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Juin 125 - The Sound of Silence
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 Juin 125 - The Sound of Silence



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MessageSujet: Juin 125 - The Sound of Silence   24.07.16 20:19 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    « Il faudra vraiment que tu me parles de ce patron. » La voix de la jeune femme était pensive, ailleurs, comme automatique. Si ce n'était pas la première fois qu'Eirlys manifestait sa curiosité face à ce personnage, cette dernière n'était toujours pas assouvie. Malgré son inintérêt apparent, la curiosité de la jeune femme était piquée. Elle avait encore sous les yeux les chiffres qu'elle avait si aisément traduits. Le plaisir soudain qui l'avait saisi à la lecture du napperon, la facilité avec laquelle elle avait tout de suite su quoi répondre, comme une évidence sur plusieurs niveaux en même temps. La personne en face était intelligente. Elle avait un esprit retors et complexe. Cela lui avait manqué, derrière les platitudes et la stupidité d'une vie d'apparat.

    Pensive, la jeune femme avait coincé une mèche de cheveux dans sa bouche, tournant et retournant dans sa tête sa vie d'avant, les événements de la nuit, et les petits détails de ce bar étrange qu'était l'Opale du Chat. Elle laissait les ténèbres l'entourer, comme un cocon rassurant. Ici, elle redevenait peu à peu elle même. Derrière l'écran de ses cheveux lâchés, la jeune femme retrouvait l'enfant qu'elle avait été. La poupée disparaissait un peu, laissant la place à l'adulte qu'elle serait peut-être un jour. Le niveau des cocktails ne baissa pas. Elle n'avait pas soif d'alcool mais de compagnie. La nuit lui en tenait lieu pour le moment, animée par les bruits de la fin du service.

    Puis vint le moment du départ. Sentant quelque chose dans l'atmosphère, la jeune femme quitta son tabouret, jetant un dernier coup d'oeil au couple dans le coin et un vrai sourire fatigué à Clio. Elles terminèrent les derniers petits détails – il y en a toujours et quittèrent totalement le niveau 1 pour rejoindre un petit appartement du niveau deux. Cette descente avait quelque chose de vertigineux. C'était la première fois depuis son adolescente que la jeune femme s'aventurait si bas. Comme c'était la première fois depuis son adolescence qu'elle entrait dans un bar. Comme c'était la première fois qu'elle giflait quelqu'un. C'était la nuit des premières fois. C'était la nuit des retrouvailles. Elle avait presque le sourire aux livres, presque envie de chantonner. Son monde tombait en miette. Elle s'en sentait presque libérée. Délivrée.

    La pièce principale était plus petite que le dressing de la jeune femme, mais décorée avec un goût certain et un certain talent pour la récupération et le recyclage d'objets oubliés. C'était joli. C'était cosy. Un cocon qu'on avait du plaisir à retrouver. Polie, Eirlys ôta ses talons qu'elle rangea proprement dans un coin près de la porte. Elle repoussa ses longs cheveux loin de son visage et les noua rapidement en un chignon très lâche, presque une queue de cheval. Quelques fibres rebelles insistèrent pour lui encadrer le visage et elle les laissa là, attendant simplement les indications et les questions de son amie.

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MessageSujet: Re: Juin 125 - The Sound of Silence   24.07.16 21:41 par Clio ChattertonCiter Editer Supprimer 

Clio avait serré Light dans ses bras, avait marqué sa joue d’un baiser avant de sortir du bar, ses affaires dans les bras, suivie d’Eirlys. Elle avait passé son manteau à son amie qui devait probablement avoir froid dans cette robe. Les robes comme ça, c’est bien dans une salle de bal légèrement chauffée mais dans les rues, ça ne sert plus à rien. Puis, elle attirerait moins l’attention. On ne peut jamais prévoir qui rôde la nuit. Elles n’avaient pas dit grand-chose sur le chemin du retour. Eirlys devait sûrement repenser à sa soirée, Clio se demandait seulement comment elle allait pouvoir la sortir de là. Et elle n’en avait absolument aucune idée. Elle était barmaid pas… Pas médecin. Pas… Elle ne savait pas ce qu’elle pouvait être mais elle ferait de son mieux. De toute façon, ça ne pouvait apparemment pas être pire.

Elle fit pivoter la clef dans la serrure et poussa la porte afin de permettre à Eirlys d’entrer la première dans l’appartement. L’endroit n’était pas très grand mais elle s’y sentait chez elle. Et elle s’y sentait bien. Elle aimait ce qu’elle avait réussi à faire de ce lieu vide qu’elle avait à peine pris le temps de visiter, bien trop heureuse à l’idée d’avoir trouvé un appartement pas trop grand ni trop petit pour une somme modique. Puis, elle avait accumulé les objets. Elle en avait récupéré aussi. Dans les rues, sur les trottoirs. Nettoyés, poncés, vernis. Parfaits pour stocker des choses ou pour en faire une bibliothèque. Clio se débarrasse de ses chaussures, dépose sur sac à côté du guéridon de l’entrée et ferme la porte à clef dans son dos.

« J’espère que tu n’as pas peur des rongeurs. Mon hamster doit traîner dans le coin… Tu ne peux pas le louper, il roule dans une grosse boule qui fait plein de bruit. Il n’est pas méchant, rassure-toi. Juste un peu hyperactif. Il s’appelle Captain. »

Elle adresse un signe de tête à la jeune femme et la dirige vers la porte à droite de l’entrée qu’elle pousse. Clio ne ferme jamais complètement la porte de sa chambre à fond. A quoi bon ? Ce n’est pas comme si elle avait des choses à cacher. Elle se dirige vers une énième armoire bricolée à partir de casiers d’épicerie. Dessus, des blouses pliées, des pulls ou encore deux ou trois pantalons. Ainsi que des pyjamas.

« Choisis-en un. Tu dors ici cette nuit et tu as besoin de te changer. Tu risques un peu de flotter dedans, par contre. Je me suis un peu élargie depuis... Bref. Je te prêterai une autre tenue demain, si tu ressens l’envie de partir. Sache que tu peux rester ici aussi longtemps que tu le désires. Bien sûr, ce ne sera pas aussi confortable que le Niveau Un mais… Mais tu y es la bienvenue. Normalement, il y a une robe de chambre derrière la porte, au crochet. Tu peux la prendre, elle est propre. Je ne la mets jamais. »

Elle laisse Eirlys choisir un pyjama. De toute manière, Clio dort avec une chemise d’homme. Pour mieux se rappeler qu’elle est seule et que si elle a envie de voler une chemise pour faire comme si, elle en achète une au magasin. Une fois qu’Eirlys a choisi, Clio sort de la chambre et lui désigne la porte au fond de la pièce, à hauteur du canapé.

« C’est la salle de bains. Prends un bain chaud, ça te fera du bien. Regarde sur la petite étagère métallique à côté du bain, j’ai peut-être encore des produits pour parfumer l’eau. Il y a des serviettes propres dans les casiers accrochés au mur. Surtout, prends le temps que tu veux et fais comme chez toi. Moi je vais regarder si je peux t’offrir un petit truc à grignoter vite fait. Je meurs de faim en plus. »




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MessageSujet: Re: Juin 125 - The Sound of Silence   24.07.16 22:50 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    Une légère inquiétude avait saisi Eirlys lorsque son amie avait pris la parole mais elle fut rapidement rassurée. Elle avait -une seconde durant – imaginé les rats des docks prendre d'assaut le plancher de ce petit salon mais s'il ne s'agissait que d'un hamster... la jeune femme n'avait plus peur de grand chose après cette nuit. Peut-être d'une agression. La mort en elle-même ne lui faisait pas peur, elle la voyait comme un véritable repos, une réunion avec son jumeau. La perte du statut social était à ses yeux consommée. Aeder devait déjà savoir et l'accident, et la fuite de sa fille des jardins. S'il ne savait probablement pas encore où elle était, cela ne serait pas long. Deux jours, grand maximum. Et c'est pourquoi, malgré l'attrait de l'invitation à plus long terme, elle refuserait. Son père était puissant dans l'entreprise et la jeune femme avait besoin de son, de SES emplois. Elle attrapa un t-shirt, au hasard, le premier de la pile, persuadée qu'elle serait serrée à l'intérieur mais trop polie pour dire quoi que ce soit d'autre que :

    « Ne t'en fait pas, ce sera parfait. » avec un sourire. Le pire étant qu'elle le pensait. L'appartement était chaleureux et Clio plus qu'hospitalière. Il y avait quelque chose ici qu'elle n'avait pas chez elle. Elle s'imposait, elle le savait, et pourtant elle se sentait bienvenue. C'était étrange et assez inhabituel. Elle suivit ensuite docilement la jeune femme jusqu'à la salle de bain, là encore très petite par rapport aux standards du niveau 1 mais curieusement beaucoup plus rassurante. Doucement, elle posa sa main sur l'épaule de la rouquine. « C'est vraiment parfait, Clio, ne t'en fait pas, c'est juste ce qu'il me fallait et je ne sais pas comment ne serait-ce que commencer à te remercier. »

    Sa voix, douce et polie, avait une chaleur qu'on y trouvait pas d'habitude. Quelque chose de timide, d'enveloppant et de maternel en même temps. Elle n'en n'avait cependant pas conscience. La tête lui tournait légèrement – l'alcool, la fatigue ou le mélange des deux sûrement - et elle se sentait bien. Pour la première fois depuis des années, son sourire était sincère et un peu de l'argent de ses jeunes années dansait dans l'acier terne de son regard fatigué. Elle hocha la tête en silence, se faisant couler une eau tiède et simple, sans artifices, sels de bain, mousse ni huile parfumée. Elle hésita, trempa son pied dans l'onde, prit une profonde inspiration et s'immergea d'un coup, frissonnant à la sensation soudaine de l'eau tout autour de sa peau. Le mouvement fit retomber le chignon et ses boucles éparses s'imbibèrent de l'onde chaude. Elle soupira, laissant la vapeur se détendre, les yeux fermés.

    Le froid la réveilla un moment plus tard, elle ne saurait dire quand. L'eau était encore tiède aussi, cela ne devait pas avoir fait si longtemps. Rapidement, elle se lava des pieds à la tête, se débarrassant de cette odeur d'alcool et de défaite qui semblait lui coller à la peau.. Elle se sentait plus fatiguée encore mais moins en danger qu'au début de la soirée. Et pourtant, l'interrogatoire était encore à venir et elle n'avait toujours pas décidé de si elle pouvait faire entièrement confiance à Clio ou pas. Tout son être lui hurlait que oui. C'était bien la seule chose qui la retenait. Elle soupira à nouveau, se sécha et enfila l'habit qui, surprise, lui tombait assez large au niveau ds hanches et jusqu'à mi-cuisse, en plus. Essorant ses cheveux, elle les noua à nouveau à l'arrière de sa tête pour ne pas mouiller le T-shirt et retourna dans le salon, laissant l'eau se vider.

    « Je m'excuse pour le délai, je me suis endormie. Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour t'aider ? »

    Elle ne savait pas faire grand chose dans une maison sans domestiques mais elle n'était pas idiote et plutôt habile de ses dix doigts. Elle pourrait apprendre.

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MessageSujet: Re: Juin 125 - The Sound of Silence   25.07.16 22:10 par Clio ChattertonCiter Editer Supprimer 

La porte de la salle de bains se ferme et Clio se met à arpenter l’appartement, à la recherche de Captain, qui roupille sûrement dans un coin, lové dans sa boule. Elle regarde d’abord entre les fauteuils et derrière aussi, entre le mur et le dossier. Rien de ce côté. Elle hausse les épaules, se dit qu’il sera sûrement dans la cuisine et comme de fait, il est là, encore en train d’essayer de passer sous les meubles malgré la grosse boule l’entourant. Elle sourit, se penche pour attraper la boule et la tourne pour se retrouver face au gros hamster gris et blanc la regardant de ses petits yeux noirs.

« Hé bah alors, mon gros… Encore en train d’essayer de courir sous les meubles ? Mais tu sais qu’il n’y a rien pour toi, là-dessous, si ce n’est de la poussière ? Je te laisse encore courir un peu cette nuit – mais c’est bien parce que nous avons une invitée à la maison, veinard ! »

Et elle repose la boule sur le sol, Captain fuyant joyeusement vers le salon en faisant aller ses quatre petites pattes. Elle l’observe s’en aller en souriant. Puis, les poings sur les hanches, elle observe la cuisine. Préparer à manger. Quand elle avait prononcé ces mots à Eirlys, ils sonnaient merveilleusement bien et maintenant qu’elle devait les mettre en application, ça sonnait comme un carnage. Préparer à manger. Plus facile à dire qu’à faire. Elle ne savait même pas s’il restait des aliments autres qu’un pot de moutarde presque vide qu’elle utiliserait pour faire… Bref, qu’elle réutiliserait quand une idée lui viendra, et un paquet de yaourts, nourriture qu’elle ingurgitait rapidement avant de se rendre au boulot. Parfois, elle en prenait un, pour le manger entre deux services, et elle grignotait du pain en rentrant. Elle n’avait plus de pain, la dernière tranche, sèche, trônait à moitié grignotée dans la cage du hamster. Dans le plan, elle devait aller en acheter demain.

En attendant de trouver que faire pour satisfaire son appétit et probablement celui de son amie, Clio décide de retirer cette jupe et ce chemisier pour enfiler quelque chose de plus décontracté, comme un jeans un rien trop grand pour elle et retroussé aux extrémités ainsi qu’une marinière à manches trois quarts et à col rond. Puis elle retourne dans la cuisine, à pieds nus. Peut-être que si elle ouvrait le frigo, elle découvrirait… Bah, une salade. Encore potable à en croire la couleur des feuilles. Salade, vestige d’une alimentation saine que Clio n’avait pas le temps d’avoir. Tant pis, l’occasion était la bonne. Puis, Corb disait constamment qu’il fallait manger léger avant d’aller se coucher. Même si, à ce train-là, Clio n’était pas prête à aller se coucher. Alors, elle se mit à préparer la salade. Laver, couper, garder quelques feuilles pour Captain. Mettre dans un plat, assaisonner. Poivre, sel. Elle pourrait mettre de la moutarde dans l’huile et son vinaigre – ça lui permettrait de finir ce pot rapidement. Elle n’entend pas Eirlys arriver aussi sursaute-t-elle en entendant sa voix dans son dos. Endormie. Que faire pour aider.

« Tu vois l’armoire fermée, au-dessus du frigo ? Les assiettes sont dedans. Prends deux assiettes assez creuses. J’ai fait avec les moyens du bord, il ne me restait que de la salade. Salade composée de salade et rien que de salade. Au moins, ce sera léger… »

Clio sort une cuiller et une fourchette du tiroir à couverts, ainsi que deux autres fourchettes. Elle mélange la salade pour que la vinaigrette s’éparpille bien partout.

« On va manger dans le salon. C’est là que je mange d’habitude. Après, on parlera. A moins que tu ne préfères dormir avant. Moi je préfère battre le fer tant qu’il est encore chaud mais puisque tu es suffisamment fatiguée pour t’endormir dans le bain… Remarque, je comprends. Je trouve que ma baignoire est particulièrement confortable. »




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MessageSujet: Re: Juin 125 - The Sound of Silence   26.07.16 15:33 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    Prendre quelque chose quelque part et le poser ailleurs semblait dans ses cordes. Elle évita Captain et sa boule qui lui fonçaient dans les jambes, se hissa gracieusement sur la pointe des pieds, le bas du T-shirt remontant tandis qu’elle levait les mains au-dessus de sa tête pour attraper les deux assiettes.

    « Ce sera parfait. Aurais-tu des verres quelque part ou quelque chose qui pourrait y faire penser ?»

    Trop fatiguée pour réfléchir plus longuement aux manières lors des soirées chez une amie – mais avait-elle seulement déjà dormi ailleurs que dans sa chambre d’enfant…elle n’en n’avait pas l’impression. Elle n’avait pas eu d’amies chez qui aller jouer et dormir. Ce genre de choses ne se faisait pas chez les Hilbilge. Père appréciait avoir ses princesses sous les yeux et Eirlys n’avait jamais ressenti le moindre manque – après tout, elle avait son jumeau et personne d’autre n’avait jamais vraiment compté à ses yeux. On y avait veillé. Seysill et Aeder avaient été son seul univers depuis aussi longtemps qu’elle se souvienne. Elle retint de nouvelles larmes. On l’avait amputé de la moitié de son être. C’était lui qui avait eu le droit d’être vivant entre eux deux. Lui qui avait pu sortir, jouer, aimer. A elle, il ne restait plus qu’une prison dorée aux serrures aussi froides et dure que du diamant. Elle se mordit la lèvre, posant la vaisselle sur la table pour s’entendre dire qu’elles mangeraient dans le salon.

    Elle reprit assiettes et verres pour installer un petit coin cosy dans la « pièce » d’à côté, tendant les plats au moment de servir. Et puis, désœuvrée, elle s’assit, relevant ses jambes sous elle, ses mains lissant le t-shirt comme elles le faisaient toujours de ses longues jupes. Son dos, bien droit, frôlait le dossier sans le toucher vraiment. Elle ne savait pas non plus s’avachir comme le faisaient certains. Tout devait être contrôlé, toujours.

    « Je ne suis pas opposée à l’idée de te parler, Clio, mais je ne saurais pas vraiment par quoi commencer. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé. C’est comme si j’avais soudain pris un énorme coup sur la tête et que je m’étais réveillée au beau milieu d’une noyade sans savoir comment j’étais arrivée là. Il y a eu un bol d’air avec Gil, puis j’ai sombré encore, et tu es la seule personne à laquelle j’ai pu penser. Peut-être parce que tu es la seule personne qui soit vraiment externe à ma vie au niveau 1 ou au sein de Magnus. Ne le prend pas mal, ce n’est en rien une critique ou une volonté de te blesser. Gil avait dit… »

    Sa voix se brisa un peu. Elle était peinée de ce qu’il s’était passé entre elle et son ami, tout comme elle ressentait une vive colère à son égard et beaucoup de reproches qu’elle avait gardés en elle et qui n’attendaient qu’un relâchement de sa part pour sortir. Elle baissa les yeux, jouant avec une feuille de salade. Vraiment elle n’avait pas faim.

    « Gil m’avait conseillé de prendre une pause du quotidien. Je vais la payer très cher mais je pense que c’était indispensable. C’est aussi pour ça que, bien que je te sois immensément reconnaissante pour ton hospitalité, je repartirais demain et qu’il est possible que je ne puisse pas te remercier comme il se doit avant quelque temps. Mais je ne suis pas ingrate et je finirais bien par trouver un moyen de te rendre ta gentillesse… »

    Elle rougit un peu.

    « Bref, tu dois avoir beaucoup de questions aussi je t’écoute. N’aie pas peur de me froisser ou de me blesser. Je crois que c’est impossible ce soir. »

    Elle avait déjà décidé d’assouvir la curiosité de son amie autant que possible, sans se ménager, tant qu’elle ne disait rien qui pouvait mettre la rouquine en danger, salir le nom de sa famille ou mettre à mal la réputation de Magnus. Elle serait prudente, elle l’était toujours, mais elle ne serait plus masquée. Plus jamais. Ce n’était plus possible. Elle vivrait sa vie à visage découvert ou ne la vivrait pas.



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MessageSujet: Re: Juin 125 - The Sound of Silence   26.07.16 21:22 par Clio ChattertonCiter Editer Supprimer 

Eirlys demande où sont les verres, Clio lui indique l’armoire au mur, juste à côté de l’armoire à assiettes. Elle suit Eirlys dans le salon, dépose le plat sur le table basse, use de la fourchette et de la cuiller afin de déposer des feuilles de salade dans les assiettes qu’Eirlys lui tend. Puis, elle attrape une fourchette sur la table et s’affale dans son canapé. Comme ça fait du bien de ne plus être debout. Elle se rend compte qu’elle est fatiguée. Ses jambes décompressent comme des ballons de baudruche. Au loin, Captain roule dans sa boule, heureux d’avoir encore quelques heures de liberté. Eirlys lui parle d’une sorte de noyade de laquelle elle s’était réveillée. Elle hausse les épaules quand son amie s’excuse. Ce n’était pas faux, en même temps. Clio n’est pas intégrée ni à Magnus, ni au Niveau Un.

Clio était patiente. Elle attendait qu’Eirlys reprenne le fil de sa conversation en avalant quelques feuilles de salade. Il y a eu une histoire avec Gil et Clio se demande pourquoi Eirlys fait cette tête à chaque fois que le prénom de leur ami commun sort de sa bouche. L’événement atterrira sûrement sur le tapis, tôt ou tard.

« Le choix de partir demain ou même dans une semaine t’appartient. Je serai ravie de t’accueillir mais si tu estimes que partir demain sera le mieux pour toi, soit. Les décisions t’appartiennent. » Elle reprend quelques feuilles de salade qu’elle mâche et avale discrètement. « Je m’en moque que tu me remercies ou non. Je ne fais pas ça pour recevoir quelque chose en échange. Alors que tu me dises juste « merci » ou que tu me paies un aquarium à méduses, je n’attends rien en échange. Je ne suis pas une profiteuse. Je fais ça pour t’aider, pas pour m’enrichir sur le dos de tes malheurs. Je m’en moque pas mal d’avoir un retour. Je fais ça parce que je suis ton amie, pas parce que je suis ton employée et que j’attends un salaire. »

Clio passe une main dans ses cheveux, observe Eirlys assise dans le fauteuil. Décidément, même en t-shirt, sans maquillage, elle gardait les manières du Niveau Un.

« Des questions, j’en ai des tas. Mais le mieux, c’est que tu parles. Ce qui te passe par la tête, n’importe quoi. Lance-toi sur un sujet qui te préoccupe – nous avons toute une nuit pour rebondir sur les autres sujets. Alors mange, et parle. Sens-toi libre de te laisser aller. Si tu veux pleurer, pleure. Si tu veux t’affaler dans le canapé, affale-toi. Il n’y a pas de cette foutue étiquette ici. Je m’en moque pas mal que tu aies une feuille de salade entre les dents. Ce n’est pas comme si j’allais te demander en épousailles ou comme si j’allais te corriger pour un dos un peu trop courbé. »




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MessageSujet: Re: Juin 125 - The Sound of Silence   27.07.16 13:51 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    « Je sais bien. » Elle n’avait pas fait l’affront de croire que Clio était intéressée, elle voulait juste la remercier parce qu’elle était touchée de son aide mais il semblait dit qu’elle serait maladroite ce soir. Elle baissa un peu la tête, inquiète de l’avoir blessée, regardant sa salade comme si elle détenait toutes les réponses. La salade ne répondit pas, ses feuilles vertes se contentant de luire d’huile et de cuire de vinaigre. Un peu de jaune de la moutarde glissait vaguement vers le centre du contenant. Elle n’avait pas faim mais se força à avaler une bouchée. Le partage de la nourriture restait une coutume importante à Pelagia. Elle ne voulait pas vexer – encore – son amie. Elle se força à sourire, tentant de retrouver le calme qui l’avait saisie à l’Opale et dans son bain. Ce n’avait été qu’une maladresse. Elle avait bien le droit d’être maladroite ce soir, non ?

    « Je ne sais pas vraiment comment parler de moi… » Elle releva la tête et replaça gracieusement une nouvelle mèche baladeuse. Ses manières de Niveau 1 faisaient partie de qui elle était. Elle ne savait pas les enlever. Elle ne savait pas s’avâchir. Et les muscles de son dos, sans effort, soutenaient sa colonne vertébrale comme des années d’entraînement et de répétition lui avaient appris à le faire. Ils ne semblaient pas comprendre – aucun d’entre eux, ni Clio, ni Gil – que les interdits étaient ancrés en elle aussi sûrement que Pelagia sur le sol marin. Et ne pas parler de soi, ne pas montrer ou exprimer ses sentiments, s’effacer face aux gens plus important, tout ceci en faisait partie. Elle reprit une bouchée de salade et une longue inspiration. Il lui fallait un début. Sûrement. Mais de quand dater tout ça ? La fois où elle s’était endormie dans son bureau et que Joshua l’avait réveillée ? Avant ? Après ? La soirée ? Son fiancé ? La mort de Seisyll ? Son père ? Son absence de mère ? Seisyll. C’était lui le départ de tout. Seisyll et son absence. Et son père. Et ses fiançailles.

    « Je t’ai dit que j’avais un frère je crois. C’était mon frère jumeau, nous étions très proches. Nous sommes nés un peu par surprise, lui juste avant moi et Père avait décidé finalement de nous garder tous les deux et de payer la taxe. Je pense qu’il était content d’avoir une excuse pour élever à la fois un garçon qui lui servirait d’héritier et une fille qu’il pourrait marier pour des alliances. On était très proches, mon frère et moi. Deux faces de la même pièce. Toujours ensemble. Et avec Gil quand nous étions adolescents. Malheureusement, il était au temple durant les attentats il y a deux ans. Père était dévasté, je ne l’avais jamais vu aussi furieux. Sixtine n’a rien dit, elle ne dit jamais rien. Moi, et bien moi, j’ai dû faire avec. J’ai pris sa place dans la famille. J’ai tenté de faire au mieux. Gil s’est éloigné, on ne se voyait plus que pendant les soirées mondaines pour une danse ou deux. Je crois qu’il a une copine, je ne sais pas trop. J’avais trop à faire surtout que je venais d’être nommée aux RH. Et puis, un jour, Père m’a annoncé qu’un homme avait demandé ma main. C’était l’année dernière je crois. Je le connaissais un peu, on se connait tous. Ce n’est pas un mauvais bougre. J’ai dû intégrer son temps de cour dans mon emploi du temps. Il n’est pas désagréable. Je n’ai rien contre lui, vraiment. Je voudrais juste qu’il arrête de me jurer par Job-Trab qu’il m’aime. Parce que je ne le crois pas une seule seconde. »

    Elle posa son assiette vide sur la table, remonta ses deux jambes devant elle et les serra dans ses bras, tirant sur le t-shirt pour rester décente. Elle ne faisait qu’effleurer les choses, une profonde pudeur l’empêchant de rentrer trop dans le détail. Trop dans les sentiments. Elle ne parla pas de la pression continuelle d’Aeder pour qu’elle s’élève le plus haut et le plus vite possible, sans réaliser que diriger une centaine de personnes à trente ans c’était déjà beaucoup. Elle ne parla pas non plus de ce qu’elle ignorait ressentir ou non pour son fiancé. De sa totale ignorance sur les affaires du cœur ou même sur ce qu’il se passait réellement entre un mari et une femme une fois la porte de la chambre refermée. Ni de sa peur de se lier à un parfait inconnu et de devenir sa propriété, ni même de cette farouche indépendance qui ne pouvait que se cabrer à l’idée de devoir obéir à cet homme. Elle réfléchit.

    « Je ne pense pas que mon frère l’aurait aimé, mon fiancé. Indépendamment du fait qu’il n’aimait rien qui vienne de Père – ils étaient en froid depuis longtemps – mais je pense que c’est pour ça qu’il me manque autant. J’aurais eu besoin de sa présence, de ses avis, de ses remarques et de ses moqueries... »

    Parce que sans ça, sans lui, elle était seule. Tellement seule qu’elle en avait froid. Elle frissonna, baissant la tête. Tout ceci était stupide. Elle n’avait – objectivement – aucune vraie raison d’avoir à ce point envie de pleurer.

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MessageSujet: Re: Juin 125 - The Sound of Silence   28.07.16 20:25 par Clio ChattertonCiter Editer Supprimer 

Le nœud du problème semble être la disparition de son frère jumeau. Clio pourrait commencer par-là. Sauf qu’il y a le père aussi, qui revient beaucoup dans le dialogue – toutes les personnes du Niveau Un avaient-elles un problème avec leur père ? Et cette… Sixtine. Qui diable était Sixtine ? Une gouvernante ? Une nourrice ? La… Mère ? Chose fort probable, Clio appelant régulièrement sa mère par son prénom quand elle avait à l’évoquer auprès des autres. Mais en face de Vivian, Clio disait toujours « maman », comme pour lui rappeler ce que Vivian aurait dû être mais n’avait jamais été. Une mère. Aussi, Clio écoute. Elle observe Eirlys, se dit que c’est normal qu’elle perde pied avec un déluge pareil. Clio serait devenue folle bien plus tôt. Sauf qu’elle, c’était une autre histoire.

Puis, il y a cette histoire d’homme demandant sa main, oui. Mais pas à elle, à son père. Comme si Eirlys n’avait pas son mot à dire. Comme si Eirlys était… De la viande froide. Juste un morceau de viande dans la chambre froide du boucher, suspendue à un crochet en attendant que quelqu’un se dise « Oh tiens, je mangerai bien de ce plat pour le restant de ma vie » le moment venu de passer commande. Clio trouvait la demande froide, sans goût et impersonnelle. Dire que les personnes du Niveau Un se pâmaient régulièrement d’être à la « pointe de la mode et du bon goût » alors qu’ils avaient toujours recourt à des démarches moyenâgeuses – Clio avait lu un livre à ce sujet, un jour où elle avait pris le temps d’aller à la bibliothèque. Puis, sérieusement. Il jurait quand même son amour par Jo’Trab. On faisait plus fidèle comme déesse, les amants étant pris sous le nom de la déesse Trab. Elle était peut-être là, la bêtise. Peut-être cet homme aimait-il courir la gueuse de bas-étage, peut-être engendrerait-il des bâtards et des bâtardes. Et quelque part, dans les ruelles pourries du Niveau Trois, une prostituée mettrait au monde une petite fille comme Clio.

Clio remarque les yeux d’Eirlys, brillant non pas d’excitation, de colère mais plutôt de peine. Gorgés d’eau. Imbibés comme des éponges. Aussi Clio se lève-t-elle pour se diriger vers sa chambre, de laquelle elle extirpe une boîte de mouchoirs en papier ainsi qu’un plaid vieux rose. Elle dépose la boîte de mouchoirs sur la table, juste devant Eirlys, et dépose, par la même occasion, le plaid sur les épaules de son amie. Elle retourne s’asseoir dans son fauteuil, une jambe pliée sous les fesses.

« Pleurer, ça fait du bien. Et je le dis à force d’expériences. Alors, ne te retiens pas, encore moins si tu le fais par fierté, par pudeur ou que sais-je encore. Je te l’ai dit, je le répète – et si je dois le faire jusqu’à ce que tu l’intègres une bonne fois pour tout, je le ferais – mais il n’y a aucune forme d’étiquette ici. » Elle hausse les épaules en souriant, compatissante. « Gil n’a plus de petite amie, c’est terminé. » Eirlys pourrait se lancer dessus si elle le souhaite. Au moins, si Gil la traitait comme on traite de la viande froide, Clio se ferait une joie de lui tirer les oreilles. « Continue de raconter. Si tu n’omets aucun détail, ce sera plus facile. Pour toi, comme pour moi. »




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MessageSujet: Re: Juin 125 - The Sound of Silence   28.07.16 21:42 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    Elle pleurait à l'intérieur, les larmes refoulées tombant dans sa gorge en sanglots salés et amers. Le plaid sur ses épaules était presque une accolade. Elle imagina un instant la force de son frère, son bras autour de ses épaules, son épaule à la place du dossier de l'oreiller Il lui semblait presque sentir son odeur, entendre sa voix qui lui répétait doucement que tout irait bien, même lorsque ce n'était pas vrai. Elle resta un moment comme ça, les épaules secouées de frissons, à pleurer en dedans, en silence, la tête cachée par ses bras et ses genoux, pudique dans son désespoir, à se demander de la petite voix froide et analytique qui ne la quittait jamais pourquoi elle réagissait ainsi. C'était toujours aussi stupide. Elle renifla, sécha ses yeux, un sourire doux ornant son visage plus blanc encore qu'avant.

    « C'est dommage pour Gil. » Elle se souvenait des yeux de son frère quand Seisyll était amoureux. La lumière qui en dégageait était palpable, presque douloureuse. Elle avait toujours cherché à ressentir ce sentiment. Quand on est tellement épris d'une personne qu'elle devient plus que la vie elle-même, avoir cet amour qui éclairait de l'intérieur, qui venait tout remettre en question mais elle ne l'avait jamais ressenti pour personne. Elle rebaissa la tête. Elle avait détesté cette Swann qui lui avait volé son frère mais à présent, elle l'aurait adorée comme une sœur si seulement ça avait pu vouloir dire que son jumeau était vivant. Le mot codé lui revint en mémoire et, avec lui, l'étincelle d'espoir tout de suite éteinte par la voix de la raison. Aucune chance. Il était mort et enterré et quelqu'un d'autre avait lu le Livre. Mais peut-être que ce quelqu'un pouvait la comprendre comme il la comprenait. Peut-être. C'était un début d'espoir à ne pas étouffer. Elle inspira encore.

    « Désolée. Et oui, je sais mais je vais m'excuser encore, ça fait partie de ce que je suis, c'est comme ça. » Encore un soupir. « Où en étais-je ? Je ne sais plus. Tout ça doit te paraître très confus et profondément stupide. Bref. Gil n'est pas tellement le seul à avoir disparu de ma vie après le départ de mon jumeau. Je n'ai jamais été très attachante comme fille. Je suis trop froide. Lui les attirait par son intelligence brillante, par ses sarcasmes mouillés d'acide, par cette violence qu'il avait et qui le faisait avancer dans la vie. C'était un leader né. Moi, je le laissais faire. J'écoutais, je regardais, je le conseillais. Quand...après le temple, quand j'ai du prendre sa place, je ne me suis pas tout de suite rendu compte du vide que ça avait laissé dans ma vie. J'ai des connaissances, des demoiselles avec lesquelles je peux aller parler coiffure et chiffons, de la météo et des robes de bal, des potins, de qui est avec qui, du dernier scandale en date – même si après ce soir, ce sera ma performance qui nourrira les conversations un bon moment, j'en ai peur – j'ai mes collègues à qui je donne des ordres et mes supérieurs auxquels je réponds mais je n'ai pas ce que tu peux avoir avec Gil par exemple, ou Joshua, ou même Light. Je ne dis pas ça par jalousie, enfin pas vraiment, ce que je veux dire c'est... »

    Elle devint soudain pivoine.

    « J'ai trente ans. Je n'ai jamais su ce que c'était que de tomber amoureuse. Eveiller l'intérêt d'un homme, lui donner envie de me connaître plus. Mon fiancé ne s'intéresse pas vraiment à qui je suis. Mes collègues et mes amies du niveau 1 non plus. Père non plus, il est plus concentré sur ce que je suis sensée être. J'ai trente ans et lorsque je regarde derrière moi, je ne vois rien que la sœur de mon frère. Et lorsque je me regarde moi, je ne vois rien que la fille de mon père. Et quand je regarde au loin, je ne vois rien que la mère de mon enfant. Soeur, fille et mère. Est-ce vraiment suffisant ? Est-ce que je peux vraiment réussir à faire ça seule ? Et à être aussi le frère, le fils et le père que je dois être ? J'ai l'impression de devenir folle. D'avoir oublié qui j'étais et de ne pas savoir comment la retrouver. D'être devenue un masque que je ne peux pas enlever et qui s'est brisé, bêtement, ce soir, parce qu'un type m'a fait peur en me renversant un plateau de coupes de champagne dessus. » Elle se força à tenter un début de sourire, par habitude « alors que je devrais me sentir flattée d'avoir troublé à ce point ce pauvre serveur. »

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MessageSujet: Re: Juin 125 - The Sound of Silence   30.07.16 20:26 par Clio ChattertonCiter Editer Supprimer 

« Tu veux que je te dise ce que j’en pense ? Je pense que toute ta vie, tu t’es protégée derrière ton jumeau – jumeau que ton portais jusque-là en adoration suprême. Si on t’avait demandé de ne choisir qu’un seul dieu à vénérer pour le restant de tes jours, tu l’aurais choisi lui, peu importe ce qu’il t’en coûtait. Je pense que dans ta tête, tu t’es toujours vue comme étant « la sœur » mais que tu ne t’es jamais dit « Je suis moi aussi une personne à part entière ». Je pense que tu as tellement porté ton frère en adoration que tu as oublié de te vénérer toi-même – et c’est probablement pour ça que tu te vois comme une personne froide, sombre, distante, ayant peu d’intérêt et n’ayant pas d’amis. Tu penses que Gil s’est éloigné parce qu’il était plus attaché à ton jumeau qu’à toi mais moi, je pense que c’est faux. Je pense que vous vous êtes éloignés parce que vous n’avez jamais pris le temps de vous connaître réellement. Tu disais que ton frère vous liait, tous les trois, et c’était sûrement le cas mais il y a autre chose également. Il y a le fait que toute ta vie, tu as été « sœur » et non « humaine ». Perdre un être aussi cher, ça fait mal – je n’ai jamais connu ça et je ne peux sans doute qu’imaginer un dixième de ta peine. Mais vivre dans l’ombre dans un fantôme… C’est invivable.

Dans tout ce que tu as dit, tu t’es demandé ce que ton frère aurait fait. Tu as dit que ton frère n’aurait pas aimé ton fiancé mais toi, l’aimes-tu ? Car ce n’est pas ton frère qui va épouser cet homme et passer le restant de ses jours avec lui. Ce n’est pas ton frère qui devra partager la même maison, la même routine, le même lit jour après jour, nuit après nuit. C’est toi. Alors peut-être ton frère aurait-il eu un avis tranché sur la question mais ce n’est pas du bonheur de ton frère dont il est question, là. Eirlys, pour l’amour des Trab. Il s’agit de ton bonheur – car, comme chaque personne de cette ville, tu as le droit d’être heureuse. Et je dirais même mieux : pour honorer la mémoire de ton frère, tu as le devoir d’être heureuse. Toi qui te demandes sans arrêt ce qu’il aurait dit ou fait ou pensé… Tu ne t’es jamais demandé quelle aurait été sa réaction s’il te voyait comme je te vois maintenant ? Sincèrement, si j’avais eu une sœur ou un frère dans un état comme le tien, je l’aurais giflé. Je l’aurais probablement massacré en lui hurlant de vivre, bon sang. Eirlys, tu dois vivre. Tu ne vis pas là, tu subis ! Tu subis la mort de ton frère, que tu traînes comme un poids mort derrière toi, tu subis l’influence de ton père, tu subis une place dont tu ne veux apparemment pas. Tu subis une vie que tu ne devrais pas vivre alors que celle qui t’était destinée s’évapore.

Et tu veux que je te dise, Eirlys ? Toutes ces personnes qui ne s’intéressent pas à toi, ces prétendues amies dont les sujets de conversation ont l’air très limités au superficiel, ce fiancé qui te jure par Jo’Trab un amour infaillible – aucun amour n’est infaillible s’il est juré par Jo’Trab, je parle d’expériences – et ce père qui te demande d’être ce que tu n’es pas. Toutes ces personnes, Eirlys… Elles sont néfastes car elles te renvoient à l’image faussée que tu t’es forgée de toi : tu penses être une personne sans intérêt du moment que ton frère n’est pas là. Est-ce que tu penses que je resterais avec toi si tu étais une personne sans intérêt ? Est-ce que tu penses que Gil t’aurait côtoyé si tu étais une personne sans intérêt ? Eirlys, j’ai connu des personnes sans intérêt et crois-moi : tu es bien plus intéressante que toutes – toutes ! – ces personnes réunies. Tu dis ne pas avoir ce que j’ai avec Light, avec Gil ou encore avec Joshua mais libre à toi de te forger tes propres amitiés. Qu’elles se situent dans le Niveau Un ou dans le Niveau Trois, quelle importance ? On trouve des personnes remarquables partout. Alors rencontre des gens et ouvre-toi à eux. Bien sûr, ne va pas tout de suite jusqu’à leur donner ton numéro de compte en banque mais rien ne t’empêche de dire que tu t’appelles Eirlys et que ta couleur préférée, c’est le bleu – par exemple. Et si ça fait un scandale ? Ça fera un scandale. Les gens font des scandales pour la moindre petite chose – encore plus dans le Niveau Un – mais si tu veux tout savoir, je pense que ce scandale sera vite oublié le jour où Kelly – ou Cindy, ou Titania, ou qui sais-je, après tout ! – aura mal accordé la couleur de sa robe à celle de ses chaussures. D’autres scandales verront le jour et toi… Toi, tu accapareras l’attention une semaine. Deux, tout au plus. Puis, un autre scandale prendra la relève. Et encore un autre. Puis un autre. Et un autre.

Ce soir, tu t’es probablement rendue compte de ce que tu faisais de ta vie. Tu l’as dit, tu as trente ans. Si tu veux quitter la demeure familiale : quitte-la. Si tu veux rompre tes fiançailles : romps-les. Si tu veux couper tes cheveux : coupe-les. Tu as trente ans. Tu es une adulte. Et tu as exactement les mêmes droits qu’un homme. Tu es propriétaire de ta vie, Eirlys. Tu n’es pas une locataire. Alors oui, peut-être que je ne comprends rien parce que je suis une petite bécasse de Niveau Trois qui n’a jamais poursuivi de grandes études. Peut-être que je me fais des idées en clamant que c’est facile – mais je ne suis pas stupide et je te le dis cash, Eirlys : ce ne sera pas facile. Parce que si tout était facile, la vie serait follement ennuyeuse.
»




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MessageSujet: Re: Juin 125 - The Sound of Silence   31.07.16 21:38 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    Elle écouta attentivement la longue diatribe de Clio, si vraie, si proche de ce que lui avait dit Gil, si dure à entendre quelque part. Elle rentra la tête dans les épaules. Elle évitait toujours les sujets passionnés quand elle n'avait pas son masque, elle ne se souvenait que trop bien des disputes entre son père et son frère. Est-ce qu'elle s'était forgé dans l'ombre de ce dernier ? Probablement et c'était sûrement l'un de ses problèmes. Elle n'avait jamais su se séparer de lui suffisamment. Elle en avait besoin comme d'une béquille qu'on n'avait plus. Comme la première fois que l'on nageait sans bouée. Est-ce qu'elle aimait son fiancé ? Non. Elle n'aimait personne. Elle avait des crush, parfois, généralement pour des hommes intelligents et destructeurs, c'était son type, elle le savait et ils n'étaient pas pour elle. Est-ce que Seisyll lui aurait reproché son état ? Oui, parce que ça faisait partie de sa guerre contre son père. Et ce code. Ce code qui l'avait rendue si heureuse...était-ce juste d'avoir du décrypter un code, aussi facile fut-il ou était-ce autre chose ? Elle sentit son cœur battre dans sa poitrine à ce souvenir. Ce code la rendait vivante. Elle ne l'oublierait pas. Elle attendit poliment que son amie ait fini de lui répéter ce qui devait lui paraître une évidence pour relever la tête, doucement. Dans son regard, il y avait du regret et de la tristesse qui engloutissaient la naissance d'une détermination au fur et à mesure que les choses se remettaient en ordre dans sa tête. Parfois, on a besoin d'entendre certains mots de son cœur pour pouvoir les écouter.

    « Tu n'es pas idiote Clio. Bien au contraire. Mais dans ce cas précis il te manque une variable qui change tout. Mon père. Tu vois, si je fais ce que tu dis, si je m'émancipe, si je gagne en assurance, ou simplement si je coupe les ponts, je ne risque pas d'être déshéritée. Parce que je suis assez grande et intelligente pour m'en sortir le cas échéant. Si je désobéis à mon père, je risque de mettre en danger ceux auxquels je tiens. Pour ce soir, ça devrait aller. J'ai giflé Gil. Il ne peut pas déjà faire la connexion entre toi et moi. Et il y a une petite chance pour que Mère ne s'en prenne pas trop, mais c'est principalement parce que je n'ai pas montré la moindre affection ou le moindre intérêt pour elle depuis mon adolescence. Et c'est pour une nuit de liberté. Une nuit de repos. Une nuit dont j'ai désespérément besoin pour remettre mes idées en ordre. Je suis la princesse d'Aeder et les princesses, Clio, on les enferme dans des tours d'ivoire à l'écart du monde d'où on ne les sort que pour utiliser leur beauté ou leur pouvoir. Seule ma totale docilité m'a permis d'avoir mon travail, ma relative liberté et la capacité d'aller et venir. A la moindre incartade, je serais renvoyée dans ma cage et mes amis utilisés contre moi. J'ai vu ce qu'il faisait à Seisyll quand celui-ci le provoquait trop. Je ne disais rien, je ne pouvais rien dire mais j'ai vu. Et si je veux pouvoir devenir moi, me trouver, retrouver cette confiance qui me manque, si je veux grandir et sortir des ombres et des fantômes, cela veut dire faire tomber mon père avant. Lui enlever toute force et tout pouvoir. Or, et c'est paradoxal, je sais, il se trouve que j'aime mon père. »

    C'était ce qu'il y avait de plus terrible au fond. De savoir qu'on avait un fou furieux comme figure paternelle et l'aimer malgré ça, ou à cause de ça. En y réfléchissant, son attirance pour les hommes néfastes avait peut-être sa source ici. Pélagia avait beau ne pas cautionner les sciences humaines, Eirlys voyait trop facilement les gens pour ne pas faire de liens quand elle tombait dessus. Elle soupira.

    « Quand je parle de ma robe et que je dis que c'est foutu et que je ne pourrais jamais la remettre, c'est métaphorique. Ma robe c'est mon père, c'est ma place dans la société, c'est mon masque. Mon masque qui est tombé en miettes. Je ne pourrais plus jamais me mentir à moi-même. Je ne pourrais plus jamais me mettre dans le moule que l'on a créé pour moi. Et ça me fait peur. Parce qu'il y a plus d'enjeux que moi seule. A la rigueur, je pourrais gérer ce qui me regarde juste mais en partant, mon frère m'a légué la responsabilité des siens. Alors je pourrais aussi dire que je m'en fiche, sauf que non ; Ce sont des vies humaines. Et je ne suis pas mon père. A mes yeux, toutes les vies humaines ont la même valeur, d'où qu'elles viennent. Et, sachant ça, aurais-je l'égoïsme de me lier avec des gens qui pourraient, à leur tour, se retrouver otage d'un combat qu'ils n'ont pas souhaité ? Où serait la justice là dedans ? »

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MessageSujet: Re: Juin 125 - The Sound of Silence   31.07.16 22:32 par Clio ChattertonCiter Editer Supprimer 

Les princesses, oui.
Ou les putes.

« Tu ne l’aimes pas, Eirlys. Tu en as peur. La peur et l’amour, c’est différent. Bien sûr, on peut avoir peur d’aimer et aimer avoir peur mais ce n’est pas la même chose. Toi, tu as peur et tu penses que tu l’aimes. Mais si tu l’aimais, si tu l’aimais réellement, tu ferais quelque chose. Tu le dénoncerais, par exemple. »

Ça lui allait bien de dire ça. Elle avait essayé de faire quelque chose pour Vivian, pour qu’elle arrête la drogue. Elle avait stupidement espéré que sa mère mettrait de l’argent de côté afin de payer ses dettes. Elle avait compris la magouille en voyant les bouteilles et l’état de sa mère qui empirait. Elle avait compris qu’elle travaillait pour deux, qu’elle travaillait toujours pour deux. Mais pire encore. Qu’elle travaillait pour de la drogue. Alors, elle avait arrêté de lui donner du fric. Et ça s’était passé encore pire qu’avant.

« Tu en as peur mais tu n’as pas trente-six solutions. Tu vas devoir partir. Le laisser t’assener toutes ces choses horribles qu’il a bien pu te dire pour te soumettre à sa volonté – parce qu’en voyant ce que tu es devenue, il n’a pas du te choyer tous les jours. Tu ne pourras pas tuer ton père – inutile de verser du sang sur tes mains. Tu ne pourras que partir, et boucher tes oreilles par la même occasion. Parce qu’entendre un parent qui crie, crois-moi, c’est la chose la plus désagréable au monde. Je me doute que ton père ne se ruera pas sur tes pieds pour implorer que tu restes mais les entendre hurler… Je crois que c’est le pire. »

Vivian avait hurlé. Elle avait supplié, les joues baignées de larmes, de morve et de reste de maquillage. Il avait fallu trois prostituées pour l’empêcher de se raccrocher à Clio. Et Clio était partie sans se retourner. Ça lui avait brisé le cœur. Et le soir, dans son nouvel appartement, Clio avait pleuré.

« Tu penses aux autres plus que tu ne penses à toi. Tu t’inquiètes de ce que pourrait leur faire subir ton père mais tu ne t’inquiètes pas de ce qu’il te fait subir, à toi. Et tu trouves ça normal ? Sérieusement ? Je veux bien qu’on nous bassine sur les bancs de l’école en nous parlant de partage et de respect mais parfois, dans la vie, il faut accepter d’être égoïste et de ne penser qu’à soi. Tu refuses de te lier avec les autres mais alors, qu’accepteras-tu ? De t’isoler seule, dans la forêt ? De te construire une mignonne petite cabane dans le silence des bois pour y finir ta vie ? Il n’y a pas de justice dans ce monde. S’il y avait eu une quelconque justice dans ce foutu monde, nous n’en serions pas là. Or, c’est là que nous en sommes alors non, Eirlys. Il n’y a pas de justice. Et parfois, l’égoïsme est de rigueur. Tu as le droit d’avoir une vie, d’avoir un foyer et je ne suis pas d’accord quand tu accordes à ton père le boulot que tu as maintenant. Je doute que le directeur de Magnus soit stupide au point de ployer sous la pression de ton père, qu’importe le putain de poste que ce connard occupe au sein de la société. Je pense que si tu as été engagée, c’est parce que tu avais les capacités nécessaires à l’emploi. Et non parce que ton trou du cul de père l’a ordonné. »

Clio se lève, retourne dans la cuisine et s’accroupit sur le sol, devant l’une des armoires. Elle en ouvre une, elle sait précisément dans laquelle elle a rangé la bouteille de vin qu’elle avait acheté il y a un petit moment. Dans le tiroir du dessus, elle trouve un tire-bouchon, duquel elle se sert pour libérer la bouteille de son sceau de liège. Et elle revient dans la cuisine, se sert un verre – et un à Eirlys, par la même occasion.

« Je suis désolée pour les grossièretés. Je me suis un peu emportée. »




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MessageSujet: Re: Juin 125 - The Sound of Silence   01.08.16 10:18 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    Les princesses avaient toujours été des prostituées. On les vendait très cher et on les faisait passer pour des biens précieux mais l’idée était la même, leur corps, leur liberté et leur être pour le bien d’un royaume. Eirlys n’était pas dupe. Elle ne l’avait jamais été, cela faisait partie de sa malédiction. Elle voyait les gens comme ils étaient, sans réussir à se mettre de la poudre aux yeux. Et pour autant, elle ne les jugeait pas. Son père était un homme terrifiant, puissant et de moins en moins solide. Mais la rouquine se trompait. Certes, elle en avait peur, mais elle l’aimait aussi, de l’amour inconditionnel d’un petit être pour ceux qui l’ont élevé et l’ont fait grandir. Elle n’avait jamais reçu de coups, jamais eu mal de la part de cet homme. Elle n’avait eu que des mots, des mots qu’elle savait pouvoir être suivis d’effet mais qu’elle avait toujours évité de confronter. Elle était sage. Elle l’avait toujours été. Et elle se rendait compte, petit à petit, que si elle voulait grandir, elle devrait le faire aux dépends de leur géniteur. Elle n’était pas sûre d’en avoir envie. Elle soupira, regardant dans le vide. Seisyll s’était battu contre leur père et Seisyll n’était plus. Ce n’était qu’une coïncidence, elle en était certaine mais une coïncidence troublante.

    Petit à petit cependant, la jeune femme se détendait. Elle déplia ses jambes, quittant la position fœtale pour s’asseoir en tailleurs sur le canapé, toujours aussi droite, toujours aussi digne, toujours aussi héritière de son niveau. On ne se refait pas. Silencieuse, elle écoutait, jaugeait, réfléchissait. Quelque chose de plus grand qu’elle s’agitait aux paroles de son amie. Doucement, elle attendit qu’elle ait terminé, acceptant le verre de vin dont elle prit une gorgée au mépris de toute prudence. Entre les deux cocktails, la soirée et maintenant le vin, le tout avec une malheureuse salade dans le ventre, elle allait finir ivre. Peu importait. Ce soir elle avait le droit. Elle grimaça à l’amertume de l’alcool et reposa le verre.

    « Ce ne sont pas de jolis mots mais ce sont des mots forts, et ils sont probablement vrais mais ce n’est pas si facile à faire. Il faut que je réfléchisse à ce que je vais décider à mon avenir. Je ne vais pas prendre une telle décision ce soir alors que je suis épuisée et que les émotions me prennent à la gorge. Il y a une chose cependant, pour laquelle je ne peux pas être d’accord. Ce sont les entorses aux principes. Je refuse de devenir égoïste parce que les autres le sont. Je ne braderais pas mon sens de la justice sous prétexte que le monde ou la société sont injustes. C’est ce que je suis, moi. Ces principes me définissent. Ils ne sont pas à Seisyll, ils ne sont pas à Aeder, je suis née avec et ils font partie de moi. Les renier serait me renier moi-même et je m’y refuse. »

    Inconsciemment, la jeune femme s’était redressée plus encore. Malgré son t-shirt, son air fatigué et ses longs cheveux qui s’échappaient de son chignon à la va-vite, elle avait cet air régal qui la prenait parfois. Ses mots, posés et plein de force avaient une énergie qu’elle-même n’aurait pas soupçonnée. Ils l’habitaient. Ils étaient elle et plus encore. C’était presque une profession de foi, la revendication de son existence.

    « Et puis, comment veux-tu que la société avance si tout le monde agit comme ça ? Le monde est injuste alors moi aussi. La société est égoïste alors je ne vais suivre que mon intérêt. Non. Ce n’est pas possible. Même si ça rend la vie plus difficile, même si certains trouvent ça stupide, je garderais mes idéaux, pour pouvoir me regarder dans la glace le matin, et parce que je suis persuadée que la seule façon de rendre Pélagia meilleure, plus juste, c’est de la réformer de l’intérieur. La Compagnie essaie de casser le moule mais c’est une erreur d’enfant puéril. Si le moule est brisé, ils en reconstruiront un plus solide. Alors qu’en modifiant le moule de l’intérieur, le modelant pour lui donner la forme que l’on veut, nous avons une chance de progresser. »

    Elle reprit une gorgée de vin. On s’y faisait finalement. La tête lui tournait bien un peu mais ce n’était pas désagréable et elle se sentait toujours en contrôle. Peut-être un peu plus bavarde qu’elle ne le devrait. L’avenir lui dirait si elle avait eu raison et si elle avait bien jugé la jeune femme qui lui faisait face.

    « Quant à mon emploi, c’est un mélange des deux. Mon père a probablement fortement appuyé ma candidature. Quelque chose de plus subtil que ce que tu décris, du style « trouve quelque chose à ma fille et je te soutiendrais à tel ou tel moment ». La politique n’est faite que d’échange de ce genre. On y brade les gens et les voix, dans un marchandage humain incessant. Tant que les gens seront nommés, cela se passera ainsi, il n'y aura pas de réelle égalité des chances. Cependant, il est évident que si je fais n’importe quoi, je me retrouve dans un placard et donc ce sont mes capacités qui ont permis ma promotion et mon maintien là-bas. Et qui me permettent de tenter d’équilibrer un peu le jeu, de fausser un peu la triche qui s’est instaurée. Cependant, quand tu as une recommandation de tes supérieurs pour un poste, crois-moi, tu la suis ou tu ne fais pas long feu. Magnus n’est pas petits poissons argentés et algues roses. C’est un des piliers de notre société. Le plus poreux et le moins brillant. C’est une fondation enfoncée dans la boue qui permet ensuite de pouvoir créer les merveilles qui nous entourent. C’est le Niveau 3 des grandes instances. C’est pour ça qu’il est indispensable et qu’il doit absolument tourner à la baguette.»

    Elle changeait de sujet, petit à petit, revenant sur des choses plus généralistes. Ils avaient fait le tour de son problème. Il ne lui restait plus qu’à prendre une décision. Plus que.

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MessageSujet: Re: Juin 125 - The Sound of Silence   07.08.16 14:56 par Clio ChattertonCiter Editer Supprimer 

« Je te l’ai dit, Eirlys. Ce ne sera pas facile. Rien n’est jamais facile dans la vie. Vivre est un acte difficile de nature. Apprendre, grandir, tomber, pardonner, aimer, se relever… Tout cela est difficile. Mais si des personnes y sont parvenues avant nous, si des personnes y parviennent encore, cela signifie que malgré la difficulté, cela reste réalisable. Tu refuses de renoncer à tes principes tout comme je refuse de renoncer aux miens mais parfois il est nécessaire de le faire. Parce que parfois, ces principes si beaux, si nobles, tellement remplis de vertus à nos yeux, nous entraînent dans les emmerdes les plus terribles. Parfois, ils sont comme des pierres lestées à nos chevilles, des pierres qui nous entraînent dans les plus profondes des abysses sous-marines. Tu vas continuer à te démener seule pour les autres, comme un pauvre pantin enchaîné pour amuser la galerie. Mais si ça t’amuse de te fatiguer pour cela, soit. Je ne suis pas là pour te dicter ta conduite parce que je vais te dire une chose : ta conduite ne me regarde pas. »

Clio n’avait jamais renoncé à ses principes. Elle n’avait jamais su se résigner à être égoïste. C’est pour cela qu’elle accueillait Eirlys chez elle ce soir, même si elle avait initialement décidé de dormir de la nuit. C’est pour cela qu’elle donnait encore de l’argent à sa mère, argent que Vivian dépensait allègrement dans les Essences.

« Tu ne pourras rien changer toute seule. Tout ce que tu pourras faire, c’est te procurer un ulcère ou je ne sais quelle autre maladie liée au stress, au surmenage. Tu crois que tu pourras modifier ce moule seule, de tes petites mains ? Tu peux essayer, si ça te fait plaisir. Moi, je ne peux rien faire alors je vais gentiment rester dans mon petit bouge de Niveau Un, à servir des whiskey, des brandy ou encore des cocktails. La société n’a pas évolué depuis ma naissance. Ce n’est pas parce que tu décides de t’y mettre que tout prendra une nouvelle forme de justice, d’équité ou de je ne sais quel autre idéal encore. Après, tu peux toujours proposer tes idées à La Compagnie. Je suis sûre qu’ils apprécieraient. Au moins, ça leur évitera de s’en prendre une nouvelle fois aux Trab. »

Clio n’en avait que faire de Magnus ou des autres entreprises. Elle n’y avait jamais eu sa place. Elle était informatrice, autrement dit, elle était une citoyenne à qui l’on faisait semblant de donner de l’importance. Ce n’était pas comme si elle avait un poids réel au sein de la société.

« Quoiqu’il en soit, Eirlys, tu fais comme tu veux. Tu peux continuer à subir ta vie, ton père, ton boulot, continuer à vivre comme une sœur, une fiancée, une fille et non comme une personne entière. Parce qu’au fond, ce n’est pas moi que ça regarde. Moi, je ne fais que m’inquiéter pour le cadavre que j’ai devant les yeux – je dis cadavre parce que même si tu penses que ça ne se voit pas, ça crève les yeux Eirlys. J’ai des formes mais je ne suis pas grosse. Ce t-shirt flotte plus sur toi qu’il ne le devrait normalement. Enfin, tu fais ce que tu veux. Si ça te plait d’être comme ça, c’est toi que ça regarde. Et peut-être que je ne devrais pas m’inquiéter pour toi parce que tu es une grande personne dans ce moment. Peut-être ai-je tort. »

Clio finit son verre d’un trait, renversant la tête en arrière, et dépose le verre sur la table basse en face d’elle.

« Quoiqu’il en soit, Eirlys, tu devrais dormir sur tout cela. Tu devrais dormir tout court. Tu n’as qu’à prendre ma chambre, je dormirai dans le canapé. Ce n’est pas comme si je n’avais jamais dormi dans un canapé de ma vie, après tout. Normalement, les draps ne sont pas trop sales, j’ai refait mon lit il y a peut-être bien deux jours. Par contre, c’est le désordre dans ma chambre, je suis désolée. » Elle repousse une mèche derrière son oreille. « Après, tout dépend de toi. Tu as encore envie de parler ? Tu as encore des choses à dire, des problèmes à régler ? Parce que tant qu’on y est, autant tout ranger tout de suite. »




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MessageSujet: Re: Juin 125 - The Sound of Silence   07.08.16 22:35 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    Elle ne pourrait rien modifier seule. Elle s'en rendait compte à présent. Ca avait été son erreur. Elle s'était isolée dans sa détresse et son deuil, ne se permettant que des amitiés de superficie pour donner le change. De nature, elle n'était pas très sociable. Elle pouvait parler des heures de tout un tas de sujet mais n'avait que très rarement livré le fond de son cœur, de ses croyances et de ses intérêts. On se méfie des filles trop intelligentes. Les hommes les prennent pour des menaces. Tu dois cacher ton esprit. Tu dois te montrer rassurante. Ils ne doivent pas savoir l'étendue de ton intelligence. Cache toi Eirlys. Personne ne peut t'aimer comme tu es réellement. Remet ton masque de petite poupée. Soit une princesse. Inutile et docile, avec juste assez de feu pour allumer le brasier dans les yeux de tes prétendants. Ces injonctions n'avaient jamais été explicitement faites mais elles étaient là. Et pourtant, il y avait cet esprit critique qui était le sien et qui la poursuivait partout. Et maintenant qu'elle avait trop bu, elle avait envie d'une vraie discussion. Elle avait envie de débattre toute la nuit sur la politique, sur les différents groupes de force. Mais pas ce soir. Pas avec une Clio dont la vie ne laissait probablement pas le loisir de se pencher sur les obscures questions d'équilibre des forces. Elle ne pourrait rien modifier seule. Si elle voulait vraiment s'en tenir à ses principes, elle allait devoir prendre des décisions radicales. Se trouver des amis, des vrais et des sacrifiables. Elle allait devoir déplacer ses pions comme elle le faisait sur l'échiquier de son frère quand ils jouaient ensemble et qu'il l'engueulait sur ses mauvais choix tactiques. Mais elle ne serait pas contre lui, elle serait contre d'autres qui n'avaient aucune idée de qui elle était ; Son masque pouvait être une force. Une arme. Elle reprit une gorgée de vin. Clio parlait encore. Elle tira sur le t-shirt. C'était vrai qu'il était ample. La rousse aussi devait flotter dedans. Peut-être avait-elle donné sans faire exprès quelque chose qui appartenait à quelqu'un d'autre et elle l'avait oublié. C'était ce qu'il y avait de plus probable. Quoi qu'il en soit, elle ne voulait pas le faire remarquer. Un peu de la colère Hilbilge fit briller ses yeux sombre. Un éclat rapidement étouffé. Une jeune fille comme il faut ne se met pas en colère. Même quand on l'agresse d'un plateau de champagne. Et sûrement pas quand les autres avaient de bonnes intentions.

    Elle termina son verre, le posant à son tour sur la table, pensive. Avait-elle d'autres problèmes ? Certainement. Voulait-elle en parler ? Probablement pas. Se faire juger n'était pas une expérience agréable et elle en savait maintenant assez pour connaître la seule vraie réponse à son problème.

    « La tragédie grecque repose sur le fait que la mort apparaît comme le seul échappatoire possible au dilemme qui est proposé. Mais il y a toujours d'autres solutions tout aussi honorable. »

    Elle eut un petit sourire amusé. Elle n'avait jamais tellement goûté aux quelques pièces de ce style qu'elle avaient lues en cours. Et la traduction pélagienne était très tronquée, l'on sentait bien que certaines choses n'avaient pas été correctement traduites mais enfin, toutes ces déclarations grandiloquentes, ces pièges, ces insomnies, elle les comprenait mieux à présent. Elle n'avait que deux solutions. Elle pouvait continuer à se laisser détruire par son père. Ou elle pouvait détruire son père. Fuir n'était pas une option. Devenir égoïste était hors de question. C'était manger ou être manger. Trahir un être qu'elle aimait de tout son cœur, de toute son âme simplement parce que ne pas le faire signifierait sa mort à elle, ou s'abandonner à l'amour cannibale paternel et se laisser détruire par gratitude. Seisyll aurait été vivant, le choix aurait été rapide. Seisyll mort, le choix l'était tout autant. Simplement, ce n'était pas le même choix.

    Elle ne pouvait pas se laisser dévorer par son Chronos de père. Parce que si elle n'était plus, son frère disparaîtrait entièrement. Sixtine serait avalée dans l'abysse. Aeder en sortirait grandi, soulevé par sa peine. Et ça, c'était inimitable. Elle se battrait. Pas par égoïsme mais parce qu'on ne l'attendait pas. Parce qu'elle pouvait faire avancer les choses. Mais pas toute seule.

    « Tu m'as donné à réfléchir, Clio. Je te remercie encore de ton aide. Je vais dormir, je serais partie demain matin. Pendant quelques temps, je ne pourrais pas te parler, je devrais m'éloigner de toi. C'est pour ta protection. Tu vas me dire que tu te fiches pas mal de ce qu'on pourrait te faire mais j'y tiens. J'insiste. C'est un nouveau service que je te demande. De l'accepter et de ne pas le prendre mal. Je reviendrais vers toi, je te le promets. Plus tard. Et, si j'y arrive. En meilleur état. Merci encore pour le toit, le repas, les mots. Pour ta sollicitude. J'en avais besoin. »

    Elle se leva, toujours gracieuse, un rien chancelante, pour se diriger vers la chambre. Elle aurait aimé se battre pour le canapé seulement la rouquine n'aurait rien voulu entendre et elle n'avait pas envie de se battre pour ça aussi. Il allait falloir qu'elle réfléchisse. Beaucoup. A plein de chose. Alors que tout ce qu'elle arrivait à voir c'étaient ces nombres qui dansaient. 15. 38. 22. 39. 16.

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