grosses que leur poids défiait même l'imagination. Comment pouvait-on vivre dans une telle carapace de graisse ? Et comment faisait-elles, malgré tout, pour oublier leur imposante masse et se mouvoir avec une grâce qu'elle-même aurait bien du mal à imiter ? Elle secoua doucement la tête.

« Je vois les baleines, si c'est ce que tu demande, Gil, mais quelque chose me dit qu'il s'agit d'une toute autre forme de vision n'est-ce pas ? »

Sa voix se fit plus douce, presque enfantine. L'Eirlys petite qui n'ose pas trop poser une question de peur de déranger mais qui, quand même, aimerait bien savoir. Celle qui traînait partout par la patte un vieux chaton en tricot fait par sa mère pendant la gestation. Elle avait la version de Seisyll toujours sur elle dans son sac. Une chouette aux yeux grands ouverts qui la protégeait quoi qu'il arrive.

« Qu'est-ce que tu as vu ? »

Il pouvait se décharger sur elle, sans crainte d'être contredit ou jugé. Elle écouterait simplement, tandis que nommer ses démons à voix haute avait de bonne chance de les exorciser. S'il voyait des choses, c'était qu'il allait plus mal qu'il ne le pensait. Et même si ce n'était pas habituel, si l'événement était isolé, il avait l'air... perdu, choqué, frappé par ce qui venait de se produire et elle avait cette étrange pulsion de le réconforter pour qu'il reste l'être défensif, acerbe et critique qu'elle connaissait si bien. Pour que Gil reste Gil, rassurant dans sa tranquille et froide indifférence.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | The Hanging Tree [Gil]   11.08.16 21:36 par Gil DylmanCiter Editer Supprimer 




Et les baleines étaient là, presque juste devant ses yeux, exécutant leur ballet élégant au milieu de l’eau froide et salée où Pelagia s’était construite. Les immenses cétacés se mouvaient avec une grâce incomparable pour leur taille, aidées par l’eau qui les portait bien volontiers, les laissait glisser et onduler au gré des courants, poussant leurs incroyables masses sans le moindre effort, comme si elles n’étaient pas plus lourdes que du duvet. Il y avait même un baleineau, significativement plus petit, ce qui ne manqua pas d’attirer l’œil du bibliothécaire.
Les baleines étaient là, nonchalantes et tranquilles, occupées à leur danse sous-marine aux abords de la cité, attirant les regards de toutes les personnes qui n’étaient pas restées cloîtrées chez elle.
Gil les regarda passer, ne pouvant retenir un sourire. Elles étaient belles, toutes dans leur camaïeu bleuté, leurs larges nageoires accrochant presque les quelques rayons de soleil qui crevaient la surface de l’eau, descendant aussi profonds qu’ils le pouvaient. L’une d’elle remonta d’ailleurs pour respirer.

Le sourire de Gil s’accentua en rictus désabusé.
Elles pouvaient remonter à la surface pour respirer, elles. Elles avaient la chance de connaître les deux mondes. Le fils Dylman s’était surpris à rêver de bien plus que le cocon douillet de Pelagia, après avoir eu l’impression de vivre dans un extérieur bien réel pendant quelques fractions de secondes.
L’espace d’un point de vue qui n’était pas le sien. Son sourire s’effaça et son regard quitta la danse des baleines pour revenir vers Eirlys. La question qu’elle avait posée lui faisait un peu peur.
Qu’est-ce qu’il avait vu, effectivement ?
Un soupir lui échappa.

« Je… ne sais pas trop. »

C’était compliqué à exprimer. A imaginer une deuxième fois. Il n’y avait rien dans le décor presque trop parfait, aseptisé, de la forêt de Pelagia pour guider le choix de ses mots pour décrire ce qu’il avait vu. Ça lui faisait encore mal, bizarrement, comme un pincement sournois derrière les côtes. Comme si on avait passé son cœur à l’emporte-pièce avant de refermer la cage thoracique d’un coup sec, sans essuyer le sang qui pourrait suinter des plaies.
C’était nouveau.
D’un certain point de vue, c’était assez grisant, comme sensation. Mais profondément effrayant. Comme de voir ces baleines se déplacer avec souplesse pour rejoindre un monde totalement inaccessible.
Gil ne bougeait pas. Il restait là, cherchant les bons mots, le regard rivé sur les brins d’herbe.

« C’était bizarre, mais… J’étais… J’étais dehors ? »

Un ricanement lui échappa, il releva la tête, avant de la détourner d’un coup sec.

« Tu vas me prendre pour un de ces fous dont la cité ne veut rien savoir… ! Mais j’étais dehors. En tout cas, je voyais à travers les yeux de quelqu’un qui était dehors. Même si, dehors, c’est vite dit. Il faisait sombre. Comme dans une grotte, mais une grotte de la surface. Il y avait un morceau inondé de lumière, et elle était bien plus vive que tous les rayons de soleil qu’on peut capter depuis nos fenêtres à nous. Je n’étais pas seul. Il y avait d’autres personnes, des femmes, des hommes. Un vieux borgne. Une espèce de baraque rousse avec un air plutôt agacé. Une femme, grande, qui tenait un serpent. Une autre, plus petite, plus frêle. Blonde. Elle avait peur. Et puis… Et puis une des autres personnes s’est transformée en… loup ? Je crois bien que c’était un loup. Elle, enfin il, s’est jeté sur quelqu’un qui lui ressemblait, avant la métamorphose. »

Sa mâchoire se serra machinalement et il avala sa salive. C’était la partie difficile. Celle qui pinçait désagréablement. Il se souvenait du sang, mais ce n’était pas ce qui le dérangeait le plus. C’était la mort de la personne qui faisait le plus mal.

« Et… ce jeune homme est mort. Et j’avais beau crier, je n’entendais rien. Rien d’autre que les grognements du loup. Et je savais que je connaissais ces personnes, toutes celles qui étaient présentes, elles avaient toutes des visages familiers. Et celle qui venait de mourir était quelqu’un de proche. »



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MessageSujet: Re: Sept 125 | The Hanging Tree [Gil]   12.08.16 14:00 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

Elle le laissa parler, son attention portée sur lui comme si la vue des baleines n’était pas un miracle mais une simple représentation du quotidien. Il y avait l’exceptionnel, et il y avait l’important. Si le ballet des mammifères appartenait à la première catégorie, Gil, lui, faisait incontestablement partie de la seconde et par là même, supplantait tout. Elle lui laissa son hésitation, rendant son regard avec cette calme et légère inquiétude qui était la sienne, attentive à ses mots, ses silences, ses gestes. Elle sentit un peu de son mal-être, sans pouvoir le définir, puis l’amertume dans son rire et la porte qui claquait alors qu’il arrivait, simultanément, à relever la tête et détourner les yeux. Elle écouta. Elle s’approcha, les yeux pleins de rêves aux mots qu’il utilisait. Dehors, grotte, soleil. Elle imaginait un monde sec et lumineux, sans barrière au regard, sans métal sur la tête. Un monde de possibilités, moins gêné par les carcans de la société pélagienne. C’était un point commun qu’elle ne s’était pas attendue à trouver avec Gil, les rêveries sur la Surface, comme elle l’appelait, ou Dehors, comme le disait son ami. Elle lui prit la main à nouveau, on sentait la douleur dans son récit. Quelque chose de poignant qui tordait le cœur. Quoi qu’il se soit passé, cauchemars éveillé, vision, Essence, ça l’avait choqué, lui. Et elle voulait être là pour le soutenir. Sauf que.

Elle était là. Et elle était belle, vêtue légèrement d’une étoffe soyeuse, entourée par ses attributs et ses coiffes. Autour d’elle, des âmes qui la vénéraient, certains avec sympathie, certains avec tendresse, certains avec crainte. Derrière elle, douze présences formidables qui étaient là pour juger, mais pas elle. Elle se sentait soutenue par ces présences. Aimée. Quand bien même ne figurait pas son père, fils et mari. Autour d’elle, quarante-deux ombres comme autant de préceptes. Ils étaient pour elle aussi. Si elle n’était jamais seule, si la splendide salle d’ors et de peinture n’était pas sienne, elle était justement entourée, soutenue dans sa tâche. Devant elle, d’autres âmes, d’autres ombres, celle des hommes. Il lui sembla voir Angus Jäger. Et la Dame Blanche. Et l’ombre écrasée de Quinn qu’elle ne connaissait que de vue. Elle chercha son frère, par réflexe. Le Pharaon n’était pas là, évidemment. Seisyll. Passé et présent se mêlaient dans son esprit. Elle chercha son père, comme on cherche une délivrance. Elle tomba sur une bête étrange, mélange de reptile et de mammifère, dont la langue saliveuse pendant à l’extérieur d’une bouche au rictus malsain. Elle voulut crier, sursauter, réagir mais là n’était pas sa place. Tel n’était pas son rôle. Une ombre s’avança, la sienne ou une autre ? Elle la regarda, et, de son regard, sortit une lumière aveuglante mettant l’âme à nue, sans pudeur ni faux semblant tandis que d’un hurlement de douleur s’échappa une mélopée, témoins de la défense du défunt. C’est alors qu’elle réalisa que ce n’était pas la surface, c’était l’abîme.

Elle ne hurla pas. Tout juste avait-elle fortement blêmit à son tour. Les baleines, toujours présentes continuaient d’enchanter les eaux de la ville. Elle déglutit. Gil avait eu la surface et la mort d’un proche très proche. Elle avait eu la mort. Elle avait été la mort. La vérité absolue, le règne de la justice parfaite, la lumière dans laquelle on ne pouvait pas se cacher. Et, en même temps, elle s’était sentie chez elle, en famille. Elle déglutit. Encore.

« Gil… »

A peine un filet de voix passait à travers sa gorge serrée. Elle faisait de son mieux mais ce n’était pas encore assez.

« Gil, il se passe quelque chose je…j’ai vu, moi aussi. Pas la surface, pas comme toi mais… »

Elle regarda l’air autour d’eux, inquiète à la fois de ce qu’il pouvait penser d’elle et de la possible véracité du doute qui l’avait saisie soudain. Elle avait peur. Ce n’était pas un sentiment qu’elle ressentait souvent, ni qu’elle aimait beaucoup. Elle ne voulait pas devenir folle. Elle ne voulait pas.

« Tu ne penses pas qu’ils auraient pu mettre de l’Essence dans l’air…si ? »

Son père était prêt à tout pourtant. S’il avait su qu’ils se voyaient…s’il avait pensé que ça les rapprocherait…il n’aurait probablement pas hésité. Sauf que…ce n’était pas possible…n’est-ce pas ?

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MessageSujet: Re: Sept 125 | The Hanging Tree [Gil]   12.08.16 18:59 par Gil DylmanCiter Editer Supprimer 




Le lent opéra des baleines se poursuivait, probablement sous les yeux de la cité entière – ou au moins des niveaux un et deux, Gil doutait que les cétacés iraient aussi profond que le niveau trois à moins d’y être forcées. Elles allaient vers la surface. Elles devaient remonter pour respirer, et eux, ils étaient toujours bloqués, là, à des mètres et des mètres sous la fine pellicule scintillante de la surface de l’eau.
Et Eirlys qui ne disait plus rien. Le bibliothécaire ne s’en formalisa pas de suite, complètement absorbé par la danse des cétacés. Les amples mouvements des créatures marines lui rappelaient par moments la manière dont son chat avait de bondir d’un meuble à l’autre, d’arquer son dos avant de s’aplatir sur le sol pour se faufiler là où aucune main humaine n’aurait l’idée de venir le chercher, à moins de vouloir être lacérée.

Ce fut quand Eirlys parla que Gil revint sous la mer, abandonnant la surface et les souvenirs qu’il en avait qui gravitaient encore dans un coin de son esprit, l’occupant sournoisement. C’était bizarre. Il connaissait tous ces visages sans réussir à mettre un nom dessus.
Il regarda la jeune femme. Elle avait l’air effrayée. Même pas inquiète. C’était la même expression que celle qu’il avait entraperçue sur le visage de la jeune femme blonde dans cette espèce de vision qui faisait désormais partie de ses souvenirs. La peur.
Et la suggestion qu’elle venait de faire, Eirlys, n’était pas pour le rassurer non plus. Il inspira machinalement à fond, regardant autour de lui tout en sachant que ça ne fonctionnerait pas. Si l’Essence était vaporisée, ils ne la sentiraient pas. Si Corb s’était abaissée à de telles extrémités, ils auraient rendu la chose complètement inodore, insipide, incolore. Indétectable.

« Je ne crois pas, non. En tout cas, pas ici… Si jamais ils l’avaient fait, ils l’auraient d’abord testé dans le niveau trois, et les journaux n’ont parlé de rien. »

Comme si les journaux s’intéressaient aux bas-fonds de la cité.
Gil n’avait jamais pris d’Essence. Il ne s’en était, pour ainsi dire, jamais approché. Il ne préférait même pas imaginer ce qu’il adviendrait de son cadavre si jamais il osait s’approcher des Essences et que son père en avait vent. Ça ne l’avait jamais intéressé. Il n’avait jamais expérimenté un effet quelconque des substances dont il s’était tenu à l’écart. Tout au plus, il avait déjà vu des personnes qui en avaient pris plus que régulièrement, plus que modérément. Il était un minimum renseigné. Les Essences ne provoquaient pas ce genre de choses.

« Si je me réfère à la définition médicale de l’hallucination, je peux déjà te dire que ce que nous avons vu n’en était pas une. On peut… on peut peut-être écarter l’Essence avec ça. »

Jusqu’ici, l’arbre d’en face n’était pas en feu, encore moins implanté sur une baleine ou quelque autre fantaisie que ce soit. La piste Essence ne paraissait pas la meilleure pour Gil, mais elle avait de quoi effrayer. Si c’était le cas, même en sortant de la forêt, ils ne seraient pas en sécurité, à moins que le test soit délimité à un périmètre donné. Mais même là, il n’y avait aucune garantie. Les gaz n’en ont que faire, des frontières.
Gil regarda son amie, tendit une main.

« Commençons par partir d’ici, qu’en dis-tu ? »



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MessageSujet: Re: Sept 125 | The Hanging Tree [Gil]   17.08.16 10:18 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 



Mais quel journal parlait du niveau 3 ? Et qui s’inquiétait de quelques pauvres hères qui diraient avoir eu des visions, pour les fous qui auraient accepté d’en parler ? Même en jurant ne pas avoir pris d’Essence, les préjugés sur le niveau inférieur étaient trop fort pour que l’histoire ne s’étouffe pas d’elle-même. Ils avaient très bien pu tester tout ça sur toute une population sans que l’on ne remarque rien. A fortiori si Magnus était dans le coup et ce n’était pas parce qu’elle n’était pas au courant d’une telle couverture que cela ne voulait pas dire qu’elle n’existait pas. Son rôle à elle était de recruter de la main d’œuvre. Elle n’avait pas – et c’était bien normal – les spécificités des travaux des différents services. On lui décrivait un profil, parfois la tâche qu’il aurait à accomplir mais pas toujours, et elle se débrouillait avec ça.
 
Et si cette nouvelle Essence, chère, avait été diffusée dans les hauts niveaux avec un fort taux d’addiction afin de pousser l’élite de Pélagia à enfin dénouer les cordons de la bourse ? Les drogues n’étaient pas toujours bien vue dans les hauts niveaux où le travail, le succès et l’argent remplaçait toute adrénaline. Mais quand même. Corb n’aurait pas osé. L’air qu’ils respiraient était bien trop important. Ils n’avaient que ça. Sans une confiance absolue dans cet élément invisible, ils n’étaient rien d’autre que des poissons immergés et… elle se força à respirer. Seisyll ou celui qui se faisait brillamment passer pour lui la rendait paranoïaque. Il n’y avait pas de complots partout. A Corb comme ailleurs, malgré les quelques ambitieux, il restait forcément des gens avec de l’éthique. Non, elle était simplement nerveuse. Choquée par ce qu’elle venait de voir, soutenue par ce souvenir de gens autour d’elle, pour elle, qui la regardaient. Nerveuse de revoir Gil, de ne pas savoir comment l’aider. Fatiguée. Nerveuse. Se voir avait été une bêtise comme d’habitude, une bêtise qu’elle continuait à faire, pour une raison inconnue d’elle-même.
 
Comme suivant son propre train de pensée, le bibliothécaire ouvrit la bouche à son tour, se faisant l’écho de réflexions qu’elle n’avait pas poussé jusque-là, relevant d’autres questions qui restèrent entre eux, comme les dernières baleines flottaient par-dessus la cité. Si ce n’était médicalement une hallucination, alors qu’était-ce ? Un froid gluant, humide et pénétrant la saisit d’un coup et elle frissonna, rêvassant à l’endroit sec et chaud de sa vision. Un endroit qui avait une odeur de cocon, de douceur, de jugement, de famille. Elle se frotta le bras dans un effort pour se réchauffer et prit la main qu’on lui tendait enfin, sans arrière-pensée.
 
« C’est une bonne idée. Je te suis. »
 
Elle était tellement assommée par tout ça qu’elle l’aurait suivi jusqu’au bout du monde. Jusqu’à cette surface qui les faisait tellement rêver tous les deux, avec ses mots étranges, ses concepts, et cette idée d’un monde sans limite, d’un horizon sans verre, d’un environnement qui ne leur serait pas hostile, sans caméra, et, surtout, d’un air vierge de toute suspicion de pollution. Un endroit où ils pourraient se cacher, tous les deux, chacun de leur côté, pour pouvoir être eux même. Bref, un endroit avec un plafond si haut que l’épée de Damoclès était simplement une impossibilité physique. La Surface. Elle se baissa, remit ses chaussures, lissa sa robe, reposa son masque de jeune fille bien élevée, cachant peur et rêve au plus profond de son cœur, dans cet endroit secret qu’elle ne gardait que pour elle et qu’elle avait osé, l’espace d’un instant, dévoiler à un ami.

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Jauge en chocolate
Joue en goldenrod
 
Sept 125 | The Hanging Tree [Gil]
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