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Sept 125 | The hardest word
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MessageSujet: Sept 125 | The hardest word   25.07.16 11:36 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    Quelque chose avait changé, c’était indéniable. Le temps était plus léger, le sommeil plus réparateur et même la surveillance accrue de son père et les mots qu’il avait eus à son retour d’escapade n’avait pas réussi à ternir la bonne humeur de la jeune femme. Elle s’était contentée de courber le dos, de rentrer dans son moule de petite poupée, disant ce qu’on attendait d’elle qu’elle dise, montrant tous les signes de soumission possible. La cadette des Hilbilge avait un instinct de survie développé et elle savait instinctivement ce qui mettrait ou non son irascible paternel de meilleure humeur. Elle s’était excusée, elle avait invoqué la panique, elle avait inventé une histoire et puis elle avait accepté sa punition et était retournée dans son moule.

    Elle avait recommencé à se tirer à quatre épingle, était redevenue la Chef de Service autoritaire, froide et exigeante qu’elle n’avait jamais vraiment cessé d’être. Elle avait repris les danses et les compliments dans les soirées mondaines, continué à cultiver les amitiés utiles. Elle n’avait pas reparlé à Gil. Elle n’avait pas réessayé de voir Clio. Elle n’avait jamais remis la robe, à présent propre et bien rangée dans son armoire. Avec le temps, la vigilance des employés de son père sur elle s’atténua avant de cesse, pas tout à fait mais presque.

    Un accident s’était produit par la suite, son fiancé avait fait une mauvaise rencontre qui lui avait fait réfléchir à sa vie et les fiançailles avaient été rompues. Nouvelle période de surveillance. Nouveaux mots qui font mal. Eirlys avait trente ans et ses chances de trouver un bon parti s’amenuisaient de jour en jour. D’autres arrivaient, plus jeunes, plus belles, moins grosses. Alors, Eirlys ne mangeait plus, ou presque. Une demi-salade à midi, souvent oublié par « manque de temps », rien le soir à cause des canapés servis dans les soirées et auxquels elle ne touchait pas. Il n’y avait que le petit-déjeuner qui était copieux. Sa mère y veillait et elle n’avait pas encore d’idée pour justifier le fait de ne pas le prendre. Alors, pour « compenser », elle jeûnait encore. Mais cela ne la dérangeait pas. Elle était en pénitence et ce n’était pas grave.

    Et puis, parfois le soir, elle défaisait ses cheveux, laissant libre ses longues boucles d’ébène décorées de perles dorées, argentées ou cuivrées selon l’humeur, attachant juste les deux mèches qui encadraient sinon son visage. Elle détachait quelques boutons de son chemisier, enlevait ses talons pour des ballerines de danseuse et, dossiers sous le bras, elle partait s’enfermer à la bibliothèque. Elle avait redécouvert le goût du loisir. Le besoin de se cultiver intellectuellement, de ne plus laisser son esprit pourrir au contact de gens qui ne lui correspondaient pas. Elle prenait un livre, parfois de conte, parfois de code, parfois de droit, et, selon, elle s’évadait, elle aiguisait son esprit ou elle s’instruisait. Son sourire, amusé, moqueur, rêveur, venait alors du cœur, teinté du manque, du deuil et de la profonde tristesse qui ne la quittaient jamais. Parfois, quand elle s’oubliait ou quelle était seule, elle chantonnait une vieille romance venue de la Surface. Souvent, elle enroulait son crayon dans une mèche folle ou en tapotait le bout contre ses lèvres entrouvertes. Parfois encore, elle fixait le vide et le silence, se laissant aller au luxe inouï de pouvoir rêver.

    Ce soir était un de ces soirs. Ayant terminé ses tâches quotidiennes, la jeune femme était passée à la maison troquer sa blouse et sa longue jupe sage pour une robe décontractée blanche aux motifs marins. Elle avait détaché ses cheveux, passé ses ballerines, attrapé au passage un paquet qu’elle était allé chercher la veille. A l’intérieur, un vieux livre en import, avec une couverture en cuir, des pages enluminées et des histoires fantastiques. Fredonnant, elle quitta la demeure familiale pour suivre le chemin familier de la bibliothèque. Elle entra, salua poliment les employés qu’elle connaissait mais, au lieu de s’asseoir directement à sa place habituelle, s’autorisa un bref détour du côté de Gil.

    « Bonsoir. »

    Elle avait eu une très légère mais perceptible hésitation, corrigée par un sourire sincère sans être aveuglant. Elle lui avait promis. Elle était restée debout.


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MessageSujet: Re: Sept 125 | The hardest word   25.07.16 21:24 par Gil DylmanCiter Editer Supprimer 




A son père, il n’avait rien dit.
A Clio non plus, d’ailleurs. Il avait même arrêté d’y penser. Ça ne lui servait à rien de se focaliser dessus et de ressasser la chose encore et encore. Il avait bien plus important à faire, comme son travail à la bibliothèque, les petites responsabilités en plus que son père lui laissait assumer au compte-goutte, comme un avertissement pour lui dire que bientôt, il serait peut-être seul pour tout gérer. Peut-être qu’en fait, son père restait encore pour ne pas avoir à se dire qu’il enterrerait son seul et unique fils sous une montagne de livres, de paperasse, et de charges beaucoup trop compliquées.
Il y avait toujours eu plus d’une personne à s’occuper de l’endroit. Avec le temps, les gens s’en étaient désintéressés. Attirer de nouvelles recrues devenait plus compliqué qu’il n’y paraissait, et la bibliothèque était éternellement calme, déserte, avec l’odeur diffuse du thuya qui composait certains meubles qui parcourait parfois les allées.

Un endroit désert qu’une certaine figure familière s’était mise à fréquenter de manière régulière pour ne pas dire assidue. Un jour, il avait croisé la silhouette d’Eirlys, dans une des allées de la bibliothèque. Il ne lui avait rien dit. Ne s’était pas approché. Il s’était contenté de reprendre son travail, passé le choc de la surprise. Il n’avait strictement rien à lui dire, alors pourquoi essayer d’engager une conversation qui finirait comme toutes les autres ?
Penché au-dessus de sa paperasse du jour, Gil soupira. En fait, si, il ressassait beaucoup plus la chose qu’il ne l’aurait voulu.
Dans son esprit, la gifle administrée par la cadette Hilbilge était peut-être méritée, mais pas nécessaire. Si Eirlys n’avait pas envie d’ouvrir les yeux, c’était son problème, pas le sien. Il avait d’autres choses à faire, d’autres choses à gérer, et des tonnes d’encore autres choses qui réclamaient son attention. Même si elle était passée, elle faisait encore mal à sa manière, cette gifle.
Comme une marque, imprimée au fer rouge quelque part.

Nouveau soupir. Sagement posée sur le bureau, la paperasse n’avait pas plus avancé que la minute précédente. Il avait intérêt à la finir, cette paperasse. Avant de devoir aller la ranger dans le bureau qui serait un jour le sien. Sous le regard appuyé du maître actuel des lieux, qui ne manquerait pas de lui poser certaines questions, pour être sûr que son imbécile d’héritier serait quand même suffisamment calé pour ne pas non plus faire couler l’endroit en trois jours.
Gil reprit le stylo plume, se remit à griffonner sur la feuille blanche, regardant de temps en temps le registre qui était ouvert devant lui. Livre des comptes. Il faisait une liste, comme son père lui avait appris. Il s’était chargé lui-même de lui faire les cours de gestion. Pourquoi perdre son temps à payer des professeurs quand on peut assumer cette tâche soi-même ? C’était le raisonnement de Dylman père.
Pour celui-ci, Dylman fils ne pouvait être que d’accord.

Continuant sa paperasse encore un moment, il ne remarqua pas la silhouette qui s’approchait de lui. Il ne remarqua la présence que quand une voix qu’il connaissait bien résonna à ses tympans. La voix d’Eirlys. Gil n’avait pas besoin de lever la tête pour confirmer que c’était elle. Le timbre de la jeune femme était bien enregistré quelque part dans les méandres encore inexplorés de la mémoire. Du moins, à Pelagia. A la surface, à la surface, oui, ils devaient bien avoir commencé à explorer ça autrement qu’avec des puzzles et des suppositions. Si encore Pelagia s’y intéressait.
Il releva quand même la tête de sa liste et du livre de comptes, qu’il referma par réflexe. Il connaissait la page. Pas besoin de la marquer.

Il était censé répondre à la salutation de la jeune femme.
Il n’avait pas envie de lui parler. Loin de là. C’était bien la dernière chose, sous mer à défaut d’être sur terre, qu’il avait envie de faire. Il pouvait toujours l’ignorer.
Au pire, s’il se ramassait une deuxième gifle, il n’en mourrait pas.

« … Bonsoir. »

Juste un silence, et un ton sec, et il revint à son livre de comptes.



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MessageSujet: Re: Sept 125 | The hardest word   26.07.16 15:00 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    Elle le regarda travailler, douce et docile, attendant patiemment qu’il décide de bien vouloir reconnaître sa présence. A son coup d’œil, elle comprit qu’il lui en voulait toujours. Ce n’était pas une surprise, il avait toujours été rancunier. Lorsque les ours s’entourent de piquants, la meilleure chose à faire est de les accepter et d’opposer une douce fermeté aux grognements qu’ils poussent. Le livre était son meilleur rameau d’olivier. C’était un ouvrage qu’elle avait obtenu en contrebande. Un très vieil objet relié de cuir de la surface aux lettrines travaillées sut un papier dont on ne trouvait pas d’égal ici à Pélagia. L’histoire en elle-même (des contes venus d’un pays froid où l’eau était solide et formait ce tapis blanc que l’on appelait la neige. Elle en avait lu certains sur un autre support et les descriptions des paysages la laissaient rêveuse. Une immensité plate et blanche, couverte d’une fine couche de grains gelés…), était agréable, et intéressante pour ne rien gâcher. Il avait fallu tout ce temps à la jeune femme pour trouver et faire venir ce volume précis dans cette édition particulière. C’était la seule sous les mers, elle en avait la quasi-certitude. Et vu ce qu’elle l’avait payé, elle avait peu de doutes. Elle posa le paquet enveloppé dans un tissu brun et fermé de ficelles sur la surface du bureau.

    « Je ne te dérange pas longtemps, je passais simplement te remettre ceci. »

    Elle fit glisser le présent jusqu’à la limite supérieure de la feuille qu’il était en train d’utiliser, retirant sa main pour ne pas le déranger. Tranquillement, elle se redressa, immobile et légère devant le bureau, regardant de ses yeux d’argent celui qui avait été son ami, il y avait si longtemps, et qui l’était peut-être, encore. Après tout, il ne semblait pas avoir révélé les secrets qu’elle avait déposés au creux de son oreille en ce curieux soir de juin quand elle avait perdu pied. Il ne l’avait pas trahie. Pour autant, elle ne se sentait ni mal ni coupable de la claque qu’elle lui avait asséné. Elle en avait eu besoin à l’époque. Besoin de le faire taire, besoin de violence, besoin de le punir de ne pas être Seisyll, de ne pas l’avoir comprise derrière ses mots, de ne pas l’avoir prise dans ses bras quand elle avait eu besoin de son soutient. Il lui avait donné autre chose. Il l’avait remise sur ses pieds, bon gré, mal gré. Elle eut un petit sourire, sincère mais teinté d’ironie face à la situation. Il était probablement vexé comme un pou d’avoir voulu l’aider et d’avoir rejeté et elle lui était extrêmement reconnaissante de l’avoir accueillie quand bien même il ne l’avait pas vraiment aidée.

    « J’espère que cela te plaira. C’est pour te remercier de ta présence l’autre soir. »

    Elle tendait sciemment le bâton pour se faire battre, curieuse de savoir comment il allait saisir – ou non – cette perche. Voudrait-il avancer sur le chemin de la réconciliation et crever l’abcès ? Allait-il l’ignorer purement et simplement ? Allait-il crier ? Etre froid ? Refuser le présent ? Elle se sentait prête à toute éventualité, ayant rejoué le scénario plusieurs fois dans sa tête. Toujours tranquille, bien qu’un peu fébrile au fond, elle remit une boucle derrière son oreille et attendit.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | The hardest word   26.07.16 22:11 par Gil DylmanCiter Editer Supprimer 




Gil laissa le paquet s’arrêter à la limite de la feuille sur laquelle il travaillait. Sans ciller. Juste en regardant le bord de cet étrange rectangle s’arrêter à quelques millimètres à peine du papier. Quoi que ce pût être, il n’avait pas l’intention de le prendre, encore moins l’envie de l’accepter. Que la jeune femme eût choisi le présent caché de l’autre côté de l’emballage pour lui plaire ou non.
Peut-être voulait-elle effacer les traces invisibles de la gifle qu’elle lui avait accordée, mais il n’avait aucune envie d’oublier le geste maintenant. Pas avec la rancune qui enveloppait le reste de ce qu’il pensait d’Eirlys et de toute sa situation. A bien la regarder, d’ailleurs, puisqu’il releva la tête pour la fixer, prêt à lui dire qu’elle pouvait repartir avec son cadeau, elle n’avait pas l’air en meilleure forme que la dernière fois qu’il l’avait approchée.
Toujours maigre, si ce n’était plus que la dernière fois. Gil réprima un soupir. Elle était toujours debout, oui, si c’était ce qu’elle voulait lui faire passer comme message. Mais pour combien de temps allait-elle encore rester sur ses pieds ?

Il eut envie de retourner à sa paperasse, sans rien dire. De la terminer, de l’apporter à son père et de lui dire qu’il rentre chez lui sans attendre le feu vert paternel. Il eut juste envie de se lever et de tourner les talons et de planter Eirlys là, attendant une quelconque réaction de sa part. Peut-être même qu’il n’était même pas obligé de lui dire qu’elle pouvait garder le cadeau.
Oui, vraiment, quoi que ce pût être, il n’avait pas envie de le découvrir et n’était pas sûr de vouloir s’embêter à accepter quelque chose de quelqu’un à qui il en voulait profondément.

Ce cadeau qui restait là, sur le bois sagement verni du bureau, il avait l’air de lui demander pardon à la place d’Eirlys. Est-ce que c’était une manière de se faire pardonner, plutôt que de le remercier pour quelque chose qui avait mal tourné ? Il avait été présent, c’était un fait. Mais elle l’avait giflé et avait mis fin à leur échange en s’en allant tout de suite après. Pire. Le moment même où elle avait levé la main, leur discussion était avortée, sa présence rangée au rang d’indésirable.
Finalement, Gil s’autorisa un soupir.

« Qu’est-ce que tu veux que je te dise, sincèrement, Eirlys ? »

Attendait-elle seulement qu’il lui dise quelque chose ?
Peut-être qu’en fait, il n’était bon qu’à se disputer avec les personnes dont il avait été proche un jour. Son père. Clio. Et maintenant, Eirlys.

« Tu veux que je te dise que je suis désolé ? Mais désolé de quoi, tu peux me le dire, ça ? Tu veux que je m’excuse pour t’avoir dit ce que je pensais ? Donne-moi une bonne raison de m’excuser pour ça parce que tu n’es pas le genre de personne fragile qu’un seul petit reproche infondé peut faire s’écrouler, ce n’est pas ça que j’ai vu de toi toutes ces années. »

Sa main lâcha le stylo plume pour se poser sur le bord du paquet, le repousser vers la jeune femme.

« Quoi que ce soit, je n’en veux pas. Si c’est une manière de m’amadouer pour que je finisse par m’excuser d’avoir agi, j’en veux encore moins. Ce que je veux, c’est comprendre. »

Et puis il retourna à sa paperasse.



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MessageSujet: Re: Sept 125 | The hardest word   27.07.16 14:28 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    Il leva les yeux vers elle, elle lui rendit son regard, sans ciller, neutre et polie, laissant le temps et le silence faire leur travail. Le cadeau, objet inerte et silencieux restait là, intouché, entre eux, comme des mots qui n’attendaient que d’être prononcés. Elle aussi attendait. Elle attendrait le temps nécessaire. Il avait été trop formaté par la société pélagienne pour continuer à ne rien dire à présent qu’il avait reconnu son existence. Il soupira et elle sut qu’elle avait remporté cette bataille-là. Celle de la communication. La première phrase du jeune homme sonna comme un défi auquel elle fit bien attention de ne pas répondre, amusée au fond de le voir aussi grognon. Cela lui rappelait des souvenirs d’une époque plus simple et d’une voix plus bourrue. Ce n’était pas le moment de sourire. Elle se mordit la lèvre inférieure et attendit la suite.

    Elle, si elle avait dû répondre franchement, elle aurait aimé qu’il lui dise qu’il comprenait, qu’on effaçait tout et qu’on recommençait. Après, elle savait bien que ce n’était pas dans le tempérament de Gil et, si elle avait été honnête –et elle l’était toujours avec elle-même – elle reconnaitrait qu’elle serait plus inquiète que ravie que son ancien ami lui tienne ce genre de discours.

    Par contre, elle devait s’avouer qu’elle s’était attendue à beaucoup de chose mais pas du tout à cette interprétation de son geste. La surprise pouvait se lire sur son visage et ses iris habituellement très fixes bougèrent soudain tandis qu’elle réfléchissait à ce qu’il était en train de raconter. QUI offrait des cadeaux à quelqu’un dans l’espoir qu’il s’excuse ? Et puis s’excuser de quoi ? De ne pas être Seisyll ? Elle lui avait déjà pardonné cet affront terrible. Il n’y était pour rien le pauvre. Elle attendit, encore, levant un sourcil en l’entendant conclure. Bien. C’était son tour. Heureusement qu’elle avait réussi à se ressourcer ces derniers temps et qu’elle n’était plus aussi fragile qu’avant. Elle redevenait la personne forte que son ami décrivait et qu’elle avait – un temps – oublié comment être.

    « Voyons, Gil, si je pensais que tu étais coupable de quoi que ce soit je te l’aurais dit directement. Non, pas du tout. Je n’attends aucune excuse d’aucune sorte de ta part. Je te fais un cadeau de remerciement pour te remercier. Tu as su m’aider, me donner un électrochoc dont j’avais besoin sur le coup, quand bien même je n’ai pas réussi à le voir tout de suite. Et quand bien même tu ne l’aurais pas fait, tu avais pris la peine de venir tenter de m’aider quand je n’allais pas bien, je ne vais pas t’en vouloir pour ça, ce serait stupide. »

    Alors tu arrêtes de faire ta tête de cochon et tu ouvres le cadeau. Voilà ce que voulait dire le ton agréable, léger et posé qu’elle avait pris pour sa réponse. Doucement, elle croisa ses bras dans son dos au niveau de ses reins, une main agrippant un poignet. Si elle n’avait pas remis de masque, elle tentait de cacher un fond d’inquiétude derrière son sourire fatigué. Au moins, il n’avait pas encore touché le paquet et il ne le lui avait pas balancé à la figure. Ce qui ne faisait que renforcer une vérité première : Gil n’était pas Seisyll. Clairement. Mais cette fois, elle ne le lui demandait pas aussi, elle était certaine que tout irait bien.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | The hardest word   27.07.16 16:33 par Gil DylmanCiter Editer Supprimer 




Calmement, Gil reposa le stylo, délaissa une fois de plus le papier sur lequel il était censé travailler ce jour-là. Il joignit les mains, les gardant tranquillement posées sur la feuille où l’encre avait déjà eu le temps de sécher. Et au pire, qu’est-ce qu’il risquait ? De petites taches noires sur la peau, rien qu’un peu d’eau et de savon ne saurait retirer une fois qu’il serait rentré chez lui. Il regarda Eirlys, se contentant de cligner des yeux de temps à autres, laissant délibérément le silence durer. Comme s’il voulait voir combien de temps elle allait pouvoir rester là, plantée, droite comme un piquet sur le parquet lustré de la bibliothèque.
La situation avait soudain des allures de jeu sournois, à la recherche de celui qui craquerait le plus facilement. La constance n’avait jamais été un de ses points forts, sauf en matière de rancune. Celle qu’il gardait envers Eirlys était suffisamment vive pour qu’il commence doucement à s’amuser à jouer avec la patience de tous ceux qui pouvaient être impliqués.
Eirlys.
Et lui.

Bizarrement, il savait qu’il allait finir par briser le silence le premier. Il ne l’avait pas laissé planer pour laisser qui que ce soit avoir le plaisir de terminer une attente quasi-interminable.
Il ne se sépara pas de son ton sec, presque accusateur, pas plus qu’il ne quitta le regard d’Eirlys pendant qu’il parlait.

« Dans mes souvenirs, tu m’as remercié d’une gifle. »

Il inclina vaguement la tête de côté. Oh, oui ! il allait rester bloqué là-dessus encore un moment. Pas tant que la situation ne serait pas mise au claire, du moins pour lui qui n’avait jamais vu cette gifle autrement que comme un remerciement cynique, une sorte de punition pour avoir dit ce qu’il avait à dire. Ce qu’il fallait dire, visiblement, en plus, puisqu’Eirlys parle d’un électrochoc. Ce ne sont certainement pas ses inquiétudes, ce soir-là, qui ont fait réagir la jeune femme, mais bien les quelques reproches qu’il avait à lui faire.
Pourquoi la gifle, alors ?

« Pourquoi m’as-tu giflé si tu ne penses pas que je sois coupable de quoi que ce soit ? Tu peux me le dire, ça ? Parce que je ne lis pas encore les pensées des gens. Pourquoi m’as-tu giflé, ce soir-là ? Et pourquoi m’offres-tu quelque chose maintenant ? Je ne reviendrai pas sur ma décision, Eirlys, je n’en veux pas, quoi que ça puisse être. Je n’ai aucune intention d’accepter quel que cadeau que ce soit, tu m’en as déjà fait un que je ne risque pas d’oublier de si tôt. »

Peut-être qu’il n’y avait plus rien de bon dans cet échange et qu’il valait mieux couper les ponts avec Eirlys fut la première pensée qui lui traversa l’esprit. Quand il y repensait, dès qu’il s’agissait d’être sincère, les choses partaient vite dans tous les sens, et pas forcément les meilleurs. Une tare qui semblait propre au niveau 1, bizarrement, pour autant qu’il l’eût remarqué, même s’il ne fréquentait pas tant que ça le niveau 2, et pas du tout le niveau 3.

« Tu veux que je dois honnête ? A la limite, je me moque de tes bonnes intentions. Ça non plus je n’en veux pas. Je n’en veux plus, de ton masque, de ton sourire et de ta façade pour faire croire à tout le monde que tu vas bien. J’en porte un suffisamment longtemps pour le reconnaître, Eirlys. Je sais que tu as le tien. On en a tous un. Mais ça m’est complètement égal, ce n’est pas ça qui m’intéresse, pas plus que ton cadeau. Ce que je veux, c’est comprendre. Comprendre pourquoi tu m’as giflé pour ensuite venir me dire que tu ne me penses pas coupable de quoi que ce soit. Alors pourquoi la gifle ? Tu n’as pas apprécié ce que j’ai dit ? Tu aurais très bien pu partir et me laisser là sans imprimer le dessin de ta main sur ma joue pour les trois heures suivantes ! Tu aurais pu m’ignorer, faire comme si je n’avais rien dit, retourner à la fête, te moquer de moi ou que sais-je, mais non. »

Il n’eut pas un regard pour le paquet qui était toujours là, au bord du bureau.

« Alors pourquoi ? »



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MessageSujet: Re: Sept 125 | The hardest word   27.07.16 16:58 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    Attendre. Elle attend. Elle attend en silence qu’il le brise à nouveau et qu’il s’ouvre. Là. Les gens ne supportent pas le silence et c’est toujours une bataille de nerfs qui s’enclenche lorsque celui-ci s’installe. Mais elle est assez sûre d’elle. Elle n’est pas la partie lésée, elle n’est pas celle qui est en colère, elle saura tenir le temps qu’il faut. Et le silence s’installe un moment, finalement brisé par le jeune homme. Gagné. Il parle. Il accuse. Elle se souvient oui. Elle aimerait s’en excuser mais elle n’y arrive pas. Elle l’a giflé parce qu’elle avait besoin de le faire. Parce qu’elle n’était pas en état de l’écouter. Et, surtout, parce qu’elle lui en voulait à son tour. De beaucoup de choses. Elle ne dit rien. Elle le laisse exploser, elle écoute. C’est pour ça qu’elle est venue. Parce que tant qu’ils échangent, il y a une chance de réconciliation mais qu’il faut bien faire sortir toute cette rancœur avant qu’elle ne pourrisse complètement. Elle espère seulement qu’il n’est pas trop tard. Il lui a fallu du temps pour se sentir assez forte. Sans parler du cadeau, pauvre prétexte mais riche présent. Elle écoute. Elle ne sourit plus. Elle n’est ni coupable, ni triste, ni morveuse, ni amusée, ni indifférente, elle est c’est tout, et c’est beaucoup plus qu’elle n’était en ce soir de juin. Elle l’écoute. Elle le regarde.

    « Je t’ai giflé parce que tu n’étais pas Seisyll. »

    Ca, ça n’allait pas lui faire plaisir mais il avait demandé la vérité et Eirlys assénait toujours une vérité sèche et sans fard quand elle se décidait à oublier ses bonnes manières. Elle lâcha ses poignets, laissant ses mains revenir le long de son corps, tranquille. Elle aussi s’était posé cette question, souvent.

    « Je l’ai fait parce que j’étais à la fois soulagée que tu sois là et furieuse de me rendre compte de ton absence durant toutes ces années. Parce que je n’étais pas en état de comprendre tes conseils. Et que je ne te sentais pas en état de comprendre la cage dans laquelle je suis. Je t’ai giflé parce que j’avais besoin d’un contact, n’importe lequel, parce que j’étais prise dans quelque chose de terriblement violent que je n’aurais pas pu exprimer autrement. Parce que j’allais mal et que c’était le seul moyen pour moi de l’exprimer. Tu m’as vue sans masque ce jour-là, Gil. Tu n’as pas aimé ce que tu as vu. Je te comprends, moi non plus je ne m’aime pas dans cet état. Mais quelques soient les raisons pour lesquelles je l’ai fait, ce n’était pas de ta faute. J’étais bouleversée, j’ai agis sous le coup d’une impulsion, je serais stupide de t’en vouloir pour ça. »

    Et stupide, elle ne l’était pas et ne le serait – à son grand regret – jamais. Elle repoussa une mèche de cheveux qu’elle coincé dans une autre pour qu’elle la laisse en paix. Ses pensées revinrent à ce qui était devenu sa bouée, un endroit particulier où elle se réfugiait quand les pressions du quotidien étaient trop fortes.

    « Et non, je ne vais pas bien. Je vais mieux mais je ne vais pas bien. Mais dit-moi, Gil, pourquoi est-ce que je t’imposerais de me supporter sans masque ? De quel droit ? Nous ne sommes plus aussi proches. Je n’avais pas et je n’ai toujours pas à te le faire subir… »

    Sauf si cela signifiait qu’ils étaient, en fait, proches. Que Gil avait envie d’une relation de proximité basée sur la confiance et le partage. Il ne l’avait pas trahie. Elle l’avait toujours apprécié, elle n’était pas contre essayer d’avoir un vrai ami. Pas comme Seisyll mais proche. Une fois, évidemment, qu’ils auraient chacun vidé le sac de leurs rancœurs respectives.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | The hardest word   27.07.16 19:51 par Gil DylmanCiter Editer Supprimer 




Machinalement, ses mains se séparèrent et ses doigts se fermèrent. Doucement. Il le serra assez fort pour sentir ses ongles, toujours gardés courts, rencontrer la peau de ses paumes. Non. Il n’était pas Seisyll. Il ne l’avait jamais été, aussi loin que remontât sa mémoire. Et s’il n’avait pas apprécié la gifle dès le départ, il appréciait encore moins cette délicate attention d’avoir reçu un coup pour ne pas avoir été quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui était mort de surcroît.
Gil ne dit rien. Il écouta Eirlys parler, les lèvres scellées, essayant simplement de ne pas se lever directement et de pointer la sortie en lui assénant de partir et de ne pas revenir avant d’avoir changé de discours. Comme son père l’avait déjà fait avec lui. Une fois. Deux fois. Trois fois. Quatre fois. Cinq fois. Et même encore une sixième fois. Il se concentrait sur sa respiration, la voulait la plus profonde possible, même si c’était compliqué. Il en voulait à Eirlys. Plus qu’il n’aurait fallu, plus qu’il n’avait besoin.
Mais elle venait de lui avouer qu’elle l’avait giflé pour n’être pas le frère qu’elle avait perdu.

Et comment diable veux-tu que je remplace un mort ? Dis-le moi !
La question ne fit que passer dans son esprit, fugace, mais pas au point de ne pas laisser une trace. Un rictus nerveux passa sur son visage. Il allait la poser, cette question. Et il allait garder sa rancune aussi longtemps qu’il le voulait, même si le discours de la jeune femme sonnait comme une sorte d’appel à l’oubli. Oublier qu’il avait été blessé, une fois de plus, par quelqu’un dont il avait un jour été proche ? Gil n’y était pas prêt, il n’en avait aucune envie. Elle n’avait pas fait que laisser la marque de sa main sur sa joue.
Il en avait laissé une sur les miettes de leur précédente relation, quand ils étaient à l’université, elle en avait laissé une sur la confiance qu’il avait un jour été prêt à lui accorder.
Sans qu’il ne le voulût vraiment, il haussa le ton.

« Et comment voulais-tu que je remplace un mort ? »

En disparaissant aussi définitivement qu’il ne l’a déjà fait ?
Ses poings se desserrèrent, il laissa un soupir lui échappa. Au final, Gil se rendit compte qu’il était surtout fatigué de la situation, même s’il n’était pas prêt de pardonner à Eirlys. Il avait envie de lui en vouloir encore un peu, pour justifier la distance qu’il avait gardée entre eux. Il ne voulait pas recoller maintenant les morceaux de leur relation. Il voulait encore garder un peu sa rancune.
Comme quelque chose de rassurant.
Et les paroles d’Eirlys avaient encore un arrière-goût amer.

« Pourquoi tu continues de parler comme si tu étais un fardeau ? Eirlys, si tu tenais à me faire subir quelque chose, tu le fais déjà avec ce cadeau, dont je ne veux toujours pas. Si tu veux vraiment que nous ayons une quelconque relation, que nous retrouvions même celle que nous avions avant, il va bien falloir que tu acceptes que je ne te verrai pas tous les jours avec ton joli sourire et tes “je vais bien”. Arrête. Arrête de parler comme si tu imposais ta présence. En ce moment, peut-être que c’est le cas, ça l’est même très sûrement, mais ni toi ni moi ne sommes vraiment dans de bonnes dispositions pour nous supporter mutuellement. »

Il haussa vaguement les épaules.

« Du moins aujourd’hui. Alors si tu veux vraiment faire quelque chose pour moi, fais-moi une faveur et arrête de te déprécier comme ça. Parce que ça se voit que tu ne t’arranges absolument pas malgré ce que tu en dis. Et je le répète, quitte à ce que tu me redonnes une bonne raison de t’en vouloir après, mais tant que tu fermeras les yeux là-dessus, rien n’ira mieux, et encore moins bien. »



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MessageSujet: Re: Sept 125 | The hardest word   27.07.16 20:35 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    Il n'avait pas aimé, c'était normal. C'était son quotidien à elle que de devoir atteindre l'inaccessible, de vivre dans l'ombre d'une personne qui n'avait jamais existé que dans l'imagination d'un homme. Elle ne savait que trop bien ce que ça faisait que de se sentir en compétition avec l'irréel. Mais sa comparaison s'arrêtait là. Elle lui en avait voulu l'espace d'un instant, un soir de désarrois sous le coup de l'émotion. Aeder l'imposait sans cesse depuis deux ans sous la menace de punition terrible si jamais elle venait à faillir. Alors, seulement alors, elle comprit que la claque était un écho de ce que son père pouvait lui faire si elle faiblissait. Elle était devenue le monstre et Gil en avait fait les frais. L'Eirlys d'avant aurait baissé la tête à cette révélation soudaine. A présent, elle acceptait cette vérité et s'y pliait simplement. Ce qui était fait était fait. Elle ne pouvait qu'avancer et espérer que son ami soit d'humeur clémente. Ce qu'il ne semblait pas être du tout.

    Elle l'écouta jusqu'au bout et à chaque parole elle comprenait mieux à quel point il la comprenait mal. A quel point il n'avait pas conscience de ce qu'ils avaient vécu, Seisyll et elle, durant leur enfance. A quel point l'extérieur pouvait être aveugle comme elle l'avait été concernant le tout puissant Hilbilge, ses sourires et sa redoutable utilisation des mots comme autant d'armes de destruction. Ne pas se déprécier ? Alors qu'on lui répétait à l'envie depuis deux mois, depuis que sur les conseils de Gil elle s'était pris une soirée de repos, à quel point elle était inutile, un poids sur les épaules d'un père éploré qui ne l'avait pas demandé ? Savait-il ce que c'était qu'être le second enfant ?

    « Tu dois être sage, Eirlys, parce que j'aurais pu t'abandonner à la naissance, te jeter dans une ruelle mais que j'ai eu confiance en toi. Pélagia et moi avons fait un investissement sur toi. Ne nous déçois pas. Ne devient pas inutile. Les inutiles, on les rejette dans les flots autour de la ville. Tu dois nous rendre fier. Tu dois être forte. Tu ne dois pas te faire remarquer. Tu ne dois pas faire de vague. Tu es dans ce monde en sursit. »

    Les mots de son père qui avaient bercé son enfance surgirent soudain, prononcés par ses propres lèvres avec l'intonation doucereuse qu'avait son paternel quand il les prononçait, la berçant lorsqu'elle était enfant et qu'elle avait eu peur parce que son frère avait fait un bêtise. Elle se rappelait des grosses mains viriles qui la prenaient dans ses bras. Du baiser sur son front ; Du soulagement qu'elle éprouvait en s'entendant répété qu'on avait eu confiance en elle, sans prêter attention à l'autre discours, celui qu'elle écoutait sans vraiment entendre. Elle fit un pas en avant, sa voix se fit un peu plus moqueuse, encore une parfaite réplique du ton employé par Aeder, plus tard dans sa vie.

    « Nous n'avons plus que toi Eirlys, tu ne dois pas me décevoir comme l'a fait ton frère. Vois, il n'a pas voulu m'écouter et maintenant il est mort misérable dans ce taudis. Il n'y a plus que toi pour continuer la maison Hilbilge après ma mort. Ne me déçois pas Eirlys. Ne devient pas comme ton frère ou tu finiras comme lui. Ne soit pas ingrate, n'oublie pas ce qu'on a fait pour toi. Ce que Pélagia a fait pour toi. Mérite la chance que l'on t'a donnée. N'oublie pas que je suis le seul à t'aimer. Tu es ma princesse, mon trésor, ne laisse pas les mauvaises idées te ternir. Tu dois me rendre fier, parce que je n'ai plus que toi. »

    Encore un pas en avant. Encore des mots paternels, cette fois dans une voix où se mêlent la colère et le mépris. C'étaient des mots, des discours, des paroles qui n'avaient encore jamais franchis la porte de la demeure familiale. Pour le reste du monde, la famille Hilbilge était une famille ordinaire.

    « C'est ta première et ta dernière incartade jeune fille ! Je ne te laisserais pas réduire à néant tout ce que j'ai construit pour toi. N'oublie pas que tu as des devoirs alors il serait temps de commencer à les assumer un peu. Cela fait trop longtemps que tu es à la Direction de ce service, fait toi des amis, sert toi des autres, avance ! Et arrête de laisser traîner ce mariage ! Tu as trente ans, combien de temps crois-tu pouvoir plaire à qui que ce soit, tu devrais déjà être reconnaissante à ton fiancé de bien vouloir de toi à ton âge. Non mais quelle honte. Et s'il savait que tu as découché ?! Il ne voudrait plus de toi et il aurait bien raison. Qui voudrait d'un bien avarié ? »

    Elle frissonna d'un coup, se souvenant de la discussion suivante, celle où elle avait apprit qu'en effet, son fiancé ne voulait plus d'elle. Elle se souvenait d'autant mieux de ces mots là qu'ils étaient tout récents. Elle se souvenait aussi de la dispute qui avait suivi, celle où sa mère, inquiète, avait essayé de raisonner son père pour qu'elle se laisse aller à manger plus. Elle se souvenait du coup qu'avait pris Sixtine, l'envoyant au sol. Et des mots, durs, vrais, vengeurs, qui avaient suivis. Elle se souvenait avoir attendu d'entendre la clef du bureau tourner avant de seulement s'inquiéter de sa mère. Elle se souvenait de l'avoir vu elle, avec son masque, dire que tout allait bien, que ce n'était rien. Ce masque était bien la seule chose qu'elles partageaient toutes les deux. Elle reprit sa propre voix, ses propres mots.

    « Mon masque, Gil, c'est ma survie. Sans lui, je suis morte, inutile, rejetée avec les autres déchets dans l'immensité de l'océan qui nous entoure. Je n'ai pas le droit à l'erreur. Je ne peux pas me laisser aller à le déposer, à moins que ce ne soit que pour quelques temps et avec quelqu'un en qui j'aurais une totale confiance. Je pourrais le faire avec toi, j'ai cette confiance en toi, je pense que tu ne me trahiras pas mais tu dois comprendre qu'il m'est impossible de le poser totalement. Tout comme je ne peux pas m'enfuir. Parce que si je cède à l'appel de la liberté, même si j'arrive à disparaître dans les niveaux inférieurs, à me trouver un nouveau travail, une nouvelle vie et ne jamais me faire repérer par mon père ou les sbires de Magnus qui aurait été lancés à ma poursuite, alors c'est ma mère qui paiera pour moi. Alors oui, je conçois qu'il puisse être énervant et je suis touchée que tu tiennes assez à moi pour vouloir que j'accepte de ne pas aller bien et que je sois totalement honnête avec toi mais toi, est-ce que tu es prêt à payer le prix de cette connaissance ? »

    Ses yeux clairs se figèrent dans ceux du jeune homme en quête d'une réponse. Une vraie. Une qui n'existait pas.

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MessageSujet: Re: Sept 125 | The hardest word   27.07.16 21:21 par Gil DylmanCiter Editer Supprimer 




Tout en l’effarant, le discours d’Eirlys, ou plutôt du père de cette dernière, qu’elle récitait apparemment sans effort, le laissa de marbre. Gil ne songea pas un seul instant à lui faire la récitation de tout ce que son propre père lui avait déjà dit, mais c’était dans le même style. Ne fais rien qui me déçoive. Ne fais rien qui déçoive ta mère. Ne fais rien qui puisse t’attirer des ennuis, la honte, ou que sais-je d’autre. J’aurais très bien pu compter sur quelqu’un d’autre, ce n’est pas comme si je n’avais pas de quoi payer les taxes. Cette bibliothèque c’est tout ce que tu auras, prends en soin. Tu n’auras que ton salaire comme fond de départ. Tu n’as pas le choix, de toute façon, il n’y a personne d’autre que toi qui puisse reprendre cet endroit.
Fais ton travail.
Fais-le correctement.
Non, ce n’est ni fait ni à faire.
Ne me déçois pas.
Dois-je encore une fois te rappeler que tu es mon seul et unique enfant ?
Ne. Me. Déçois pas.

Le bibliothécaire eut un autre soupir, ramassa le livre de comptes, la feuille sur laquelle il avait commencé à faire, correctement, son travail du jour, le stylo, et, après un court instant d’hésitation, attrapa le cadeau qu’Eirlys avait plus ou moins délaissé sur le bureau. Bien sûr que non, elle n’allait pas le reprendre. Elle était au moins aussi bornée que lui. Si elle avait fait un cadeau, ce n’était pas pour repartir avec.
Mais lui, il n’en voulait toujours pas. Il ne savait même pas ce qu’il allait pouvoir en faire, après avoir découvert ce qui se cachait sous cet emballage. Non. En fait, il n’allait probablement même pas le déballer. Le laisser à prendre la poussière dans un coin, comme sa relation avec Eirlys avait été délaissée, par eux deux, laissée à prendre la poussière dans un recoin obscur de Pelagia.

« Arrête de tout prendre comme ça, tout le temps. Arrête de ne voir le monde qu’en blanc et noir. Tu es beaucoup radicale, Eirlys. Je n’ai jamais dit que tu avais à retirer définitivement ton masque. De toute façon, je sais très bien que tu n’en es pas capable. »

Elle avait vécu avec trop longtemps pour le retirer complètement. Comme lui. Sans, il ne savait même plus comment faire. La sincérité essayait de percer, parfois, et elle était méchante, elle faisait mal. Il n’avait qu’à se souvenir de ce qu’ils s’étaient dit.
Il s’apprêta à tourner les talons.

« Je le prends, mais je ne l’ouvrirai pas. Pas avant que tu ailles bien. Si tu veux vraiment que j’accepte ce cadeau définitivement, tu vas devoir ouvrir les yeux. Au revoir, Eirlys. »

Sans attendre de réponse, il partit s’installer dans un autre coin de la bibliothèque. Une salle, peut-être. Fermée. Pour être sûr de ne pas être dérangé. Il allait revoir Eirlys, il en était sûr.
Pelagia n’était pas si grande.



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