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[Juin 125] Le monde du silence
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 [Juin 125] Le monde du silence



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MessageSujet: [Juin 125] Le monde du silence   19.07.16 16:40 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    Une mare de boucles noires avait envahi le bureau, se rependant sur les feuilles et les dossiers. Dans la semi-pénombre des persiennes tirées pour ne pas être distrait par le paysage sous-marin régnait un silence presque fantomatique. Seule la calme respiration de la jeune femme troublait un peu l’air immobile. Autour, la pièce était semblable à elle-même et rien ne semblait jamais trahir la fatigue qui venait d’emporter la jeune cadre.

    La journée avait commencé comme beaucoup d’autres ces dernières semaines, près de quarante-huit heures auparavant. Ce n’était pas qu’elle avait plus de travail, non, pas vraiment, c’était surtout que dormir lui paraissait être une perte de temps, une perte de vie. Et elle combattait, contre ce désintérêt qui semblait la saisir, de la seule façon qu’elle connaissait, avec de l’auto-discipline et du travail. Elle était arrivée très tôt, vêtue proprement d’une longue jupe blanche plissée et d’un chemisier de soie bleue nuit, saluant les bureaux vides d’un geste de la tête. Les heures s’étaient alors trainées. Elle avait été inhabituellement silencieuse, seule dans son bureau, laissant son « assistant » gérer les demandes. Elle, tout ce qu’elle voulait c’était qu’on la laisse en paix.

    A l’heure du déjeuner, elle avait à peine fait une pause, passant la tête pour demander les messages et les tâches à faire, écoutant les doléances, donnant ses consignes avant de retourner dans le calme de sa bulle. Elle était bien là. Elle savait ce qu’elle avait à faire. Les papiers ne mentaient pas, les papiers ne discutaient pas, ils ne tergiversaient pas et n’avaient pas de sentiments. Les papiers étaient re-po-sants.

    Il était difficile de savoir comment elle avait fini par les considérer comme des oreillers. Ses bras, en arc de cercle au-dessus de sa tête semblait les étreindre tandis que sa main droite serrait son poignet gauche, à peine gêné par un léger bracelet de corail. Rien ne semblait bouger. Dehors cependant, la vie continuait son cours et l’heure de débaucher était proche, accentuant les bavardages des employés pressés de quitter la machine à café et de retrouver leurs pénates. L’onde se teintait du sang et de l’or du crépuscule, les poissons, paresseux, se laissaient porter par les courants, dans les niveaux inférieurs, le temps était à la fête.

    Et, prostrée sur son bureau, Eirlys dormait.

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MessageSujet: Re: [Juin 125] Le monde du silence   26.07.16 22:16 par Joshua WellsCiter Editer Supprimer 

LMDS - Le monde du Silence -

Joshua Wells

Eirlys Hilbilge


Parfois, les mains crevant le fond de ses poches, une cigarette coincée entre les lèvres, Joshua déambulait devant le pôle publicitaire de Magnus. Son ancien lieu de travail, ses anciens bureaux,  ses anciens collègues avec lesquelles il ne parlait jamais, ses ateliers dans lesquelles il n'avait jamais rien produit. Tout juste bon à boire du café et à comater sur des feuilles blanches qu'il n'arrivait pas à transfigurer en publicité, en propagande. Ses yeux mornes balayaient la grande salle, et les planches que d'autres créateurs composaient, proposaient, griffonnaient, abandonnait, publiaient. Elles lui inspirait une forme de dégoût. Elles étaient réussis, bien réussis, trop réussis. Tout reniflait l'espoir, laissait envisager des lendemains qui chantent. Douce ineptie. Les lendemains ne chanteront pas, les rotatives continueront de tourner en annonçant les mêmes drames, les mêmes catastrophes, les mêmes peurs et les mêmes inquiétudes. Il n'y avait rien de plus vieux que le journal du matin. Il n'y avait rien de plus vieux que les publicités et les propagandes qui tapissaient les murs de Pelagia. Le monde s'enfonçait, tombait dans les abysses. Et l'odeur de la nicotine et le son violon n'était que de maigres consolations.

Mais les publicités étaient loin derrière lui désormais. La période d'essais proposé par Eirlys ne porta pas ses fruits, elle ne porta aucun fruit. Le désespoir l'étranglait certainement trop pour qu'il puisse respirer, pour qu'il puisse créer. Ou bien était-ce autre chose. Le jour de leur entrevue, concluant cette période, cette dernière chance, elle ne l'avait pas licencié. Elle aurait dû. C'était certainement ce qu'il y avait de plus logique. Remiser l'engrenage craquelé à la poubelle, le remplacer, afin que la machine continue de tourner, sans relâche, et produise, encore, et encore. Il n'avait pas connue la poubelle. Elle l'en avait sauvé. Elle l'avait recyclé, ce métal rouillé. Dans son costume, sa cravate noir autour de son cou, et cette longue veste au col remonté qui finissait de lui donner des allures d'artistes maudit, de poète croulant sous le monde, d'esthète bannis, il était devenu assistant. L'assistant personnel de Mademoiselle Hilbilge. Elle gardait un œil sur lui, sur ses cernes, sur ses cheveux noirs, sur son nihilisme, sur son pessimisme, sur sa philosophie et sa carcasse. Il avait hoché la tête. Il n'avait pas à chercher un autre boulot, minable encore, comme il avait pu en faire auparavant, de licenciement en licenciement, de démission en démission, juste de quoi survivre, juste de quoi écrire, et publier. Publier. Deux œuvres ignorés.

Mais c'était à croire que sa propre dégradation était contagieuse.

Au fil des jours, il avait vu Eirlys se faner, des cernes soulignaient ses yeux, son tonus se perdre, sa force et son autorité avec. Elle s'affaiblissait. Et il commença à garder un œil sur elle comme elle garder un œil sur lui, sans rien dire, en observant simplement, sans interférer. La fatigue sur son visage trouvait un écho sur la fatigue se gravant sur le minois de la jeune femme. Il continuait de faire son travail, celui qu'elle lui donnait, ses tâches d'assistant, remplissant dossier et formulaire, triant, filtrant, comptant, supervisant tout ce qu'elle lui déléguait. Pas de heurts. Et il pénétrait dans son bureau, les bras chargés de dossier, l'haleine chargé de caféine. Eirlys dormait, la tête entre ses bras, sur son bureau. Il la regarda quelques instants. Il ne l'aurait jamais imaginé. Sans un bruit, il déposa ce qu'il tenait en une pile sur le bureau, jeta un œil sur les feuilles traînant sur celui-ci, les regroupa, et partit avec, ailleurs, pour ne pas la déranger.

Il travailla l'après-midi durant, ponctuant son activité de café et de cigarette, de cendre et de marc. Les locaux de Magnus se vidait au fil des heures. Il y voyait plus clair. Moins d'âmes, moins d'hommes, plus d'oxygènes. Et lorsque plus personne ne travaillait, lorsque l'heure de la fin de journée était trop proche pour faire autre chose que boire un café, lorsque l'heure était à la débauche, il regagna le bureau d'Eirlys, avec ses nouveaux papiers, une tasse de café noir, qu'il posa sur le bureau de sa supérieur. Il posa une main sur son épaule, sur la soie bleu de ce chemisier, et l'appela, pour qu'elle revienne parmi ceux qui ne dorment pas, mais que ne sont éveillés, parmi ceux qui ne sont pas mort, mais qui ne sont pas vivant.

« Mademoiselle Hilbilge... »

Quelques minutes avant la fin d'une nouvelle journée, l'heure était à la discussion..

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MessageSujet: Re: [Juin 125] Le monde du silence   27.07.16 12:03 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    Derrière la brume du sommeil, il y avait quelques informations qui passaient. Le battement régulier de l’horloge qui protégeait son carnet, le silence de la pièce, l’odeur de poussière, le bruit des papiers froissés quand elle bougeait ou même celui de la porte à plusieurs reprises. Mais rien de tout cela ne perça la bulle de repos. Pas même les entrées de Joshua que l’esprit de la jeune femme avait dû cataloguer comme étant « normale » et ne nécessitant pas d’activer un instinct de survie lui-même étrangement au repos. Ou peut-être avait-elle eu envie de se faire prendre. De ne pas avoir de choix. De ne pas survivre. De s’endormir une dernière fois pour ne pas se réveiller. Oui. Cela paraissait tentant. Dormir, dormir, dormir et disparaitre dans le sommeil. Père serait triste, il n’aurait plus d’héritier. Sixtine deviendrait encore plus silencieuse et plus effacée mais qui s’en souciait. L’odeur de café lui monta aux narines, profond, noir et amer, il apportait un arôme à ses pensées décousues. Elle bougea un peu, sentant une main sur son épaule. Elle se raidit soudain tandis que la voix, enfin, arrivait jusqu’à ses oreilles. « Pas tout de suite Seisyll. Je veux dormir encore un peu. » Voilà ce qu’lele aurait voulu dire mais avec le réveil, comme toujours, arriva cette terrible révélation. Seisyll n’était plus. Seisyll était mort. Elle ouvrit les yeux, catapultée d’un coup dans l’infâme réalité qu’elle affrontait toujours les jours. Elle se dégagea de la main pourtant amicale et redressa le torse, des marques de papier imprimés sur sa joue creuse. Elle se frotta les yeux, comme une enfant.

    « Wells… »

    Pas de Monsieur, ce qui était inhabituel – elle était toujours excessivement correcte avec lui, principalement pour décourager les rumeurs qu’avaient obligatoirement fait naître sa décision de seconde chance. Et pourtant, elle ne le regrettait pas, il n’était pas mauvais assistant et venait de prouver qu’il était capable de s’intéresser aux autres même si on ne le lui demandait pas – pas non plus le «Joshua » qu’elle utilisait quand elle pensait à lui. Elle cligna des yeux, plusieurs fois, pour tenter de remettre en ordre ses esprits. Elle s’était endormie sur son lieu de travail. Faute grave. C’aurait été quelqu’un d’autre, elle l’aurait envoyé chez le médecin et, à défaut de maladie pouvant expliquer une faiblesse passagère, elle l’aurait licenciée. Inutile cependant de faire semblant que ce n’était pas arrivé. Joshua avait visiblement très bien compris. C’était curieux tout de même. Elle ne se souvenait pas s’être endormie. Elle ne se souvenait pas de grand-chose après sa demi-feuille de salade au déjeuner.

    « Merci Monsieur Wells. »

    Elle le regarda à nouveau et ses yeux avaient retrouvé l’éclat qu’ils avaient d’habitude – bien pâle reflet de celui qui était le sien quelques mois plus tôt. Qu’est ce qui n’allait pas avec elle. Elle se sentait sur le bord d’un précipice et n’arrivait pas à comprendre pourquoi ou comment elle en était arrivée là. Elle prit la tasse de café qu’elle subodorait pour elle et se réchauffa les paumes à son contact.

    « Dites-moi, quelle est l’étendue des dégâts ? »

    Quelle heure était-il ? Qui avait pu la voir ? Comment s’étaient passés ces moments sans supervision ? Quelles retombées pouvait-elle craindre ? Comment affronter la réalité quand on était réveillée ? Tout un programme en une seule question ; Elle prit une gorgée du liquide amer et grimaça. Elle n’avait pas l’habitude. A tout choisir, elle préférait le thé.



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MessageSujet: Re: [Juin 125] Le monde du silence   02.08.16 22:05 par Joshua WellsCiter Editer Supprimer 

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Joshua Wells

Eirlys Hilbilge


Pas de « Monsieur », mais des paupières qui papillonnent sur des prunelles qui n'ont plus tellement d'éclat. L'éclat simple et fébrile de l'étoile qui naît, l'éclat simple et fébrile du désespoir qui enserre le regard, et se manifeste par des cernes noires creusant le visage. Tout ces jours durant, Joshua n'avait pas prononcé le moindre mot à ce sujet, les jours durant, les semaines durant. Il avait observé, d'un œil froid et désintéressé, la décomposition d'Eirlys. Désintéressé ? Plutôt qu'il ne s'alarmait pas. Eirlys remonterait, et son éclat reviendrait. Ou non. Son œil qui englobe les eaux et l'univers est désintéressé. Son cœur, si cœur il y avait dans un puit, était plus proche des Hommes. Plus proche des Hommes, bien qu'il ne les comprenait pas, et qu'il les méprisait, parfois, souvent. Ignare, querelleur, stupide, utopiste, naïf, aveugle. Mais tant d'âme trouvait grâce à ses yeux. Clio, oui. Son amie d'université, aussi. Ses prostitués, certains. Eirlys, aussi. Parce qu'il y avait de l'intelligence derrière cette bienséance et ce sérieux. De la bienveillance, aussi.

L'assistant ne s'offusqua pas de ce manque de convenance dans l'appellation d'Eirlys. Pas de « Monsieur », non, et qu'importe. Wells était tout aussi bien sans « Monsieur ». Alors qu'elle attrapait la tasse de café entre ses mains encore engourdi par le sommeil, il prit place face à elle, de l'autre côté de ce bureau, ce bureau devant lequel elle l'avait mis à l'essai, un temps, et qu'il n'avait rien pondu de concluant en terme de publicité. Sa plume était ailleurs, bloquées dans quelques ronces, dans quelques lierres, de sa pensée nihiliste. Ce secret que personne ne savait, si ce n'était elle, et sa muse. Un sourire sans vie vint sur ses lèvres alors que son pouce caressait le crâne, cette bague, qui ornait son majeur. Il prit quelques secondes pour examiner sa supérieure, alors qu'elle lui demandait son rapport. L'étendue des dégâts. Un autre sourire, grand, large, mais qui s'effaça rapidement. L'étendue des dégâts, soit.

« Des cernes noires et creusées, une mine fatiguée et abattue, des épaules fragiles semblant porter  l'entièreté de l'univers... vous avez également perdu du poids... pour un peu, mademoiselle, et je penserais que vous essayez de me ressembler ! »

Le nihiliste s'essaya à l'humour, un humour qui ressemblait à du mépris, à de la provocation, mais qui n'en avait rien lorsque l'on commençait à connaître le philosophe. Son regard chercha un instant celui de sa supérieur, celui de la jeune femme. Il y avait un faible éclat là où, lui, n'en avait plus. Comme si il y avait un faible espoir en elle, là où lui n'en avait plus aucun. Il savait qu'en vérité, elle s'inquiétait du bon fonctionnement de l'entreprise alors qu'elle n'était pas là pour y veiller. Il pointa du doigt les quelques dossiers qu'il lui avait rapporté, avant que sa main ne vienne ré-agencer, ou remettre la pagaille, dans ses cheveux corbeau.

« Je me suis permis de remplir quelques dossiers, quelques papiers, pour vous, afin que vous ne vous retrouviez pas à crouler sous la paperasse à votre réveil. Vous n'aurez qu'à vérifier si tout est en ordre, et ça devrait l'être, et à signer. Pour le reste, ne vous souciez de rien. Personne, si ce n'est moi, ne sait que vous dormiez. Il n'y a pas eu d'incident, ni le moindre problème quelconque qui me sois parvenu. Pas de dégât à constater donc. »

Il laissa un instant de suspens, comme quelques secondes de vie au silence avant de le briser. Il prit une inspiration avant de se lancer. Il n'hésitait pas, non. Il s'adonnait à un exercice qu'il ne pratiquait que peu. Il n'était pas de celui qui réconforte, pas de celui qui aide à remonter une pente. Il était davantage la pierre qui entraîné le noyé par le fond, et non la corde tendue à l'Homme à la mer.

« Vous n'êtes certainement pas sans ignorer mes troubles du sommeil. Autrefois, à l'université, au début de mes insomnies, je m'endormais n'importe quand, n'importe où, en cours souvent. Puis j'ai commencé à réguler mon sommeil avec des essences. Pour me faire dormir, pour me tenir éveillé. Puis vint le café, les litres trop nombreux de cette liqueur noire plus douce que les drogues. Ce qui a creusé ces cernes cependant ce n'est pas le café, ni les drogues. Ce visage est le rejeton des insomnies. »

Et d'une certaine philosophie, aussi. Mais insomnie et philosophie était les deux faces d'une même pièce pour le nihiliste qu'il était. Les deux faces d'une même pièce. Comme les Dieux qui priaient les croyants. Ils étaient double, représentaient deux faces d'une même pièce. Lui ne priait pas. Lui ne croyait pas. Mais la nuit était double. Errance, et pensée. Insomnie et Philosophie.

« Depuis quelques temps, je vous vois vous décomposer, Mademoiselle Hilbilge. Avez-vous besoin... d'aide ? »

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MessageSujet: Re: [Juin 125] Le monde du silence   03.08.16 12:53 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

    L’ébauche d’un sourire vint décorer le visage fatigué de la jeune femme à la tentative d’humour de son assistant. Elle appréciait ce genre de jeu sur les mots tout comme elle reconnaissait l’effort de son interlocuteur d’alléger l’atmosphère. Pour autant, elle retint sa première réplique, trop familière à son goût. Ne pas mélanger. Ne pas se laisser aller à la sollicitude qu’elle sentait et qui apaisait son moral à vif. Eviter le piège. Rester professionnelle. Forte. Ne me déçois pas.

    « L’océan nous en préserve, nous ne voulons certes pas ça… »

    Elle déplaça doucement ses mains pour passer deux doigts dans l’anse, en contrôle. Petit à petit, elle se redressait, tentant de son mieux de passer d’Eirlys l’être humain à Eirlys la Chef de Service. Un changement de peau qui était de plus en plus difficile au fil des jours. Joshua, de son côté, répondait enfin à la vraie question, démontrant une nouvelle fois son intelligence et, à la surprise à peine dissimulée de la jeune femme, son implication. Il avait pris des initiatives, il avait fait des choses sans qu’on le lui demande, il avait tenté de l’aider, de l’étayer, de la soutenir, tout en préservant un secret dont, quelques semaines plus tôt, il aurait probablement proféré le plus grand désintérêt. Il avait fait quelque chose pour elle. Elle le regarda avec des yeux nouveaux, partagés entre méfiance et reconnaissance, attendant de voir s’il allait demander quelque chose en échange, essayer de la faire chanter, sous-entendre une quelconque menace. Elle n’arrivait pas à l’imaginer ainsi profiter de son instant de faiblesse. Elle l’avait jugé autrement. Indifférent, égocentré – paradoxalement – sur sa philosophie étrange qu’elle avait tellement de mal à comprendre, mais ni calculateur, ni opportuniste. Il était honnête, sincère, et n’acceptait pas le compromis. Raisons principales pour lesquelles elle lui avait attribué ce poste à ses côtés. Quand on a dans ses mains l’avenir ou la vie d’autres êtres humains, il devenait difficile de ne pas se sentir concerné. Elle ne s’attendait simplement pas à ce que le test ait sa propre personne pour cobaye. En y réfléchissant cependant, ce n’était que justice. Elle allait lui répondre que c’était très bien, le remercier pour sa prise de risque quand elle sentit une hésitation.

    L’avait-elle mal jugé ? Etait-ce le vrai moment des conséquences ?

    Elle leva vers lui un regard fatigué, un peu inquiet, sombre. Mais non. Pas de menace, pas d’insinuation, pas de demande. L’expression sincère d’une inquiétude rapportée à son cas qui failli bien la faire pleurer. Quelques battements de paupière effacèrent les larmes avant qu’elles ne se mettent à couler. Pourquoi n’était-ce pas son père qui avait ce genre de propos ? Pourquoi aucun de ses amis ne le lui tenaient ? Pourquoi fallait-il que la première main qui se tende sans la juger soit la dernière à laquelle elle aurait pensé ? Et pourquoi surtout, se sentait-elle aussi vulnérable. Pour la première fois depuis très longtemps, elle baissa les yeux devant un regard. Elle avait besoin d’aide. Seulement, personne ne pouvait l’aider à prendre cette décision pour elle. Il fallait qu’elle affronte toute seule les questions qui peuplaient son cœur. Qu’elle affronte cette vérité qu’elle savait ne pas vouloir voir et qui cherchait à s’imposer.

    « Vous m’avez déjà bien aidée, Joshua, et je vous remercie pour votre proposition. »

    Il est des soirs où il fait bon jeter ses principes aux orties, quand bien même les récupérer par la suite risque de piquer les mains. Elle releva un peu la tête, acceptant tacitement de déplacer la conversation sur un terrain plus personnel. Elle n’irait pas lui parler de ses problèmes mais sa loyauté méritait de la confiance. Elle prit une profonde inspiration.

    « Vous l’avez remarqué aussi je ne vais pas vous faire l’affront de vous mentir, les choses sont un peu compliquées en ce moment. » Elle réfléchit à évoquer sa situation personnelle – compliquée – ou encore les problématiques professionnelles – complexes – avant de décider de ne pas insulter l’intelligence de son vis-à-vis. Elle soupira. « En vérité, j’aurais besoin de congés que je ne peux me permettre de prendre. » Pas des congés de Magnus, des congés de la vie tout court. Là encore, une information qu’elle passa sous silence. Elle tenta un bref sourire. « Nous allons donc espérer que ce passage à vide soit éphémère et tenter au mieux d’en limiter les dégâts. Pour cela, je vous suis extrêmement reconnaissante de ce que vous avez fait aujourd’hui. Je vais, bien évidemment, faire mon possible pour que cela ne se reproduise pas. » Evidemment. Et sans Essence. Il était hors de question qu’elle mette un seul doigt dans l’engrenage destructeur de Corb. « Mais, dans le cas contraire, est-ce que je pourrais compter sur vous pour me soutenir comme vous l’avez fait aujourd’hui ? »

    Elle fixa de ses yeux gris le gouffre du regard du jeune homme. Pour une fois, pour une rare fois, elle ne savait pas vraiment ce qu’il allait répondre. En toute logique, il devait dire que non, que ça ne le regardait pas et qu’il en avait rien à faire. Qu’il n’était pas là pour la materner elle, tout comme elle avait refusé de le materner lui. Ce ne serait que Justice.

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MessageSujet: Re: [Juin 125] Le monde du silence   10.08.16 22:24 par Joshua WellsCiter Editer Supprimer 

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Eirlys Hilbilge


De l'éphémérité d'un sourire. Le visage de mademoiselle Hilbilge devenait titre de thèse. Il n'était apparu qu'une fraction de seconde. Le temps de le voir. Non, le temps de l'apercevoir. Mais le caractère fugace de ce sourire, qui se fana si vite sur ce visage fatiguée, ne fit que révéler, souligner, son authenticité. C'était l'éclat fugace mais certain d'un éclair dans un ciel sans lune, la lumière fébrile mais éclatante d'une étincelle dans une caverne. Une explosion qui ne fit rien voler en éclat. Pas de destruction. Pas de combustion. Pas de spectacle. Tout redevint morne, normal. Et il n'y eu qu'un sourire interne, invisible, qui se fit l'écho de celui esquissait par Eirlys. En cette fin de journée, l'un comme l'autre avait du mal avec l'expression de leurs sentiments. Des sentiments voilés par des ténèbres que nulle lampe torche n'avait encore réussis à dissiper. Celles de la jeune femme semblait plus jeune. Peut-être donc étaient-elles plus faible ? Peut-être, mais il n'y avait nulle raison de l'espérer, et il n'y en avait pas davantage de croire l'inverse. Qu'importe, demeurait cet écho étrange qui se faisait entre ses cernes et celles qui soulignaient le regard sans vie, sans lueur, de sa supérieur. Elle décrépissait oui, véritablement. Comme il avait depuis longtemps commencé à décrépir, depuis qu'il avait commencé à ne plus dormir, jusqu'à devenir rien d'autre qu'une carcasse, une charogne, vingt milles lieux sous les mers.

On le remercia. On ne l'avait pas fait depuis longtemps. Son regard fuyait ces deux billes mortes qui le regardait depuis l'autre côté de ce bureau, virevoltant dans la salle pour ne pas se faire attraper. On ne l'avait pas fait depuis longtemps, non. On ne remerciait pas Joshua. Car l'on n'avait aucune raison de le remercier. On le blâmait davantage. Il était plus ignoré qu'aimé. Ce chien tremblotant et malade auquel l'on n'accorde nul regard. Les caresses se tournent vers le canidé au pelage soyeux. Non, on ne remerciait pas Joshua. La politesse aurait exigé qu'il réponde, mais il n'en fit rien. Il ne répondit rien. Pas un « de rien », non. Il fuyait simplement ce regard, cette gratitude. Comme si il ne  la méritait point, cette gratitude. Comme si un homme comme lui ne la méritait pas.

Mais son regard se fit happer quelques secondes plus tard.

Eirlys se confiait. A demi-mot. Un passage à vide. Oui, cela paraissait évident. Joshua n'avait pas le grand des détectives, mais les termes « passage à vide » lui était venu relativement naturellement à l'esprit face à cette perte de vie visible à l'oeil nu. Les choses sont un peu compliquées en ce moment. Oui, tout cela était écrit sur ce visage pâle et fatiguée. Celui d'Eirlys. Et le nihiliste connaissait les visages massacrés aux couteaux par les « choses compliquées ». Quelques années en arrière, il était l'adolescent promis aux hautes-sphères intellectuelles, l'étudiant propulsés par la fortune et la gloire de sa mère, de ceux dont les visages respirent la vie. Il a bien fallut être un rêveur, un idéaliste, pour tomber si profond dans le pessimisme. Il a bien fallut prendre de la hauteur pour se crasher si brutalement contre la terre ferme. Aujourd'hui, il était le méconnu. Quelques intellectuels s'intéressait à son nihilisme. Son visage était mort. Et celui des hommes et des femmes qu'il croisait au cours de ses errances insomniaques dans le niveau 3 n'était pas plus vivant que le sien.

Puis il avait entrevu une chose.
Un visage vivant est toujours le visage d'un mourant.

« Il n'y a aucune raison d'espérer que ce passage à vide sous éphémère, mademoiselle. Et combien même le serait-il, il n'y a pas davantage de raison qu'il prendra fin sous peu. Il peut durer, s'éterniser. Et vous pouvez continuer à dépérir ainsi. L'espoir est une ineptie. »

Et le désespoir, lui, est en chaque Homme, en chaque âme. Mais chaque âme ne le sait pas. Chaque âme n'as pas conscience du désespoir qu'elle porte en elle. Laquelle des deux et alors la plus désespérée ? Celle qui a conscience de son état, ou celle qui l'ignore ? Dans tout les cas, oui, l'espoir était une ineptie dans un monde chaotique, dans un monde absurde qui n'est pas fait pour les Hommes, et qui n'a jamais voulu des Hommes. Le désespoir, une fatalité. Une certitude.

A cet instant, les yeux gris d'Eirlys captèrent le gouffre du regard de Joshua.
Il la poussait dans un puits. Un pas de plus vers le gouffre.
De là où elle pouvait en observer la profondeur.

« Quoiqu'il en soit, je ferais mon possible pour vous seconder. A quoi bon avoir fait de moi votre assistant sinon ? »

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MessageSujet: Re: [Juin 125] Le monde du silence   12.08.16 10:41 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

Il y avait une énergie qui venait des profondeurs. Quand il n’y avait plus rien, que l’on s’abandonnait. C’était une énergie douloureuse et violente, un éclat blanc derrière le regard, une poussée du sol sous ses pieds, forçant à toujours remonter, à toujours avancer. Elle n’en était pas là encore. Elle dérivait entre deux eaux, ballottée par des courants qui la dépassaient. Et consciente, bien trop consciente de sa propre déchéance sans pour autant avoir la force, encore, d’y faire quelque chose. Si elle était toujours très consciente du monde qui l’entourait, si elle était incapable de se mettre des œillères, si elle ne savait pas comment ne pas regarder, Eirlys se voyait à travers le miroir déformant des paroles de son père. C’était un couperet au-dessus de sa tête, sous tendu par cette question lancinante, pourquoi moi. Pourquoi m’a-t-il choisie. Pourquoi suis-je la seule qu’il ne frappe pas. Sa princesse. La seule à être sage. Son seul espoir. Sa joie de vivre. Et il la blessait aussi sûrement par ses compliments qu’il avait détruit son frère par ses reproches avant que celui-ci ne trouve l’amour puis la mort. Un « passage à vide » plus radical que le sien mais Seisyll avait toujours eu des côtés extrêmes. Il était chaleur et colère, bouillant. Elle l’avait aimé pour ça. Elle attendit, regardant cet homme en face d’elle, cet homme qui n’était pas son frère, qui en représentait l’antithèse et qui, pourtant, avait pris soin d’elle alors qu’elle était vulnérable. Elle le regarda se débattre contre l’étau de son regard, cherchant à éviter ses yeux comme s’il avait peur de s’y trouver emprisonné. Elle le regarda se défendre puis sombrer d’un coup, par surprise. Et puis elle regarda les deux gouffres sans expression, sans vie, portes ouvertes vers un abysse qui ne l’effrayait pas. Le vide lui paraissait reposant. Pas de pression, pas de mensonge, rien qu’un repos éternel qui vous enveloppait, chaud duvet de néant dans un rien indéfini. Et puis, il prit la parole, et, à nouveau, la jeune femme eut un sourire. Très différent du premier, c’était un sourire doux, celui du parent inquiet pour un proche qui recommence à aller mieux, celui qui éclot sur le visage d’un parent ou d’un amant devant le sommeil de « l’autre ».

« “Espérer, c’est démentir l’avenir.”, n’est-ce pas ce que vous avez écrit ? »

Elle prit une nouvelle gorgée de café, laissant l’amertume rouler sur ses papilles et le liquide tiède dans sa gorge pour se perdre au fond de ses entrailles. Ils entraient sur le terrain de la philosophie, une matière qu’elle maîtrisait nettement moins que les gens en général mais qu’elle s’efforçait de travailler. Elle avait lu le livre de son assistant. Et d’autres. Un certain Nietzsche qui avait une théorie étrange sur les « surhommes » et même un ancien nommé Gorgias. Elle n’était pas certaine d’être d’accord avec les théories exposées et assez sûre de ne faire que les effleurer mais elle avait fait l’effort. Pour le comprendre, lui. Pour essayer de voir cette force qui le poussait et l’entravait en même temps.

« J’ai comme l’impression que ce mot vous fait peur, Joshua. Espoir, espérer, ce ne sont que des termes, imprécis, qui, dans le cas précis où je l’ai utilisé, illustrait la croyance que les actes peuvent influer sur les forces en présence et modifier l’avenir. Ne pas croire à ce genre d’espoir, ce serait partir sur un déterminisme qui me parait contraire à ce que vous professez. Je peux me tromper, évidemment, je n’ai pas la prétention de pousser mes réflexions sur le sujet aussi loin que vous mais autant l’on ne peut pas savoir si je vais ou non remonter la pente, autant il est certain que je vais faire ce qui est possible pour tenter. Parce que les forces du monde, on ne peut pas vraiment les nier. Elles sont comme nous sommes. Les nier serait nous nier nous-même. »

Et si on se niait soi-même, alors à quoi bon. Elle soupçonnait que c’était la conclusion à laquelle était arrivée son assistant mais ne pouvait pas y adhérer parce que, dans son esprit, même si elle n’était qu’une illusion, un plancton dans l’univers, elle se ressentait là, présente et vivante et allait donc agir comme tel. Elle baissa une seconde les yeux pour mettre de l’ordre dans ses idées, s’éloigner du gouffre, reprendre un peu de vie. Ce genre de discussion était dangereuse, à la fois pour son moral à elle que politiquement. Cependant, cela faisait du bien de discuter d’autre chose que de chiffon, de poisson ou de politique de comptoir. Elle manquait de nourriture intellectuelle au moins autant que physique, si ce n’était plus. Son masque l’affamait ; Elle releva les yeux, sans peur, sans jugement, avec la froide certitude d’être, quoi que cela puisse être. Quand on regarde l’abysse, l’abysse vous regarde. Elle se mordit un peu la lèvre, continuant à se réveiller, reprenant petit à petit sa place. Son masque. L’envie de l’interroger était forte. Elle se demandait ce qu’il s’était passé pour lui, comment un homme aussi brillant pouvait avoir soudain décidé d’arrêter de croire, d’espérer, de continuer. Elle se posait la question et, en même temps, elle se demandait également s’il fallait qu’elle réponde à la question qu’il avait laissée en suspens. Pourquoi avoir fait de lui son assistant. Il y avait plusieurs raisons. Quelques-unes qu’elle pouvait bien dévoiler. D’autres inavouables.

« J’ai fait de vous mon assistant parce que votre philosophie vous fait poser un regard sur le monde qui est vierge de la plupart des biais, si ce n’est celui de votre philosophie. Ainsi, vous ne vous faites pas embarquer par les faux semblant et les mirages humains qui arrivent parfois. Je sais que vous me donnez un rapport aussi objectif que possible sur lequel je dois juste appeler le filtre corrigeant votre pessimiste. Tant que votre créativité ne se sera pas libérée de ce qui la retient, quoi que cela puisse être, cette position vous permet d’être utile, à votre niveau, à Magnus, ce qui est ce qu’on me demande, tout en vous gardant sous le coude au cas où, sait-on jamais, vous pourriez écrire à nouveau. »

Jamais, au grand jamais, elle n’avait pensé à elle en prenant cette décision, et encore moins que de l’aide pouvait venir de cet abîme-là.

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MessageSujet: Re: [Juin 125] Le monde du silence   18.08.16 22:35 par Joshua WellsCiter Editer Supprimer 

LMDS - Le monde du Silence -

Joshua Wells

Eirlys Hilbilge


Un sourcil se souleva. Espérer, c'est démentir l'avenir. Un des aphorismes qu'il avait publié, dans son premier ouvrage. Le premier, ou le second ? Qu'importe. Les aphorismes avaient cela de plaisant qu'on les lisait, à la suite, qu'on les oubliait, qu'on les redécouvrait. Ils s’enchaînaient, disparaissaient, revenaient. Joshua avait chacun de ceux-ci inscrit à l'aiguille dans ses veines, dans son sang. Espérer, c'est démentir l'avenir. Un peu de surprise dans son regard, une étincelle d'amusement aussi, qui disparut rapidement. Plus rapidement que ce sourire qui étira ses lèvres un bref instant. Eirlys avait lu ses ouvrages. Au moins l'un d'eux. Au moins quelques aphorismes. Elle avait pris le temps de se pencher sur son désespoir, sur son nihilisme, sur sa philosophie, son œuvre, son art. Qu'en avait-elle pensé, elle ? Il savait qu'Eve aimait ce Romantisme qui se dégageait de ce pessimisme, ce pessimisme dégoulinant les meurtrissures et le désespoir. Quelques universitaires se penchaient sur ses travaux. Mais peu de personne le lisait. Il était le poète maudit. Celui qui tire son art de la dèche pour pas grand chose en retour. Comme pour beaucoup, peut-être reviendra t-il cinquante ans après sa mort.

« Je vois que vous avez pris la peine de mettre le nez dans certains très mauvais livres. »

Une touche d'humour, soulignait par un demi-sourire qui, lui aussi, mourut rapidement. Il mourut, pour laisser naître un intérêt dans le regard, une flamme noir brillant dans les ténèbres. Ses sourcils durent légèrement se froncer, dévoilant les quelques rides inscrites par le temps, les rides de ceux qui pensent, entre les deux sourcils. L'espoir, un terme imprécis ? Déterminisme ? Impossibilité de nier les forces du monde? L'envie d'une cigarette se fit plus forte. Il la freina. Eirlys se trompait. Sur quelques points. Mais elle donnait son avis. Son impression. Sa manière de voir les choses. Une vision ne s'accordant pas avec les plus beaux noirs de la philosophie, non.

« Vous vous méprenez, mademoiselle Hilbilge. Sur plusieurs points. Espoir n'est pas un terme imprécis. Comme vous l'avez dit, il est le terme par lequel nous désignons cette croyance, somme toute saugrenue, que les actes, que certaines forces invisibles, peuvent influer le cours de notre vie, de la vie, et du monde, pour le rendre meilleur. Hors, il n'y a aucune raison véritable de le penser, de le croire. Rien ne nous le certifie. J'ai milles fois espéré pouvoir dormir paisiblement, et je vous laisse admirer ces cernes qui m'ont donné l'air d'un drogué avant que je ne touche la moindre bouteille d'essence. »

Le ton de sa voix était posé. De ceux qui ne s’enflamment pas, ni ne s'offusque. De ceux qui expose plutôt, de ceux qui explique et rectifie. Il se souvenait alors d'une lecture faite dans une université, où il défendait alors son pessimisme, son nihilisme, devant la future élite bien pensante de Pelagia qui, comme le pointerait du doigt son amie libertine, a parfois bien trop tendance à se faire uniformisé, moulé, dans ses universités... Elle n'avait peut-être pas tort.

« Quand au déterminisme, vous faîtes fausse route. Ne pas porter, en soi, le moindre espoir, ne pas croire à l'espoir, ce n'est pas tomber dans du déterminisme, au contraire. Je suis de ceux qui pense que nous sommes là dans un monde qui n'est pas fait pour nous, qui n'a jamais voulu de nous, et qui se fout de notre sort. Il n'y a pas de déterminisme, simplement de l'absurde. Je suis absurde. Vous êtes absurde. Cet entreprise n'a aucun sens, cette ville non plus, et la moindre vie n'a pas de sens.  Le monde est d'une absurdité sans nom. Et quant à ces forces, bien sûr que je les nie. Et si certains s'égosillent à les nommer Dieu et Déesses, ces forces, moi, je continue catégoriquement de nier leurs existences. Si le déterminisme n'est pas, il n'y a pas de Grand Horloger pour paramétrer ce déterminisme. Pas de destin, puisque pas de sens à nos existences. Les cultes sont, eux aussi, absurdes, et n'ont pas le moindre sens. Comme nous autres. Comme cet espoir dont nous parlons. »

Il marqua une courte pause. Il savait que ces propos, que ses pensées, étaient dangereux. Dangereux pour la citée, et donc dangereux pour lui. Car la cité est une sphère hermétique plongée dans l'obscur des eaux, et l'esprit de bien des hommes et des femmes influent(e)s dans cette citée sont, à son image, hermétique et plongé dans l'obscur des eaux. Il venait d'affirmer son athéisme devant sa supérieur hiérarchique. De fait, il était marginal. De fait, il était de ceux qui n'ont pas de place dans cette entreprise, dans cette ville. De fait, il pouvait être de ceux qui ont fait exploser le temple, de ceux qui suivait Angus avant qu'il ne se fasse tuer par on-ne-savait-qui. Et pourtant, si au fond de lui, il avait craint pour sa place au cours de l'entretient durant lequel Eirlys lui offrit une période d'essai, là, il n'avait pas le moindre frisson, pas la moindre appréhension. Peut-être parce que la philosophie et sa pensée valait davantage que son poste, que Magnus, que ses rentrées d'argent. Il ne marqua pas tant une pause qu'il y eu un silence. Mais le silence, il le brisa tout de même, sans pour autant revenir sur ses déclarations.

« Ceci dit, je ne doute pas un instant que vous ferez votre possible pour remonter la pente mais je vous assure : il n'y a pas d'espoir à avoir. J'aimerais vous voir dans un meilleur état que celui-ci, et si vous avez besoin d'aide je vous aiderais de mon mieux, car mon nihilisme, mon pessimisme, ne fait pas de moi un homme sans cœur. Mais je ne suis simplement pas de ceux qui iront croiser les doigts ou qui iront prier pour votre bon rétablissement. »

Joshua n'était pas de ceux qui priait. Joshua n'était pas de ceux qui croisait bêtement les doigts. Elle lui expliquait pourquoi elle avait fait de lui son assistant. Tout était d'un calcul précis, d'une rigueur Eirlysienne. Motivé par un espoir, l'espoir qu'il reprenne la plume. Oh, il aimerait tant. Il aimerait tant reprendre la plume et ne plus dépendre entièrement de cette grande entreprise. Mais il n'avait pas d'espoir, jamais d'espoir. Eirlys en avait, et il sourit.

« Votre décision de me garder, de faire moi votre assistant, était donc un acte d'espoir. C'est ironique cette manière dont nous tournons en ronds... »

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MessageSujet: Re: [Juin 125] Le monde du silence   23.08.16 11:37 par Eirlys S. HilbilgeCiter Editer Supprimer 

Il y eut quelque chose. Un sourcil levé, une étincelle sombre dans un regard éteint, l’ombre d’un sourire. Micro-signes qui ne signifiaient rien au quotidien et pourtant prenait leur importance dans cette bulle de fatigue et de lassitude qu’ils avaient créée tous les deux. Tranquille, sirotant son café en silence, Eirlys le laissa réfléchir aux implications de ce qu’elle venait de révéler sur elle. Sa réaction, mouillée de cynisme lui arracha à son tour un petit sourire amusé. Elle appréciait cet humour froid et caustique, destructeur, et répondit de même, en écho.
 
« J’ai eu du temps qui s’est libéré récemment. »
 
Ne pas dormir avait cet effet de permettre de se pencher sur des choses que l’on n’aurait absolument pas rêvé étudier en plein jour. C’était un des pouvoirs de la nuit, cette enveloppe qui était hors du temps, du monde et des choses. Lorsque le monde entier dormait, lorsqu’on était le seul debout, vivant, réveillé, alors venait du fin fond de la fatigue une grande sérénité. L'assurance d’être enfin tranquille. De pouvoir être soi-même, sans témoin, sans pression, sans masque, sans peur. Elle comprenait à présent ceux qui prenaient de l’Essence juste pour rester éveiller à ce moment-là, pour vivre quand le monde était mort. Elle se savait assez forte cependant pour ne pas céder à cette tentation. Pour savoir garder le bon rythme. Quand elle retrouverait le sommeil naturellement, elle saurait abandonner la nuit à ses amoureux et se perdre à nouveau dans l’inconscience. Etait-ce de la complicité qui s’installait entre eux ou simplement l’effet d’une discussion philosophique absconde et le plaisir de retrouver – enfin – quelqu’un avec qui elle pouvait être intelligente ? Elle l’ignorait. Elle ne voulait pas le savoir. Elle savourait simplement l’amer plaisir d’avoir une discussion qui la poussait à réfléchir. De s’entendre dire qu’elle se trompait et de chercher en elle où elle avait bien pu errer. Elle n’était toujours pas d’accord avec ce qu’il lui exposait. A son sens, il s’embrouillait lui-même dans les méandres de sa pensée et il n’avait pas compris ce qu’elle voulait dire. Les actes changent ou ne changent pas l’avenir. S’ils les changent, alors il est logique de vouloir les appliquer afin de modifier le présent et d’améliorer la vie pour le présent à venir. Le futur. Lequel, étant incertain, ne peut qu’être espéré. Ou bien, les actes ne changent pas l’avenir, tout est décidé à l’avance, le futur est tracé, certain, l’espoir n’existe pas mais le déterminisme, si. Logique, simple. Dans son esprit à elle. Pour Joshua, cela semblait beaucoup plus complexe. Elle s’efforça de suivre, encore, lorsqu’une pensée la frappa de plein fouet.
 
« Vous êtes un paradoxe, Monsieur Wells. »
 
Sa voix, pensive et curieuse s’était élevée sans qu’elle le décide et elle était bien aussi surprise qu’un autre de s’entendre parler. Elle avait pourtant été attentive à toute sa démonstration et n’avait vraiment pas prévu de l’interrompre ainsi. Mais c’était fait aussi décida—t-elle de dérouler sa pensée un peu comme elle lui venait. Comme le faisait – avant.
 
« Comment l’aviez-vous écrit déjà ? Le paradoxe est un éternuement de l’esprit ? »
 
Elle posa sa tasse et frotta ses yeux fatigués, essayant de se rappeler le contexte de la citation qui s’était imposée dans son esprit fatiguée. Le nombre de bêtises que l’on pouvait retenir en lisant avant de dormir…
 
« Laissez- moi me souvenir. Ah. C’était ça. « On ne peut pas plus expliquer un paradoxe, non plus qu’un éternuement. D’ailleurs le paradoxe n’est-il pas un éternuement de l’esprit ? » »
 
 Elle retint un « j’ai bon » de petite fille sage qui se fait interroger par son père, levant simplement son regard gris sur l’homme en face d’elle pour s’assurer qu’elle ne faisait pas fausse route.
 
« Vous êtes un paradoxe parce que vous croyez sincèrement ce que vous me dites et que pourtant, vous êtes quand même là à me les expliquer. Vous allez me dire que vous n’espérez pas me convaincre ou que je comprenne, que vous le faites qu’avec la vaine certitude que c’est peine perdue, et pourtant, vous professez l’absence de certitude. Vous vous mentez à vous-même. Vous écrivez dans l’espoir d’être entendu, compris. Tout en étant persuadé, et c’est une certitude pour vous, que vous ne le serez pas. Sans espoir, certitude ou déterminisme, il n’y a rien. Mais vous ne pouvez, « rien » faire parce que même rester immobile c’est faire quelque chose. Et donc vous êtes coincé là. Je crois que c’est là votre problème. Vos problèmes. D’abord que les mots qui existent ne peuvent exprimer les concepts que vous tentez de transmettre. Il vous faudrait un autre langage, un autre média que les mots. Ensuite parce que le fait simple d’être ou de ne pas être dans tous les cas bloque votre théorie dans une impasse. Vous êtes en quête d’un absolu qui est en totale contradiction avec ce que je pense avoir compris de ce que vous tentez de m’expliquer. »
 
Elle faisait peut-être fausse route mais elle sentait quelque part que non. Elle espérait juste – parce quel la capacité d’espérer était ce qui la faisait tenir debout – qu’il n’allait pas prendre la mouche et quitter la salle en claquant la porte parce qu’elle aurait touché un point trop douloureux pour lui. Et quand bien même, si cela voulait dire qu’au fond elle l’avait aidé. Mais non, elle prenait le risque de le blesser, de le bousculer. Elle cherchait à creuser, à savoir, à comprendre. Pas pour se moquer. Pas pour juger. Pour voir. Il l’aidait et elle…elle ne savait pas trop ce qu’elle faisait. Une pointe d’angoisse serra son cœur soudain, amplifiée par la fatigue. Elle se mordit la lèvre, déglutissant pour refouler cette peur irrationnelle d’elle ne savait trop quoi. Reprenant le fil de sa pensée.
 
« Ce qui est ironique, quand on y pense, c’est que l’éternuement a un but, il sert à expulser une gêne loin du corps. Ainsi, le paradoxe n’est pas une fin en soi, c’est une violence nécessaire. »
 
Et si elle continuait son image, cela ne faisait que renforcer la certitude qu’en tant que paradoxe, Joshua était nécessaire. Nécessaire à Pélagia, nécessaire à Magnus, et, par extension, à elle. Acte d’espoir, ou pas. D’ailleurs il le disait lui-même. Au-delà de sa philosophie, il était un homme. Et un homme qui allait tenter de son mieux, malgré la conviction forte que c’était inutile, d’aider quelqu’un qui ne lui laissait rien passer. N’avait-il pas écrit « n’a de conviction que celui qui n’a rien approfondi » ? Et cette affirmation brute n’était-elle pas le résultat convaincu de nuits d’insomnies et de recherches ? Un paradoxe. Profond, mortel et dangereux.

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MessageSujet: Re: [Juin 125] Le monde du silence   02.09.16 18:05 par Joshua WellsCiter Editer Supprimer 

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Le parfum de la caféine avait entièrement gagné l’espace de ce bureau, le poste de la directrice du personnel de Magnus avait été envahit par des arômes qui était familière à Joshua. Il ne manquait plus que l’obscurité, une dose de nicotine dans l’air, et des bouteilles d’essence ayant poussé un peu partout, comme des champignons sauvages, pour qu’il se sente chez lui, dans ce taudis du niveau trois. Les effluves de café éveillaient son esprit. Celui de la jeune femme également. Pourtant, des cernes sous leurs yeux, une fatigue dans leurs voix. Leurs corps ne demandaient que du repos. Leurs esprits de la philosophie, du raisonnement, de la discussion. Il l’écoutait alors, cette femme. Cette femme qui l’avait lu, cette femme qui le citait même. Elle avait retenu quelques aphorismes de sa leçon. Chaque citation lui tirait une forme de sourire, étendant le coin de ses lèvres. Non, on ne peut pas plus expliquer un paradoxe qu’un éternuement. Le paradoxe n’était-il pas un éternuement de l’esprit ? Oui, elle le reprenait mot pour mot. Et désormais, il devenait paradoxe. Il devenait éternuement de l’esprit. Ce qui l’intéressait, ce n’était pas tant de comprendre sa philosophie. C’était de le comprendre lui. De le saisir. De le cerner. De l’attraper. Peut-être.

« Qu’est-ce qui vous fait penser que j’écris pour être entendu, que j’écris pour être compris ? Je n’écris pas pour convaincre et je n’espère pas vous convaincre. Combien même je voulais le faire, il parait évident, au vu du piètre succès de mes œuvres, que je suis de ceux qui n’ont pas la harangue pour persuader les foules. En un sens, tant mieux, car là où nait la pensée unique, la pensée commune, meurt la philosophie. »

Son débit était, à nouveau, lent, posé. Des pauses entre ses mots, des pauses entre ses phrases. Comme si les insomnies et les longues nuits sans sommeil avaient gagné son verbe, ses lèvres, et ses cordes vocales. Une voix que la nicotine avait rendue plus grave, sans lui donnait d’énergie. Un appareil cassé.

« Non, je crois qu’il n’y a qu’une chose qui explique et justifie les livres : leur valeur thérapeutique. Si je n’avais pas écris, j’aurais pus faire des choses monstrueuses. Or, il vaut mieux, plutôt que de casser la gueule d’un type qui vous déplaît, l’attaquer par des aphorismes. La seule fonction de l’écriture : une vengeance sans risque… »

Sans l’écriture, il n’osait imaginer ce qu’il serait devenu. Les premières insomnies furent une période de grands troubles, réveillant les démons de l’être qu’il était, des démons plus fort au fur et à mesure que la fatigue, les heures non-dormis, s’accumulaient. Rapidement, il s’était réfugié dans la plume et l’encre. De nombreuses pages blanches souillés d’aphorismes auquel la nuit avait donné naissance. La nuit, et son esprit qui commençait à se fêler. Il commençait à fréquenter le bordel, les prostitués, ces anges nocturnes peuplant les nuits désertiques de l’insomniaque en échange de quelques billets. Puis il y avait, et il y a toujours, les essences. Les essences, et l’alcool. Il n’était qu’un étudiant à l’époque encore. Un étudiant qui ne se retrouvait dans aucun autre.

Il n’y avait encore que Eve pour être aussi fêlée que lui.

« Alors j’écris, je ne fais pas rien. Puis ne rien faire, comme vous l’avez mis en avant, c’est encore faire quelque chose. J’aimerais ne rien faire, mais c’est malheureusement une possibilité qui est ôté aux vivants. Nous en revenons alors au titre d’un de mes livres : De l’inconvénient d’être né. Cependant, si je fais toujours quelque chose, comme penser par exemple puisque nous pensons en tout temps, si je ne peux ne rien faire, la vacuité de l’existence n’est pas démentie par cette non-possibilité d’inactivité totale, absolue. Je ne suis rien. Le monde n’est rien. Nihil-isme. « Nihil » signifie « rien ». Le Nihilisme, c’est la philosophie du rien, du vide, de la vacuité de la vie, de nos sociétés, de nos dogmes, de nos coutumes et de notre moral…Mais sans doute, avant de comprendre la supercherie de ce qui nous entoure, faut-il encore ressentir sa propre supercherie. La plaisanterie que nous sommes. Un rien qui se pose en Tout. Encore faut-il, oui, sans doute, affronter la nuit et saisir, concevoir, notre propre désuétude, notre abolition et l’impact qu’elle aurait. Un impact qui serait nul à côté de celui que l’on pouvait penser qu’elle aurait. Encore faut-il, effectivement, ressentir et affronter sa propre absurdité. Ressentir et affronter le vide. Ressentir et affronter le grand Rien que nous sommes… et survivre à cette confrontation. »

Son regard revint à Eirlys. Depuis le début de leurs discussions, il trouvait une étincelle nouvelle dans le regard de la jeune femme. Une étincelle nouvelle contagieuse. Il sentait une infime lueur naître en lui. Une infime lueur encore étouffé, écrasé comme Atlas, par les ténèbres, mais une infime lueur tout de même.

« Je ne pense pas qu’il y ai tant de paradoxe que cela. Quand à être un paradoxe… serais-je donc une violence nécessaire, mademoiselle ? Quel serait ma violence ? Et quelle cause rendrait cette violence nécessaire ? Quelle bien fait engendrait-elle ? Non, si je suis un paradoxe, je ne suis pas tant une violence nécessaire qu’une molécule de sel ballotté par les courants. Et le courant l’emporte toujours. »

Les ténèbres ne s’attrapent pas.
Les ténèbres ne s’attrapent jamais.



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